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Bêta !

zweig,la pitié dangereuse,littérature allemande,autriche,pitié,société,souffrance,culture,extrait« Bêta ! Cela aussi, je le comprenais à présent, je savais pourquoi ce mot était venu sur ses lèvres au milieu de cette frénésie du sentiment, tandis qu’elle tendait vers la mienne son étroite et maigre poitrine. Bêta ! oui, elle avait raison de m’appeler ainsi ! Tous ceux qui l’entouraient devaient savoir depuis longtemps. Tous avaient deviné son amour, sa passion, avec effroi, peut-être, et probablement avec un mauvais pressentiment. Moi seul, victime absurde de ma pitié, qui jouais le bon, le dévoué camarade, qui plaisantais sans arrêt, je ne m’étais douté de rien ! Dans une mauvaise comédie le héros reste prisonnier jusqu’à la fin d’une intrigue qu’ont devinée dès le début tous les spectateurs. J’étais dans ce cas-là. A présent – trop tard, hélas ! – une infinité de détails de ces dernières semaines me devenaient clairs. A présent je savais pourquoi elle se mettait en colère quand je l’appelais « enfant », elle qui ne voulait pas être considérée par moi comme une enfant, mais désirée comme une femme. »

Stefan Zweig, La pitié dangereuse

Commentaires

  • C’est un peu préoccupant et/ ou effrayant de penser que les autres
    voient, perçoivent des choses que nous ignorons ou faisons comme si elles n’existaient pas.
    Tout est si complexe dans les relations humaines…

  • Il nous est impossible de nous percevoir par le regard d'autrui et si cela nous laisse libres d'être nous-mêmes, cela peut aussi engendrer des malentendus ou, pire, de l'aveuglement, comme ici.
    Bonne journée, Colo.

  • Ce genre de malentendu arrive hélas très souvent. Nous en voyons pas ce qui est sous nos yeux et pourtant nous concerne, alors que l'entourage l'a vu bien avant nous ! Un bel extrait qui nous fait réfléchir...

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