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Roman - Page 109

  • Une maison bleue

    Des branches d’érable traversent la jolie couverture de Jardin de printemps, un roman de Tomoka Shibasaki (Haru No Niwa, 2014, traduit du japonais par Patrick Honnoré), romancière née à Osaka en 1973. Quasi pas d’intrigue dans ce récit : Tarô, un des derniers occupants d’un immeuble d’une trentaine d’années voué à la démolition, passe le plus clair de son temps libre à observer ce qu’il voit de chez lui.

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    Styrax japonica / Source : http://www.eggert-baumschulen.de/

    Une femme au balcon du premier étage, le lierre sur un mur de séparation en parpaings, au-dessus duquel un prunier et un érable « plus entretenus » étendent leurs branches, le ciel et les nuages… Tarô s’imagine marcher sur les nuages et de là, regarder la ville en bas, « comme une scène de dessin animé, parfaitement ». Cette femme aux lunettes de monture noire, qui a emménagé en février, tient un carnet de croquis, elle semble regarder quelque chose et il finit par voir quoi : « la maison d’à côté, plus vers chez lui. La maison bleu clair. »

    Le View Palace Saeki III compte quatre appartements au rez-de-chaussée, quatre à l’étage, « désignés chacun non par un numéro mais par un signe du zodiaque ». Comme le nom des locataires n’apparaît nulle part (« la norme de nos jours »), Tarô appelle la dame de l’appartement du Serpent Mme Serpent, lui habite celui du Sanglier. Un jour, celle-ci le guette à son retour du bureau : elle a trouvé une clé avec un petit personnage et pensé qu’elle lui appartenait, c’est le cas. Pour la remercier, il lui offre « des mamakari marinés au mirin », des poissons séchés qu’un collègue lui a rapportés – il sera souvent question de nourriture dans ce roman, et d’échanges de ce genre : dosettes de café, saumon, etc.

    L’occupante de l’appartement du Dragon l’intrigue, et un matin, en la voyant passer devant l’immeuble, il la suit qui se dirige vers la maison bleu clair, tend le cou pour regarder par-dessus le mur, « franchement l’air suspect » : « C’était une construction dans le style occidental. Les lattes horizontales de la façade étaient peintes dans un lumineux bleu clair. Une pointe de pique ornait le sommet du toit de tuiles brun-rouge à quatre pans comme une pyramide aplatie. » De son appartement, Tarô en voit l’arrière et le vitrail aux libellules rouges d’une petite fenêtre.

    C’est la maison des Morio (leur nom est indiqué près du portail). Près de l’entrée, un vélo d’enfant, un tricycle et une petite voiture bleu clair elle aussi. Dans le jardin privé, un lilas des Indes. Sa voisine rentrant chez elle, lui continue vers la gare. Avant son divorce, Tarô était coiffeur dans un salon géré par son ex-beau-père. Un mal de dos l’a fait choisir ensuite un boulot commercial plus stable.

    Il finit par faire connaissance avec « Mme Dragon » qui aimerait regarder la maison bleue de son balcon à lui, plus proche, parce qu’elle la trouve magnifique. Nishi est dessinatrice de mangas et, pour le remercier de son accueil, l’invite à dîner dans une brasserie – elle adore la bière. Là, elle lui montre un livre de photographies, « Jardin de printemps » : quatre ou six photos par page, presque toutes en noir et blanc, toutes de la maison bleue ou du jardin. Elle date de 1964, l’année des J. O. de Tokyo ; c’était le genre de maison que construisaient des gens cultivés avec le désir « d’en faire trop ». Nishi l’a découverte en visitant un site de locations immobilières et quand elle a vu le carrelage jaune-vert de sa salle de bain, elle a reconnu la maison de l’album, consacré à un couple qui l’habitait, un réalisateur de films publicitaires (qui s’appelle aussi Tarô) et une comédienne.

    Jardin de printemps tourne autour de cette fascination pour la maison bleue, celle de Nishi puis celle de Tarô à sa suite. Sa voisine va tout faire pour y pénétrer en se mêlant à la vie des Morio. Tarô observe alors avec encore plus d’attention les logements des environs, les coquilles vides ou habitées de leur quartier. Et aussi les arbres, les oiseaux, les insectes, comme la gale du styrax japonica qui inquiète Mme Serpent ou la petite urne de guêpe potière qu’il trouve dans le rail de sa fenêtre coulissante.

    Prix Akutagawa 2014, ce roman court (140 pages) gentiment envoyé par Lewerentz qui l’a trouvé trop contemplatif à son goût, est un roman de petits riens, en effet. Le narrateur, qui préfère à tout se vautrer sur un canapé, est incité par ses voisines, et surtout par l’audacieuse Nishi, à s’intéresser davantage aux autres et à leur histoire, et pas seulement via internet ou les réseaux sociaux.  

    Tomoka Shibasaki écrit dans un style minimaliste plutôt familier. Il me semble que si, sans m’y être vraiment ennuyée, la lecture de ce roman me laisse un goût de trop peu, c’est dû et à cette écriture peu travaillée et au caractère passif du personnage (à l’opposé du héros de La compagnie des artistes, attaché à la résidence Cairo ; Melbourne, il est vrai, n’est pas Tokyo, mais j’ai pensé quelquefois pendant ma lecture au roman de Chris Womersley). J’ai pourtant apprécié la description des petits gestes entre voisins, à la japonaise, et surtout l’attention portée à cette maison, à ses détails, à son jardin, qui en fait un espace dédié à la recherche du beau et de la lumière, un rêve de vie heureuse.

  • L'attente

    djavadi,négar,désorientale,roman,littérature française,iran,france,culture« Nos sociétés organisent habilement l’attente. Des gens font la queue des nuits entières pour le dernier modèle d’un ordinateur, des tickets de concert, des jeux vidéo, des articles soldés. Nous attendons le premier du mois devant les guichets de la RATP. Nous attendons devant les universités, à la caisse du supermarché, au téléphone, dans n’importe quelle administration. Au sud de la Méditerranée, devant les ambassades occidentales, les queues s’allongent dès le matin pour un visa. Ailleurs, c’est la pénurie ou la guerre qui fait son travail. L’attente est un phénomène progressif et sournois, une activité en soi. Et pendant que nous attendons, par nécessité, besoin, désir ou mimétisme, nous ne nous révoltons pas. La ruse consiste à détruire chez les individus leur énergie, leur capacité à réfléchir, à s’opposer. Les réduire à des objectifs instantanés, aussi fugaces qu’une jouissance. Quand je dis ce genre de choses, mes sœurs poussent un soupir agacé. « Tu exagères ! » Elles appuient sur le « x » comme sur une pédale de frein censée couper court à mon délire. Elles préfèrent que nous parlions le moins possible de société et de politique, que nous nous en tenions aux histoires de famille, aux études et activités culturelles des enfants. Mes parents ont épuisé leurs quotas de tolérance quant à ces sujets. »

    Négar Djavadi, Désorientale

  • Désorientale

    C’est en écoutant Négar Djavadi parler de Désorientale sur France Inter, un dimanche de septembre, sur la route, que m’est venue l’envie de lire ce roman. Je l’ai reçu il y a peu (merci encore), et une fois ouvert, je ne l’ai plus lâché. L’histoire d’une Iranienne réfugiée en France et de sa famille – comme celle de la romancière, « une famille d’intellectuels opposants au Shah puis à Khomeiny » – traverse tout le XXe siècle, avec des allers et retours constants entre la vie au présent de Kimiâ, la narratrice, une jeune femme d’aujourd’hui, et des épisodes de leur passé.

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    http://www.lci.fr/livre/avec-desorientale-negar-djavadi-jette-un-regard-persan-sur-la-litterature-francaise-2001890.html

    Kimiâ se rappelle la réponse de son père, Darius Sadr, la première fois qu’elle est descendue avec lui dans le métro parisien, en 1981, et s’étonne de ne pas le voir prendre l’escalator : « L’escalator, c’est pour eux. » Elle avait dix ans et ne comprenait pas tout, mais elle se souvient de son regard « désarmé ». Darius Sadr est le héros de cette famille qu’elle nous décrit par « soubresauts organiques », s’appuyant sur une mémoire « imparfaite, mais sincère », et postposant toujours le récit de « l’événement ».

    A présent, elle attend à l’hôpital Cochin une insémination artificielle, seule, alors que les autres patients sont en couple. « On écoute mieux avec les yeux qu’avec les oreilles. (…) Si tu as quelque chose à dire, écris-le », disait son père. « J’ai changé de pays et de langues, je me suis inventé d’autres passés, d’autres identités. J’ai lutté, oh oui, j’ai lutté, contre ce vent impétueux qui s’est levé il y a très longtemps, dans une province reculée de la Perse nommée Mazandaran. »

    Et voici la première de ces histoires gigognes qui jalonnent le récit, « La Fameuse Histoire d’Oncle Numéro 2 », telle que la contait Saddeq Sadr. Elle se termine à la naissance de Nour, la grand-mère paternelle que Kimiâ n’a pas connue. Tandis que son oncle racontait et pleurait, de l’autre côté de la fenêtre, « la Révolution était en marche », les habitants de Téhéran criaient « Mort au Shah » et « Allah Akbar ».

    Saddeq Sadr vient de mourir. Sa sœur aînée, Leïli, « sensible et fragile comme de la vieille dentelle », vient de le lui annoncer, sans oser le dire à leur mère, Sara. L’épouse de Darius, si drôle et si active, « débordante d’amour et d’anxiété pour l’humanité entière », n’est plus la même depuis « l’événement ». C’était l’oncle dont Kimiâ se sentait le plus proche. Elle se souvient de leur premier séjour chez lui en août 1978, quand « le mouvement de protestation contre le régime du Shah s’était radicalisé » : la police était à la recherche de leur père, « le Sakharov d’Iran », caché quelque part dans Téhéran, et leur mère, à la suite d’une violente altercation avec un haut gradé de l’armée, avait été hospitalisée.

    Leïli, Mina et Kimiâ, les trois filles de Darius et Sara, ont fréquenté l’école française. C’était cher, mais leur mère francophile, enseignante dans un lycée public, rêvait pour ses filles d’études supérieures à l’étranger (un très beau personnage). « Contrairement à mes sœurs, je n’aimais pas le français, une langue que je trouvais alambiquée/ampoulée et avec laquelle je refusais de nouer le moindre contact en dehors de l’école. » Kimiâ ne jugeait pas le français supérieur au persan et n’aimait pas la suffisance des lycéennes par rapport aux Iraniens.

    Tout tournait autour de Darius, dans leur famille, mais lui ne s’intéressait qu’à la politique et à la philosophie. « Nous vivions à côté de lui, grandissions, mangions, réussissions des examens, ouvrions la porte d’entrée, tombions malades, obtenions des diplômes, fermions la porte d’entrée sans qu’il s’en aperçoive. »

    Le silence de la salle d’attente autour de Kimiâ est aux antipodes de ce que serait la même scène en Iran où on n’aime «  ni la solitude, ni le silence », où tout se passe dans des bavardages sans fin – un besoin de communiquer étranger aux Français qui restent fermés sur eux-mêmes et leur espace vital.

    Je ne vous raconte rien de la suite. Après ces 50 premières pages sur 350, vous aurez compris l’allure du roman : Négar Djavadi, telle Shéhérazade, passe d’une histoire, d’une situation, d’un événement à l’autre, bousculant la chronologie, attisant le mystère, égrenant peu à peu les joies et les douleurs d’une jeune femme plutôt en rupture avec le modèle familial – qui aurait cru qu’elle aussi, un jour, comme ses sœurs, voudrait être mère ? – mais qui se sent dépositaire de tous ces récits de famille entrelacés à l’histoire d’un pays, d’une époque.

    Vie en société, choix politiques et libertés personnelles, condition de la femme, multiples sont les thèmes de réflexion qui nourrissent ce premier roman. Diplômée de l’INSAS à Bruxelles et scénariste, réalisatrice de documentaires, Négar Djavali le divise en « face A », les histoires d’une famille en Iran et en France, et « face B », la quête personnelle d’une jeune femme homosexuelle et passionnée de rock alternatif. Kimiâ, la petite fille « désorientée » pendant la fuite hors d’Iran n’est à présent plus tout à fait une Orientale ni une Occidentale, d’où ce joli titre : « Désorientale ».

  • Désormais

    Spilliaert Le poète dans la forêt vu de dos.jpg« Désormais il veut voir. Il veut savoir. Il veut connaître. Il ne se tiendra plus à l’écart comme sa mère d’abord en avait décidé, pour des raisons connues d’elle seule, comme son propre instinct ensuite le lui dictait. Désormais il veut suivre d’autres voies que celles empruntées par des reptiles ou des quadrupèdes. Il veut se frotter à ses semblables. A compter de ce jour il ne refusera plus leur compagnie, et même il la recherchera, et cela ne changera pas jusqu’au crépuscule de sa vie où sans doute alors il aura fait le tour de ce qu’ils sont et de ce qu’il est et jugera bon de s’en détacher et où de nouveau il aspirera à la solitude qui est au final la seule certitude et l’unique vérité sur lesquelles l’homme peut se reposer. »

    Marcus Malte, Le garçon

    Spilliaert, Le poète dans la forêt, vu de dos (vers 1935)

  • Le garçon sans nom

    Sur la table des nouveautés à la bibliothèque, Le garçon de Marcus Malte. Récompensé par le prix Femina 2016, ce romancier est né en 1967 à La Seyne-sur-Mer – deux prétextes (s’il en fallait) pour emprunter ce gros roman de plus de cinq cents pages. De 1908 à 1938, on y suit la destinée d’un héros sans nom ni prénom, « le garçon ». En 1918 tout sera dit, ou presque. Sans nom, sauf ceux qu’on lui donnera, et sans parole, jamais.

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    L’enfant sauvage a quatorze ans quand il apparaît en silhouette sur la lande, portant une femme sur le dos, sa mère. Elle lui a dit « Mer » pour qu’il l’y emmène avant de mourir – mais quand ils y arrivent enfin, elle ne respire plus. Et ce n’est pas vraiment la mer, toute cette eau, c’est l’étang de Berre. Alors il rebrousse chemin vers la cabane où elle l’a élevé et prépare, comme elle le lui avait appris, un bûcher dans la cour. « Il n’a pas la moindre notion d’âme et pourtant quelque chose s’entrouvre au fond de lui, quelque chose qui l’interroge et le désarme. »

    Sa mère ne lui a pas dit quoi faire après. Quelques jours plus tard, il se met en route vers le nord, franchit les limites du domaine de son enfance, traverse l’été « aux trois quarts nu, la peau cuite et tannée ». Repos, nourriture, eau, telles sont ses préoccupations – trouver sa place dans la nature, vivant dans un monde vivant. Quand il arrive à proximité de villages, le garçon observe les hommes, les imite : « eux savent, pas lui ».

    Les animaux sont les premiers à sentir sa présence et un jour, le sauvageon se retrouve mis en joue par un villageois, qu’il baptise à sa façon : « l’homme-renard ». Heureusement arrive Joseph, « l’homme-chêne », qui le prend sous sa protection, après que son fils « le Gazou » s’est précipité sur le garçon pour l’embrasser. Le voilà valet de ferme au service de tous et solide à la tâche : il veut tout apprendre.

    Joseph lui raconte son histoire et la mort de sa femme amérindienne en mettant leur fils au monde, un simple, comment il a distribué tous ses biens, affranchi ses employés, gardé uniquement la ferme et un hectare de terre. Habillé et logé chez Joseph, le garçon tombe très malade, en réchappe, veillé par le Gazou. Mais l’année suivante, la terre tremble, une gamine meurt, le village accuse le muet d’avoir attiré le malheur – il s’encourt. Nouvelle errance pour le garçon, qui a perdu son innocence : « Il n’y a pas une Terre, mais des terres. »

    L’été suivant, il rencontre Brabek, « l’ogre des Carpathes ». Le lutteur de foire le prend avec lui dans sa roulotte. De marché en marché, il offre son spectacle, défie les fiers à bras et, prenant soin de n’humilier personne, gagne tous les combats. Lui aussi raconte son histoire : emmené par un manager en Amérique pour y trouver « gloire et fortune », il y a pris des leçons « de guignol en chair et en os » et de réalité. Il enseigne son savoir-faire au garçon qui devient son préparateur, son assistant, puis son soigneur, s’occupe du hongre qui les tire sur la route, apprend l’hygiène et la lutte.

    Le garçon ne parle pas, mais il écoute. Après la mort de Brabek, c’est à nouveau sur la route qu’il croise son destin, dans une collision avec une automobile. Gustave Van Ecke avait laissé le volant à sa fille Emma, la route était étroite. Inconscient, le garçon est emmené et soigné dans leur maison de campagne. Le médecin de famille attribue son mutisme au choc. Van Ecke place une annonce pour le signaler, mais personne ne le réclame. Lui reprend conscience, apprécie les pommes du verger (passion de Van Ecke) et fait connaissance avec la musique (passion commune : Emma joue du piano, son père du hautbois).

    Emma le baptise Félix pour l’extase qu’il montre en écoutant « Romances sans paroles » de Mendelssohn. Emma, 26 ans, rêvait d’un frère, Gustave d’un fils, le garçon est adopté. C’est elle qui s’occupe de tout, cuisine, nettoie, ennemie du servage et de la domesticité. Imaginez la suite, fort romanesque, sans oublier le tic tac des années. Le garçon fait partie de la famille, suit les Van Ecke dans leur appartement parisien. Emma lui montre tout : « l’amour, l’art, Paris ». En 1912, Félix a 18 ans, ils ne se quittent plus. Puis 1914 chambardera tout.

    Deux femmes comptent pour le garçon : sa mère, puis Emma. Pour lui qui ne parle pas, celle-ci veut tout nommer des choses du sexe, compose des poèmes cryptés, devient collectionneuse d’érotiques. Elle mettra autant d’ardeur à crier sa haine des guerres, son antimilitarisme, envoyant au garçon engagé des lettres improbables. Marcus Malte décrit crûment la boucherie des combats, les corps déchiquetés. Passant des heures lumineuses aux jours noirs (la couleur de son univers, à lire quelques billets sur ses précédents romans et nouvelles), il n’épargne rien au lecteur, qui se retrouve piégé comme le garçon au milieu de cette frénésie.

    Le garçon est un roman écrit dans un style rare aujourd’hui : lyrique, musical, poétique – vocabulaire recherché, « bella maniera ». L’auteur a confié dans un entretien trouver son inspiration d’abord dans la phrase, le rythme, les sonorités, cela se ressent. Ce roman d’apprentissage montre la beauté des cœurs généreux, l’ivresse de la sensualité, il dit aussi la révolte contre l’injustice et la guerre. Tantôt conteur, tantôt peintre, parfois si emporté par sa fougue verbale qu’il en fait trop, Marcus Malte déroule son récit dans le battement de l’Histoire : tandis que des hommes se rencontrent et se racontent, font l’amour, font la guerre, un souffle si fort les traverse qu’ils risquent d’y fracasser leur âme.