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Belgique - Page 27

  • Le beau temps

    En avance sur l’été, le beau temps s’est installé depuis trois semaines et ce week-end, voici déjà la première canicule de l’année. Et le plaisir de siroter le thé du matin sur la terrasse à l’ombre par vingt degrés à sept heures. Dès que le soleil y sera, tout fermer, baisser les écrans solaires, ce sera parfait pour regarder la finale masculine à Roland Garros. Celle des dames samedi, peu disputée au début, a tout de même été à la hauteur. Muchova a fini par retrouver son beau tennis montré en demi-finale, même si la numéro un, Swiatek, a remporté la partie en trois manches.

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    Nul doute que le parc Josaphat aura attiré beaucoup de monde, comme le dimanche de Pentecôte où j’y ai pris cette photo. Nous y allons rarement le week-end, ce fut l’occasion de voir les nombreuses nappes des pique-niques en famille sur la pelouse du tir à l’arc et la joyeuse ambiance partout, dans ce poumon vert de la commune si apprécié.

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    Sous les tilleuls de l’avenue Demolder, les coquelicots flamboient entre les plantes vivaces et à l’angle du square Riga, toute une bande danse joliment avec leurs partenaires en jaune. On retrouve aussi des coquelicots sous l’olivier du square qui a déménagé lors du réaménagement du rond-point, laissant la place centrale à un hêtre pourpre. Les lavandes et les vivaces qui l’entourent forment un bel ensemble, il faudra que je le photographie.

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    On se réjouit chaque jour de voir les vieux arbres du square, comme ce splendide marronnier, échapper année après année au couperet fatal annoncé pour la future station de métro. Quand les journaux ont parlé il y a peu de la menace qui pèse sur la réalisation complète du métro 3, étant donné les dépassements faramineux – comprenez ruineux – des coûts par rapport au budget annoncé, on a annoncé la bonne nouvelle aux arbres, sauvés peut-être ?

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    Une option raisonnable serait de continuer les travaux pour cette ligne 3 du métro bruxellois en la terminant à la gare du Nord (où mène le tram 55 que la plupart des riverains souhaitent conserver). Hélas, la décision de démanteler l’intérieur du Palais du Midi  en ne sauvant que la façade – du façadisme, encore et encore… – a un peu douché cet espoir.

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    Photo © PhotoNews dans L'Echo

    Que deviendra cet « imposant bâtiment bruxellois de 175 mètres de long [qui] accueille des commerces, des clubs de sports et une école de 1.200 élèves » (Le Soir), ancien marché couvert (1875-1880) restauré un siècle plus tard (Inventaire du patrimoine) ? Tout le quartier s’en émeut et les commerçants en particulier, ceux du Palais du Midi comme leurs voisins qui savent ce que leur côutera un chantier de plusieurs années. Une alternative au métro 3 a été proposée, mais les contestations semblent se heurter à une fuite en avant (pour des raisons politiques ?), quel que soit le prix à payer. Wikipedia ne donne aucun écho à toutes les contestations de ce grand chantier, je m’en étonne.

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    Revenons au square Riga tant que nous pouvons nous réjouir de ses charmes. En face de l’Institut Champagnat (école primaire), toutes sortes de plantes poussent dans les bacs installés avec les écoliers. C’est gai d’y voir des bleuets qui foisonnent en ce mois de juin, ces fleurs champêtres assez rares en ville.

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    Certains s’assoient à l’ombre bienfaisante du hêtre pourpre, de l’autre côté du square, un de ces vieux arbres devant lesquels on fait halte pour les admirer. Il porte de vilains tags sur le tronc, mais cela ne lui enlève rien de sa majesté, appuyée sur de puissantes racines. 

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    Puissent-elles le nourrir encore des années et des années ! Les grands arbres rendent tant de services : on espère que les décideurs savent à quel point ils stockent le carbone et apportent de la fraîcheur au quartier.

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    Une promenade dominicale à neuf heures du matin, c’est très agréable par ce beau temps de juin. Merci à tous ceux qui entretiennent leur jardinet, installent des plantes le long des trottoirs, des cadeaux offert aux passants. Comme cette jolie fleur, une grande boule étoilée que je remarque pour la première fois. La connaissez-vous ? 

  • Poussière d’oubli

    goffette,l'oiseau de craie,anthologie,poésie,littérature française,littérature française de belgique,écrivain belge,cultureCe que j’ai vu, je l’ai écrit
    comme la pluie sur les vitres
    et les larmes des roses, et tout
    ce que j’ai oublié demeure

    là, dans ce grand sac de voyelles
    posé contre le pied de la table
    où le temps passe entre ma vie
    et moi sans blesser personne.

    Quand plus rien ne chante au-dehors
    je puise dans le sac et sème
    sur la page un peu de poussière
    d’oubli et le jour paraît comme

    un musicien qui tend son chapeau.

    Guy Goffette, Petits riens pour jours absolus (2016)
    in L’Oiseau de craie (2023)

  • L'Oiseau de craie

    « Espace Nord consacre une admirable anthologie à l’œuvre du grand poète gaumais. Il était temps. Quel régal ! » a écrit Nicolas Crousse dans Le Soir. L’Oiseau de craie est le beau titre de cette anthologie qui va de 1971 à 2021 – cinquante ans de poésie, ça se fête. Serait-ce Guy Goffette lui-même cet « oiseau de craie » qui « persiste à crier terre / dans la courbe des mots » (Arrière-saison) ?

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    Rossano Rosi qui a choisi les textes donne une clé dans la postface, en remarquant que « craie » est l’anagramme d’« Icare », présent comme un leitmotiv dans la poésie de Guy Goffette. La figure mythologique d’Icare « rassemble sous son aile, si on peut dire, des motifs puissants : emprisonnement, appel de la liberté, univers des oiseaux, tentation de l’envol, inanité pour l’Homme de toute tentative d’envol, chute, mort… » (R. R.)

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    A travers le feuillage des jours
    le soleil passe la main
    et lance sur le carrelage
    la monnaie de notre pièce
    Solo d’ombres et de voix
    pour que nous y trouvions
    la force de prendre
    le présent par l’avenir
    comme un enfant par ses yeux
    et rassemblions assez d’oiseaux
    pour croire en l’arbre fraternel
    qu’ensemble nous portons

    Guy Goffette, Solo d’ombres (1983)

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    Un voile d’éther

    Nous avons beau savoir que le ciel n’est rien
    qu’une illusion pareille au bonheur quand tout va :
    les p’tits bateaux au fil du temps, l’horizon
    comme un archet ou comme

    la hanche d’une femme dans les bras du sommeil,
    tout, tout s’aigrit à la moindre occasion :
    la vue d’une chambre étroite, d’une rangée
    de peupliers sous la fenêtre

    – les mêmes peupliers, la même fenêtre,
    forme et fond de l’insupportable absence –
    beau savoir, oui, que ce n’est qu’un voile d’éther
    sur nos yeux blessés, c’est encore pour lui

    que nous bradons l’espace et toutes les couleurs.

    Guy Goffette, Le Pêcheur d’eau (1995)

  • Amoindrir

    catherine demaiffe,jusqu'au lever du jour,roman,littérature française de belgique,écrivain belge,famille,couple,drame,amour,culture,violence,pédophilie,alcoolismePendant ce séjour forcé chez ses amis
    Victor aurait presque apprécié
    passer du temps avec ses enfants
    ceux-ci auraient presque renoué avec leur père
    si ce dernier n’avait pas décidé
    de mettre toute son énergie
    à amoindrir la gravité de la situation
    auprès de ses hôtes
    il ne fallait surtout pas que cela s’ébruite
    sa femme
    alcoolique
    cela pourrait entacher sa réputation
    il ne pouvait pas la laisser tout ruiner.

    Catherine Demaiffe, Jusqu’au lever du jour

  • Jusqu'au lever

    C’est un récit étonnant qui se déroule sous la couverture de Jusqu’au lever du jour, le premier roman de l’actrice Catherine Demaiffe. L’histoire commence en 1957 à Messancy, en province de Luxembourg : le « Vive Jésus Vive Jésus » de la sœur dans le dortoir à l’aube réveille la Petite et les autres internes pour la prière du matin, avant de s’habiller et d’aller assister à la messe. La vie des « pupilles » des Religieuses de la Doctrine chrétienne est réglée en tous points.

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    La Petite n’a plus de famille à part sa tante Maria, qu’elle appelle Yaya. La sœur de son père, très bigote, l’a sauvée de l’orphelinat après l’accident d’avion qui a coûté la vie à ses parents, à son frère et à sa sœur cinq ans plus tôt, « quelque part dans le ciel au-dessus d’Idiofa, province du Kivu, Congo belge ». A la même époque, Louise, qui vit à Lambusart, dans le Hainaut, reçoit une lettre du père de son fils, il s’est marié à Porto Rico :

    Louise ferait croire à son petit garçon
    le plus longtemps possible
    que son père reviendrait

    Voilà comment le texte se présente tout du long (je mets des italiques pour citer ce passage imprimé en caractères droits, les italiques y sont réservées aux paroles), seul l’épilogue comporte des paragraphes. Aucune ponctuation, à part un point et un blanc à la fin de chaque séquence. Cela ne gêne en rien la lecture, le rythme est donné par le découpage de la phrase.

    Un jour, Victor trouve cette lettre de son père dans les affaires de sa mère et comprend pourquoi, bien qu’il soit « studieux et appliqué », les écoliers le traitent de « sale bâtard » ou de « fils de pute ». Quand Louise le découvre avec la lettre prise dans son tiroir, elle hurle avant de s’emparer du martinet suspendu au mur pour le châtier. A l’usine textile, elle-même reçoit les insultes réservées aux filles-mères.

    L’abbé Minot, qui s’occupe des scouts de Lambusart, jette son dévolu sur Victor. D’abord fier d’être son préféré, le garçon n’ose résister aux gestes déplacés du « saint homme ». Victor a une belle voix, l’abbé propose à sa mère de faire son éducation musicale, de le faire chanter dans la chorale, puis de le faire entrer au Collège de Bonne-Espérance. Comme planifié, son protégé entre au Grand Séminaire. Mais on l’y juge trop peu équilibré pour devenir prêtre et Victor est renvoyé à la vie de laïc. Bouleversée, sa mère qui était si fière de lui avale des barbituriques.

    De son côté, la Petite a dû encaisser, elle aussi. Quand après une enfance minée, Victor et Alexandra, se rencontrent en 1968 à l’université, le rapprochement est facile. « Alexandra crevait d’amour / autant que la Petite avait crevé d’ennui / elle  crevait de vivre / autant que la Petite avait crevé de mort / alors elle arrêta ses études de droit / qui la faisaient chier / elle prit son héritage d’orpheline / et elle partit avec Victor / vers un avenir chargé de promesses. »

    On se doute qu’ils ne vivront pas heureux même s’ils auront trois enfants. Victor, en père intransigeant et narcissique, frappe ses enfants et méprise sa femme. Seule compte pour lui sa carrière de chanteur : reçu au Conservatoire, engagé dans les chœurs de la Monnaie, il va devenir un excellent soliste. Pour Alexandra, qui s’est mise comme entre parenthèses dans cette famille, la vie est un enfer.

    En lisant cette histoire dramatique, on se demande bien qui, des parents ou des enfants, réussira à s’en sortir et comment. Quand les malheurs cascadent ainsi, peut-on rebondir ou du moins s’apaiser ? L’heure d’une prise de conscience, bon gré mal gré, arrivera pourtant, et de nouveaux choix. Catherine Demaiffe ouvre une fenêtre sur l’espoir, l’appel d’air est irrésistible – comme un saut dans l’inconnu. On veut y croire.