Comprendrai-je jamais ici
Pourquoi je regarde le ciel,
Donne rendez-vous à la lune,
Erige des tours de Babel
Alors que je reste perplexe
Devant une chauve-souris
Qui met un accent circonflexe
Sur la coupole de la nuit ?
Belgique - Page 89
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Comprendrai-je
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Pas d'un fil
En avril, ne te découvre pas d’un fil. Ce dimanche 8 avril, quasi estival à Bruxelles, fait mentir le proverbe : blouses légères et bermudas reprennent du service, la crème solaire aussi, on s’active et on s’installe sur les terrasses d’appartement, c’est le grand appel du dehors.
Et si nous allions nous promener au Moeraske ? Personne au jardin partagé près du parc Walckiers, il a du retard par rapport au grand potager un peu plus loin, où les jardiniers ont déjà beaucoup travaillé : la terre est retournée, la haie taillée, les abords nettoyés, ici on est prêt pour la belle saison.
Sur la prairie sèche, zone protégée, le printemps reste discret, du vert naissant sur les arbres et arbustes. Du côté des marécages, des branches, des troncs cassés ou couchés accentuent l’impression d’abandon – en fait, cette zone « relique » des milieux humides qui composaient jadis le fond de la vallée de la Senne (la rivière cachée de Bruxelles) protège et nourrit une multitude d’espèces animales tout au long de l'année. (Source : Plan de gestion du Moeraske)
En haut d’un talus, voici le dortoir des perruches vertes, leurs grands nids attirent le regard des promeneurs, surtout quand elles en sortent pour fendre l’air avec leur cri strident caractéristique. Sous l’un de ces arbres, un promeneur attire notre attention sur les champignons qui poussent sur des troncs morts, une belle illustration de l’intérêt d’en laisser sur place. Celui-ci porte le beau nom d’amadouvier, si je ne me trompe.
Ils ont des formes fascinantes, ces nids géants, quel travail ! Depuis des semaines, j’observe un couple de pies qui a construit son nid en haut de l’érable sycomore sous mes fenêtres, malgré quelques attaques de corneilles. Ce sont des allées et venues incessantes, et en plus des rameaux plus ou moins longs qu’elles s’ingénient à faire passer entre les branches, elles ont même amené des fils de couleur et dernièrement, un énorme ruban en plastique blanc qui a ôté toute discrétion à leur abri ! (Photos 10 mars et 8 avril)
Près de l’église Saint-Vincent, il y avait du monde à la pétanque, à la brocante. Nous avons continué sur le sentier de la Renarde, qui passe en bas du clos du Château d’eau, avec ses nouvelles maisons identiques et pimpantes. Quelle belle situation tout près du Moeraske et du parc du Bon Pasteur – pourtant j’ai lu que certains de leurs habitants s’y sentent isolés et craignent les cambriolages. Et voilà le premier arbre rose de notre promenade.
Plus loin, dans un jardin de la rue Ranson, par-dessus la haie de forsythias, un magnolia offre sa superbe parure. Je suis toute surprise de remarquer sur les plaques de rue que nous sommes ici à Bruxelles-Ville, comme on appelle couramment la Ville de Bruxelles : cette commune qu'on associe d’abord au centre historique a annexé différents quartiers des communes limitrophes.
En effet, nous sommes à Haren, un « village » rattaché à la commune de Bruxelles-Ville, et non à Evere tout proche. Au retour, près de l’entrée d’une petite entreprise, dernier arrêt devant un beau magnolia étoilé, blanc comme neige. Vive le printemps !
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Remarquable
Au début du XXe siècle, la commune de Schaerbeek, dans le but de créer un parc dans cette vallée où les citadins aimaient se promener, y rachète près de deux cents parcelles. Mais la veuve Martha, qui possède la plus importante et de superbes arbres, trouve la somme proposée insuffisante et met en vente « un lot d’arbres avec obligation de les abattre ». Le roi Léopold II, soucieux de l’embellissement de Bruxelles et de ses environs, a fait acheter les arbres, mais la propriétaire exigeait malgré tout l’application de la clause d’abattage. « Seule une procédure d’expropriation vint à bout de sa résistance. » (d’après Wikipedia). Ainsi a survécu ce remarquable platane à feuille d’érable, à l’inventaire du patrimoine naturel en région bruxelloise.
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Jaunes d'avril
En quelques jours, le parc Josaphat a repris des couleurs. Profitant d’une éclaircie, le mardi de Pâques, j’ai pris l’appareil photo pour capturer quelques signes printaniers. Cette fois, nous y entrons par le bout du parc, chaussée de Haecht : une allée longe la plaine de jeux du « parc de la jeunesse », anciennement « plage de Schaerbeek », et ses jolis abris aux toits pointus, à côté du stade du Crossing.
L’avenue Louis Bertrand traversée, le jaune vif des forsythias vient à notre rencontre, si réjouissant à cette période de l’année. Près des étangs, les ouvriers communaux s’activent. Entre les nuages, du ciel bleu aujourd’hui. C’est fou comme tout change avec un peu de soleil ! Un coup d’œil en arrière : deux troncs où grimpe le lierre se dédoublent dans l’eau. Clic.
Je pense à Hubert Reeves (J’ai vu une fleur sauvage) en regardant de plus près les petites étoiles jaunes qui tapissent l’herbe ici et là, sous les arbres. Ce sont des ficaires. Je suis surprise d’apprendre qu’elles sont considérées comme des mauvaises herbes envahissantes aux Etats-Unis et au Canada (Wikipedia) – pas chez nous, en tout cas, elles ne figurent pas sur la liste des plantes invasives en Belgique.
Et voici un arbuste aux belles fleurs jaunes en grappe : connaissez-vous le mahonia ? C’est la première fois que j’observe ces fleurs si appréciées des abeilles. « Lors de la visite d’insectes, le contact induit un mouvement des étamines qui se détendent et se rabattent alors vers le pistil en environ un dixième de seconde. C'est l’un des mouvements les plus rapides parmi les végétaux, avec ceux du mimosa pudique, de l'épine-vinette, de l’ortie et quelques autres. » (Wikipedia)
De gros bourgeons se dressent comme des bougies – sur quel arbre vénérable ? J’aurais dû mieux le regarder*, mais je n’avais d’yeux que pour les jeux de lumière et d’eau sous leurs flammes blanches. Plus loin, des cyclistes semblent ignorer que le vélo n’est pas autorisé dans le parc Josaphat, gare à l’amende. En contrebas du boulevard Lambermont, un massif de forsythias voisine avec un magnolia à la floraison imminente, qui lui volera bientôt la vedette.
Contre le « Bollewinkel » (magasin de friandises), on a planté de magnifiques pensées ; on dirait des papillons, vous ne trouvez pas ? Les pigeons picorent ferme près du pigeonnier, un des nombreux éléments en rocaille bien conservés ; une maman le fait remarquer à son gamin en le lui montrant sur une des photos anciennes qui accompagnent un rappel historique à plusieurs endroits du parc Josaphat.
J’aime regarder la ramure des arbres dessinée à l’encre de Chine au tout début de la feuillaison, le fin brouillard végétal qui esquisse déjà leur silhouette future. L’Elagueur, une sculpture d’Albert Desenfans, lève les yeux pour examiner les branches, en professionnel. Au bord de l’eau, le saule pleureur a revêtu sa parure printanière, entre le jaune et le vert, tout en finesse. Les habitants du Brusilia, à l’arrière-plan, jouissent d’une belle vue. Si vous fréquentez le parc Josaphat, vous pourrez bientôt vous restaurer dans sa nouvelle « laiterie », je vous en reparlerai.
* Ajout du 9/4/2018 : C’est bien un magnolia, à présent en fleurs - j’intercale une photo prise cette après-midi.
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Baudelairienne
J’aime, ô pâle beauté, tes sourcils surbaissés,
D’où semblent couler des ténèbres,
Tes yeux, quoique très noirs, m’inspirent des pensers
Qui ne sont pas du tout funèbres.Tes yeux, qui sont d’accord avec tes noirs cheveux,
Avec ta crinière élastique,
Tes yeux, languissamment, me disent : " Si tu veux,
Amant de la muse plastique,Suivre l’espoir qu’en toi nous avons excité,
Et tous les goûts que tu professes,
Tu pourras constater notre véracité
Depuis le nombril jusqu’aux fesses ;Tu trouveras au bout de deux beaux seins bien lourds,
Deux larges médailles de bronze,
Et sous un ventre uni, doux comme du velours,
Bistré comme la peau d’un bonze,Une riche toison qui, vraiment, est la sœur
De cette énorme chevelure,
Souple et frisée, et qui t’égale en épaisseur,
Nuit sans étoiles, Nuit obscure !Baudelaire, Les promesses d'un visage
© Charlotte Beaudry (1968-), Sans titre, Collection privée
Promesses d'un visage, Musées royaux des Beaux-Arts, jusqu'au 15 juillet 2018
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