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poésie

  • Du vivant

    eric brogniet,le nuage et la rivière,poésie,littérature française de belgique,poème,cultureLe mot n’est pas la chose
    Mais je dis ressac
    Et c’est le bruit des vagues que tu entends
    Je dis fraîcheur et tu ressens de l’eau
    La caresse glacée sur ton visage
    Mais je dis fraîcheur aussi
    Et c’est alors le soir qui tombe
    Avec toutes ses étoiles et tu frissonnes
    Je dis ton corps et je te dis beauté
    Et c’est la vibration
    De mon âme qui te traverse
    Le mot n’est pas la chose
    Il n’est que la mémoire
    Du vivant que tu éprouves

    Eric Brogniet, Le nuage et la rivière

  • Paysages intérieurs

    Sur la table des nouveautés à la bibliothèque, Le nuage et la rivière d’Eric Brogniet (°1956), recueil paru l’an dernier aux éditions Le Taillis Pré. Une invitation à découvrir ce poète belge régulièrement publié depuis 1982, également essayiste et critique.

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    Elu en 2010 à l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, actif dans le monde des Lettres belges, il a créé en 1987 la revue Sources de la Maison de la Poésie à Namur.

    Impossible de définir
    Ce qui est par-delà les mots
    Dans le pinceau ne doit
    même pas rester
    Une goutte d’encre

    Maître Dōgen (1200-1253)

    Comme le disait Philippe Jones lors de la réception du poète à l’Académie, « Commenter réduit la chair vive du poème ; toute explication en modifie l’accent ou l’équilibre. Tout discours jette un trouble, seul le tête-à-tête peut déboucher sur un accord ou un divorce selon l’apriorisme du quémandeur. »
    Voici donc quelques poèmes aimés dans ce recueil, des textes courts et denses, à l’instar de l’épigraphe du maître zen (ci-dessus).

    Qui dévaste un jardin détruit un homme
    Mais celui qui plante un arbre
    En sachant qu’il ne jouira pas
    Toujours de son ombre
    Rend grâce à la vie

    Ne cherche pas un chemin
    Laisse une trace

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    Je suis ce qui m’assoiffe
    Je suis la solitude et la rivière
    Je suis le ciel qui me coiffe
    Et le cœur de la pierre

    Quand vers la terre
    Monte le sommeil de l’été
    Ce que je tais
    Est un soleil délié

    Eau noire, eau blanche
    Du temps qui s’écoule
    Abreuve en toi la source
    Qui t’abreuve

    Nuage ? Rivière ? On se sent invité à la contemplation du ciel et de la terre, de l’eau qui les traverse. Le poème repris en quatrième de couverture appelle aussi à la concentration, à l’écoute. Eric Brogniet écrit des paysages intérieurs, habités par la lumière et le silence.

    Il n’attend rien
    Ne désigne pas un futur
    Celui qui fait don de lui-même
    La rivière ne sait rien encore
    De la mer ni du nuage
    Mais elle a la couleur du ciel
    Et sa source l’accompagne
    Dans son ruissellement, son murmure.

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    Le ciel est pareil à ton visage
    Que je lis entre lumière et nuages
    Comme les pages d’un livre
    Qu’une main effeuille
    Si lentement qu’en son cœur
    Bondit avec le jour et la nuit
    Un chaos magnifique
    De soleils et d’étoiles

    Sur le site des Editeurs singuliers, Le nuage et la rivière est présenté comme suit : « Un livre de spiritualité, de sagesse, proche de la pensée bouddhiste. Une démarche méditative. »

  • Avez-vous vu Flow ?

    Sous le charme de Flow, sous-titré Le chat qui n’avait plus peur de l’eau, je vous en dis quelques mots. Ne passez pas à côté de ce film d’animation hors du commun, qui a de quoi séduire non seulement les enfants et les amoureux des chats, mais tout le monde, il me semble. Ce long métrage d’animation franco-belgo-letton réalisé par Gints Zilbalodis, sorti en 2024, vient d’être diffusé à la télévision. Je l’avais enregistré pour y jeter un œil, vu les nombreux prix remportés, dont le César et l’Oscar du meilleur film d’animation en 2025 et aussi le prix cinématographique européen du public. Je l’ai regardé de bout en bout et même une seconde fois le jour suivant.

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    Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau  (Photo Allociné © UFO Distribution)

    Je n’en raconterai pas l’histoire, sinon qu’elle se déroule sans aucun personnage humain sur une terre imaginaire où les eaux montent, et sans aucun dialogue. Quelques animaux en sont les héros (j’en ai découvert dont je ne connaissais ni le nom ni l’existence). Ils sont obligés de fuir, mais vers quel ailleurs ? Ce n’est pas pour autant un film d’apocalypse. C’est une histoire de survie et de solidarité.

    Ce qui fascine, c’est le rendu du mouvement. « Le réalisateur explique que raconter des histoires par les images et non par les mots est sa force, et que l’objectif avec Flow a toujours été de faire avancer l’histoire grâce aux images. » (Wikipedia) Le titre du film désigne parfaitement la caractéristique principale de sa réalisation : la fluidité.

    Le chat Flow, en particulier, curieux et peureux comme quasi tous les chats, court, saute, bâille, se cache ou réagit avec un naturel formidable. « Inspiré par son propre chat, le réalisateur a choisi d’exagérer délibérément la rondeur des traits et opté pour un traitement plus stylisé de la fourrure pour éviter un design trop stérile et privilégier l’expressivité. » (Wikipedia)

    Montagnes, forêts, arbres… Dans ce monde aquatique émergent çà et là des ruines, des statues inattendues, des objets fabriqués par des êtres humains. La musique « planante » est ponctuée de bruits naturels et de cris d’animaux. L’absence des humains m’a paru plus intéressante que triste, elle met l’accent sur la vie animale et végétale. Flow est avant tout un film très poétique qui suscite émotions et interrogations chez le spectateur, captivé par ce flux d’images, comme dans un rêve.

  • Noël 2025

    Or, depuis si longtemps
    nous le savons :
    Quand nous sommes à l’écoute,
    nous entendons ;
    Quand nous sommes aux aguets,
    nous recevons.

    François Cheng,La vraie gloire est ici,poésie,littérature française,Or, depuis si longtemps,Noël,2025

    Dans la nuit silencieuse
    choit un pétale,
    Derrière le mur aveugle
    tinte une clochette,
    Vega ne se signale
    qu’aux âmes qui veillent…

    Que nos demeures maintiennent
    ouvert leur seuil ;
    Que toujours nos instants
    se fassent accueil.

    François Cheng, La vraie gloire est ici

     

    françois cheng,la vraie gloire est ici,poésie,littérature française,or,depuis si longtemps,noël,2025Bonne fête de Noël à vous qui passez ici
    à l'année prochaine. 
    Amicalement.
    Tania

     

  • Jeunesse

    Jeunesse engendre la jeunesse

    Eluard par F Léger 1947.jpgJ’ai été comme un enfant
    Et comme un homme
    J’ai conjugué passionnément
    Le verbe être et ma jeunesse
    Avec le désir d’être homme

    On se veut quand on est jeune
    Un petit homme
    Je me voudrais un grand enfant
    Plus fort et plus juste qu’un homme
    Et plus lucide qu’un enfant

    Jeunesse force fraternelle
    Le sang répète le printemps
    L’aurore apparaît à tout âge
    À tout âge s’ouvre la porte
    Étincelante du courage

    Comme un dialogue d’amoureux
    Le cœur n’a qu’une seule bouche

    Paul Eluard, Corps mémorable (1947)

    Fernand Léger, Portrait de Paul Éluard, huile sur toile, 1947 (source)