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chats - Page 2

  • Majesté

    « Quinze ans ! c’est l’âge rêvé pour un éphèbe. Pour un chat, c’est un âge de majesté et de face-à-main, d’irritabilité aussi, surtout s’il est de ce poids, de ce poil, de cette taille, de cette opulente sombre tacheture.

    le-gout-des-chats.jpgLe voici qui est arrivé, parce que l’avenue cesse et que c’est la maison avec les quatre volets clos et la porte close aussi, afin de faire la nuit parce que tout le monde dort.

    Vous lui dites mille termes aimables. Il s’assied : établit sur vous un vieux regard ferrugineux royal.

    Vous voudriez le prendre. Le porter, le tenir – c’est émouvant un animal pareil ! Mais d’abord, le pourriez-vous faire, il ne ronronnerait pas – je sais bien que c’est ça, ce tonnerre entre des enrochements du Zambèze ou du Niagara que vous voudriez entendre ; eh bien il ne le ferait pas – ensuite il s’en faut de beaucoup que vous le puissiez jamais atteindre. Voyez où il est déjà, et comme il marche plein d’offense et en se retournant ! Dans les hauts pois de senteur, il y a un peu d’ombre. Va-t-il dormir ? Plutôt, il a une idée. Il se dresse et se fait les griffes de toute sa longueur et de toute sa force contre une borne qui est là qui lance des étincelles. »

     

    Charles-Albert Cingria, Canicules sardes in Le goût des chats

  • Le goût des chats

    Quoi de mieux qu’un chat sur les genoux, entre le bureau et mes mains au clavier, pour vous parler de ce petit livre pour aficionados ? Le goût des chats, dans l’esprit de la collection du Petit mercure, réunit des textes choisis et présentés par Jacques Barozzi, un de ses auteurs réguliers. Une centaine de pages, une trentaine d’auteurs, de Louis Nucéra à J.-K. Huysmans. 

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    Mina

    Dans l’introduction, Barozzi cite Théophile Gautier : « Les chats se plaisent dans le silence, l’ordre et la quiétude, et aucun endroit ne leur convient mieux que le cabinet du littérateur. » (Gautier aimait aussi les chiens, rappelez-vous Fanfreluche.) Et Mallarmé qui parle dans une lettre de Neige, « une adorable maîtresse toute blanche ». Il y aura bien d’autres jolis de noms de chats dans ce petit recueil comme Muezza, la chatte préférée de Mahomet ou Mysouff, le chat d’Alexandre Dumas, qui le conduisait tous les matins « jusqu’à la rue de Vaugirard » et tous les soirs l’y attendait.

     

    Baudelaire est bien sûr à la place d’honneur : « C’est l’esprit familier du lieu ; / Il juge, il préside, il inspire / Toutes choses dans son empire ; / Peut-être est-il fée, est-il dieu ? » (Le chat, II) Je révise le sonnet des Chats, me souvenant d’un mémorable dîner d’anniversaire à Moscou, où, après que Sergueï, notre guide-interprète, nous avait fait la grâce de réciter des vers russes, pour nous faire entendre la poésie dans sa langue, je m’étais lancée : « Les amoureux fervents et les savants austères… »

     

    Poésie, prose, conte, mémoires, le chat se faufile dans tous les genres. Frédéric Vitoux, à qui l’on doit l’excellent Dictionnaire amoureux des chats, rapporte ce mot de Léautaud à Céline : « Vous allez sans doute être liquidé à la Libération, et vous l’aurez bien cherché, je ne verserai pas une larme, mais vous pourrez mourir en paix, sachez que je suis prêt à recueillir Bébert qui seul m’importe. » Qui sait si ce gros matou de Bébert n’a pas inspiré à Marcel Aymé, ami fidèle de Céline, ses fameux Contes du chat perché ?

     

    Le goût des chats ménage des rencontres entre Esope et La Fontaine, Buffon et Chateaubriand. On y fait la connaissance de Gouttière (Forlani) et de Beauty (Balzac), on y retrouve Le Chat Murr d’Hoffmann, un de ces textes dont je reporte je ne sais pourquoi la lecture – il en va de certains livres comme de certains voyages, qu’on entretient longtemps à l’état de rêve.

     

    Yves Navarre a décidé de faire raconter sa vie de chat par son Tiffauges après sa mort –  Michel Tournier, « qui disait ne pas aimer les chats » lui avait offert ce chaton –, « Abel Tiffauges est le héros du Roi des Aulnes ». Anny Duperey est de la partie avec ses Chats de hasard. Paul Léautaud ne cache aucun détail de la mort de Souris, « la merveilleuse petite chatte angora gris-bleu de la rue Garancière », treize jours à peine après l’avoir recueillie chez lui.

     

    Beaucoup plus d’écrivains que d’écrivaines dans Le goût des chats (en plus de Duperey, Mme Michelet, Colette, Doris Lessing). Mâle ou femelle, le chat en littérature serait d’essence féminine, selon Barozzi, tandis que le chien serait perçu comme masculin : je me garderai bien d’en débattre. Saviez-vous que Du Bellay avait écrit une Epitaphe de deux cents vers à la mémoire de Beleau, son petit chat gris ?

  • Amis des chats

    chat,chats,animaux abandonnés,catrescueIl y a quelque folie dans toutes les histoires d’amour. Les amis et les amoureux des chats ne s'en cachent pas. Dans la blogosphère, textes & photos en témoignent, ici par exemple.

    Un véritable ami se reconnaît dans le malheur, et je veux remercier ici celles et ceux qui portent secours aux animaux abandonnés.

    Si vous souhaitez adopter un chat, voyez le site de catrescue :
    on vous y attend.

  • Chats de rencontre

    Parmi mes photos de vacances, il y en a toujours quelques-uns. Inséparables d’une ruelle, d’un jardin, d’une cour, où ils sont à leur place, où nous sommes de passage. 

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    Comme l’écrit Annie Duperey dans Les chats de hasard, « Ce qui est merveilleux avec un chat, c’est qu’il n’y a rien à faire quand il vient à vous, qu’à le regarder. » Tout passe d’abord par le regard, la première accroche, l’intérêt l’un pour l’autre, le temps que vous lui accordez pour se faire à l’idée d’une rencontre. 

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    Il se tourne ou se détourne, parfois s’éloigne. Souvent il ne bouge pas d’un poil. Il est à la bonne place, celle où le soleil réchauffe juste comme il faut, celle d’où il peut observer tout son monde, celle où il attend Dieu seul sait quoi. Il y reste. Alors vient la voix : vous lui parlez, il écoute. S’il l'entend comme une caresse, il ferme les yeux, l’agrée. Beaucoup de chats se contentent, à leur manière silencieuse, de vous saluer ainsi, comme pour dire « Oui, je suis ici. Je suis un chat. »

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    Certains réagissent davantage. Ils s’ennuyaient, qu’avez-vous pour les distraire ? Les plus sociables viennent s’enrouler à vos chevilles, glisser leur dos sous vos doigts, miaulent on ne sait quoi qu’ils ont à vous dire. Et pour se faire bien comprendre, la petite tête dure se frotte encore plus fort à vous, et quand vous continuez votre route, le chat trottine à vos côtés, ravi de la compagnie, même éphémère. 

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    Les sans maître, les errants, qui survivent grâce aux amoureux des chats, sont plus sauvages. Mais un chat est un chat, c’est-à-dire curieux, et si vous restez dans ses parages, il entame des manœuvres d’approche, prudentes. Il vous a vu partir. Il attend votre retour devant chez vous, s’éloigne aussitôt qu’il vous aperçoit, mais pas trop loin. D’un appui de fenêtre, il vous espionne, comme au spectacle. Tout l’intéresse de vos allées et venues, tout ce qui bouge est bon à prendre.

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    Si alors vous vous souciez de lui, si vous lui racontez comme il est beau, comme il est brave, comme il est chat remarquable, si vous vous mettez à sa portée, la partie est presque gagnée. Le jeune chat est joueur : une baguette qui gratte le sol le fait bondir, il la suit, l’attrape, tourne et tourne autour de vous, en redemande. S’il s’effarouche aux premières approches de la main, il finit, ronronnant, par recevoir la caresse, par manifester son plaisir  il vous accepte. 

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    La confiance d’un chat est un cadeau. Les photographies, instants partagés, rendent aux chats de rencontre leur regard, leur douceur, leur présence.