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Cheng et l'ici

La vraie gloire est ici. Le premier vers du recueil de François Cheng dans la collection Poésie/Gallimard (2015-2017) lui a donné son titre.  Il permet de découvrir la force de l’élan vital, lyrique, spirituel, chez cet écrivain né en Chine qui donne un supplément d’âme à la littérature française contemporaine – je pense à ses essais De l’âme, Œil ouvert et cœur battant.

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© Musée Guimet, Paris - RMN - GP / Ghislain Vanneste

Première partie : « Par ici nous passons ». Si les poèmes sont parfois dédiés à une personne particulière, certains s’adressent à d’autres vivants : pierre, galet, source, arbre, fleur, jardin… La poésie de François Cheng est hymne à la terre, à tout ce qui vit.

                       A la pierre

Nous ne faisons que passer,
Tu nous apprends la patience,

D’être toujours le témoin
De l’univers à son aube,

D’être l’élan du souffle même,
Soutien sans faille des vivants,

Toujours présence renouvelante
Entre laves et granits,

N’espérant ni fleur, ni feuille,
Ni fruit de la luxuriance,

Tu tiens le nœud des racines,
Contre tous les ouragans.

Pour accueillir cette présence des choses, pour que la beauté fasse irruption, l’être humain doit se montrer disponible : « Le centre est là / Où un œil voit, / où un cœur bat. » Ou, dans Toute la splendeur d’un soir…, « Quelque chose a donc ébloui, / Et quelqu’un a vu. »

Tout est signe,
Tout fait signe,
Souffle qui passe,
Fruit qui s’offre,
Main qui touche,
Face qui crie :
« Retourne-toi,
Reprends-toi,
Reçois tout
   et fais signe ! »

L’œil s’ouvre, l’oreille se tend. Même si nous sommes des êtres éphémères, il nous demeure « nos lieux, nos instants, à jamais uniques ! »

Or voici :

Le vrai silence vient au bout des mots ;
Mais les mots justes ne naissent
   qu’au sein du silence. 

De même :

La vraie voie se continue par la voix ;
Mais la juste voix ne surgit
   qu’au cœur de la voie.

François Cheng dit les bleus de la mer et du ciel, des iris, du saphir ; le noir de la nuit, le blanc de la neige ; la divine lumière du jour, de l’eau. Ce sont poèmes de toutes les saisons de l’année ou de l’âge.

La vraie gloire est ici – lu au rythme d’un poème par jour – est à la fois réveil et contemplation, éloge et questionnement intérieur. Tout n’y est pas douceur ; la souffrance, le mystère, la violence y ont leur place. La deuxième partie s’intitule « Lumières de nuit », la troisième « Passion ».


Le premier vers capte souvent l’attention – « La mort n’est point notre issue,… » – ou bien une anaphore – « S’abaisser jusqu’à l’humus… » (ce poème est dit par François Cheng dans la vidéo ci-dessus) – ou encore le refrain de Pas à pas (le seul poème du recueil qui ait un titre), « Oui d’ici / D’un seul pas / Nous rejoindrons tout. » Ici, la vraie gloire.

J’aime le bandeau choisi pour illustrer la couverture du recueil : près du visage de François Cheng, au regard attentif, un détail de Moineau sur prunier, une œuvre de l’empereur Huizong des Song, du XIIe siècle (musée Guimet).

 

 

Commentaires

  • J'aime beaucoup cette forme de lecture : juste un poème, un paragraphe, chaque jour. Il y a des textes dont il faut savoir ne pas abuser pour vraiment en tirer tout le sens. Quelle délicatesse dans cette couverture ... Bonne journée, Tania !

  • Laisser au poème le temps de résonner, oui. Bonne journée, Annie.

  • "La mort n'est point notre issue", très croyant François Cheng.
    Très raffiné, pont entre l'orient et l'occident.
    Grand poète. J'ai un recueil d elui dans ma voiture. quand j'ai deux minutes d'attente, je le li, je m'évade, je réfléchis.
    A bientôt, Tania!

  • Ce poème est un superbe hymne à la vie :
    "La mort n'est point notre issue,
    Mais elle rend unique tout d'ici (…)"
    Un recueil de poésie dans la voiture, une bonne suggestion, merci !

  • Que c'est beau, les extraits de poèmes, la couverture du recueil!
    Â chaque fois que je le vois à la télévision, il parle lentement et les mots semblent venir du plus profond de lui-même, de ce silence en soi dont il parle." À toujours creuser en nous
    le tunnel qui mène à l'air libre."
    Merci! Bonne semaine Tania

  • C'est vrai, il m'impressionne aussi, ce grand poète et grand sage, par sa formidable présence. Bonne après-midi, Colo.

  • J'aime profondément cet homme, j'ai ce livre sur la console derrière le canapé et souvent, très souvent je l'ouvre et... je déguste ses mots. Dire des choses aussi profondes, les détailler, les nuancer dans une langue qui n'est pas la sienne au départ est incroyable. Une grande et belle âme, c'est un être "habité", merci Tania. Bises, à bientôt. brigitte

  • Merci à toi d'en témoigner, Brigitte. C'est pourquoi j'ai inséré cette vidéo, pour qui ne le connaîtrait pas encore.

  • Les mots de François Cheng sont toujours une révélation. Il touche tellement juste, il a une vision si clairvoyante, si fine malgré une grande sobriété qu'il nous ouvre au monde. Comme dit Brigitte, il est "habité". J'ai toujours près de moi les livres de ses 5 méditations, ils me rassurent. C'est un de mes auteurs préférés et le retrouver chez toi, en un cadeau si bien présenté est un bonheur de ce matin ! Merci Tania et Bises.

  • Je lirai ces méditations sur la beauté, merci Claudie.

  • très beau en effet - un écrivain-poète que je n'ai pas encore assez lu, je compte bien y remédier

  • C'est un écrivain qu'on est heureux de retrouver - il me reste beaucoup à lire aussi.

  • Moi aussi j'aime profondément cet auteur. Sa lecture me régénère. Merci Tania !

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