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la vraie gloire est ici

  • La pluie

    françois cheng,la vraie gloire est ici,poésie,littérature française,cultureLa pluie chante en nous son retour éternel,
    En nous la terre oublieuse retrace son chemin.

    Senteur des collines en fête,
    Murmure des pêchers en fleur,
    Sourire des auvents en larmes,
    Tout feu pris toute fumée bue,
    Toute chair au sang délivré,
    Et tout mot soudain souvenu.

    Dans le cœur désert, nous reprenons goutte à goutte
    La source que nous avions cédée aux saisons.

     

    François Cheng, La vraie gloire est ici

    © Kim en Joong, Painting, 1996

  • Cheng et l'ici

    La vraie gloire est ici. Le premier vers du recueil de François Cheng dans la collection Poésie/Gallimard (2015-2017) lui a donné son titre.  Il permet de découvrir la force de l’élan vital, lyrique, spirituel, chez cet écrivain né en Chine qui donne un supplément d’âme à la littérature française contemporaine – je pense à ses essais De l’âme, Œil ouvert et cœur battant.

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    © Musée Guimet, Paris - RMN - GP / Ghislain Vanneste

    Première partie : « Par ici nous passons ». Si les poèmes sont parfois dédiés à une personne particulière, certains s’adressent à d’autres vivants : pierre, galet, source, arbre, fleur, jardin… La poésie de François Cheng est hymne à la terre, à tout ce qui vit.

                           A la pierre

    Nous ne faisons que passer,
    Tu nous apprends la patience,

    D’être toujours le témoin
    De l’univers à son aube,

    D’être l’élan du souffle même,
    Soutien sans faille des vivants,

    Toujours présence renouvelante
    Entre laves et granits,

    N’espérant ni fleur, ni feuille,
    Ni fruit de la luxuriance,

    Tu tiens le nœud des racines,
    Contre tous les ouragans.

    Pour accueillir cette présence des choses, pour que la beauté fasse irruption, l’être humain doit se montrer disponible : « Le centre est là / Où un œil voit, / où un cœur bat. » Ou, dans Toute la splendeur d’un soir…, « Quelque chose a donc ébloui, / Et quelqu’un a vu. »

    Tout est signe,
    Tout fait signe,
    Souffle qui passe,
    Fruit qui s’offre,
    Main qui touche,
    Face qui crie :
    « Retourne-toi,
    Reprends-toi,
    Reçois tout
       et fais signe ! »

    L’œil s’ouvre, l’oreille se tend. Même si nous sommes des êtres éphémères, il nous demeure « nos lieux, nos instants, à jamais uniques ! »

    Or voici :

    Le vrai silence vient au bout des mots ;
    Mais les mots justes ne naissent
       qu’au sein du silence. 

    De même :

    La vraie voie se continue par la voix ;
    Mais la juste voix ne surgit
       qu’au cœur de la voie.

    François Cheng dit les bleus de la mer et du ciel, des iris, du saphir ; le noir de la nuit, le blanc de la neige ; la divine lumière du jour, de l’eau. Ce sont poèmes de toutes les saisons de l’année ou de l’âge.

    La vraie gloire est ici – lu au rythme d’un poème par jour – est à la fois réveil et contemplation, éloge et questionnement intérieur. Tout n’y est pas douceur ; la souffrance, le mystère, la violence y ont leur place. La deuxième partie s’intitule « Lumières de nuit », la troisième « Passion ».


    Le premier vers capte souvent l’attention – « La mort n’est point notre issue,… » – ou bien une anaphore – « S’abaisser jusqu’à l’humus… » (ce poème est dit par François Cheng dans la vidéo ci-dessus) – ou encore le refrain de Pas à pas (le seul poème du recueil qui ait un titre), « Oui d’ici / D’un seul pas / Nous rejoindrons tout. » Ici, la vraie gloire.

    J’aime le bandeau choisi pour illustrer la couverture du recueil : près du visage de François Cheng, au regard attentif, un détail de Moineau sur prunier, une œuvre de l’empereur Huizong des Song, du XIIe siècle (musée Guimet).