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Cinéma - Page 11

  • Micromanagement

    « Je suis une adepte du micromanagement. Je commence avec la première phrase d’un roman, et je finis avec la dernière. L’idée ne me viendrait jamais de choisir entre trois dénouements différents, car je ne sais pas comment s’achève mon roman avant d’arriver à la fin – ce qui ne surprendra pas mes lecteurs. 

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    © Michaël Borremans The House of Opportunity (Im Rhönlandshaft) 2004
    Stedelijk Museum voor Actuele Kunst, Ghent Courtesy Zeno X Gallery Antwerp
     

    Les adeptes du macroplanning ont déjà pour ainsi dire achevé la construction de leur maison dès le premier jour ; ainsi, leur obsession est interne : ils changent sans cesse le mobilier de place. Ils mettront une chaise dans la chambre, dans le salon, dans la cuisine, puis à nouveau dans la chambre. Les adeptes du micromanagement construisent leur maison étage par étage, discrètement et dans sa globalité. Chaque étage doit être solide, entièrement décoré, avec tout le mobilier bien en place avant de procéder à l’étage suivant. Il y a du papier peint sur les murs du couloir, même si les escaliers ne mènent nulle part. » 

    Zadie Smith, Mille fois sur le métier (Changer d’avis)

  • Changer d'avis

    De Zadie Smith (De la beauté, vous vous souvenez de ce roman ?), le titre d’un recueil d’essais – des conférences, des chroniques – a piqué ma curiosité : Changer d’avis (Changing my mind, 2009, traduit de l’anglais par Philippe Aronson). Née en 1975 d’un père anglais et d’une mère jamaïcaine, l’auteure y a mis cette épigraphe en premier : « Je vais vous dire quand on peut porter un jugement définitif sur les gens : jamais ! » 

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    Dès l’avant-propos, Zadie Smith éclaire le titre choisi pour ces « essais ponctuels » où elle voit son opinion évoluer au fil des ans : « Lorsque vous publiez jeune, votre écriture grandit avec vous – et devant témoins. » Douée pour « le doute et l'interrogation » voire « l’incohérence idéologique », elle a rassemblé ses textes en cinq parties : « Lire », « Etre », « Voir », « Sentir » et « Se souvenir ».

    Quand elle a eu quatorze ans, sa mère lui a offert le roman de Zora Neale Hurston, Une femme noire (étrange traduction de Their Eyes Were Watching God), convaincue que le livre lui plairait. Mais Zadie résistait : devait-elle l’aimer parce qu’elle était noire ? Plutôt méfiante a priori, elle découvre en lisant ce roman ses qualités, la force de caractère de l’héroïne, et reconnaît à cette écrivaine une vertu à laquelle les blancs ont tendance à s’identifier, « l’universel ». 

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    Zadie Smith écrit sur « E. M. Forster ou la voie médiane » en présentant un recueil de ses chroniques à la BBC. C’est une véritable défense de cet écrivain britannique considéré comme « mineur ». Elle loue sa modestie et son empathie par rapport au grand public auquel il s’adressait à la radio. 

    Loin des réserves d’Henry James à l’égard de George Eliot, dans « Middlemarch et nous », elle analyse la composition de ce roman « prolixe » écrit à 55 ans, qualifie l’effet éliotien d’équivalent narratif du « son surround ». Le souci qu’a la romancière de rendre à chaque personnage son intégrité est une des raisons qui font de Middlemarch le roman préféré des Anglais. Zadie Smith aborde aussi Barthes, Nabokov, Kafka, entre autres. 

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    La deuxième partie, « Etre », porte d’abord sur sa propre pratique d’écrivain, qu’elle décrit très concrètement et avec une bonne dose d’autodérision dans une conférence donnée en 2008, « Mille fois sur le métier ». Dans « Glossolalie », lécrivaine métisse reconnaît que son ancienne voix a fini par disparaître sous sa voix actuelle, le ton de Cambridge, et rend hommage à Obama qui a su garder « une double voix ». Entre ces deux textes, « Une semaine au Liberia », pays où elle s’est rendue pour Oxfam en 2006, est une observation sans concession de la situation des habitants dans la désastreuse « république de Firestone ».

    Katharine Hepburn dans Indiscrétions (film de George Cukor) ! Zadie Smith admire entre toutes l’actrice « impérieuse, royale et rousse », son caractère et sa ténacité, son amour pour Spencer Tracy. (C’est elle, dans le rôle de Tracy Lord, qui prononce la phrase citée en épigraphe à propos du jugement.) « Hepburn et Garbo » ouvre magnifiquement la troisième série d’essais, « Voir ». Elle y fait également un beau portrait d’Anna Magnani dans Bellissima de Visconti et des observations désopilantes sur un week-end à la cérémonie des Oscars. 

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    Cary Grant et Katharine Hepburn dans Indiscrétions de G. Cukor (Allociné)

    Après une évocation de « Noël chez les Smith », fête dont sa mère était la gardienne des rituels incontournables, Zadie Smith consacre deux textes touchants à son père, Harvey Smith, à qui son recueil est dédié : « Héros accidentel » sur son engagement volontaire en 1943 – il a participé à la guerre avec « une bonne étoile au-dessus de sa tête » – et « Le dernier rire » sur son goût pour les comiques, si bien communiqué à ses enfants que Ben, le frère de Zadie, en fera sa profession. 

    Cet arrière-plan personnel de l’écrivaine, ses remarques sur l’écriture et la lecture, voilà ce qui m’a le plus intéressée dans Changer d’avis, mais lire les fines observations de Zadie Smith même sur des sujets qu’on ne connaît pas, comme Brefs entretiens avec des hommes hideux de David Foster Wallace, à la fin du recueil – elle lui emprunte sa seconde épigraphe : « C’est à vous de décider en quoi vous croyez » –, permet d’apprécier sa voix singulière dans la littérature anglaise contemporaine.

  • Varia d'avant Noël

    21 décembre, solstice d’hiver. Comme presque tous les samedis matins, j’écoute sur Musiq3, la radio culturelle de la RTBF, « Le grand charivari » présenté par Pascale Seys, et l’invité du jour est passionnant : Jan Hoet, historien d’art et grand connaisseur de l’art contemporain. Ecoutez-le parler, avec son charmant accent de Flandre, et vous le suivrez jusqu’au bout. 

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    http://www.rtbf.be/radio/podcast/player?id=1879699&channel=musiq3

    A Gand, il a fondé le SMAK, musée d’art actuel de la ville, puis il a organisé « Chambres d’amis » en invitant des artistes à exposer dans des maisons privées, inspiré par la tradition de Geel où il a grandi (en Campine anversoise) dans une famille qui accueillait des patients psychiatriques chez elle. C’est là qu’il vient de présenter « Middle Gate Geel'13 » dans quatre lieux différents, « un magnifique parcours entre art et psychiatrie » écrit Guy Duplat dans La Libre, avec un beau portrait du « pape de l’art » qui considère le musée comme un lieu de débat – sur l’art.

    A l’époque où le père de Jan Hoet était psychiatre à Geel, 3 000 malades vivaient chez les gens et non à l’asile, « intégrés à la vie "normale", sans être sans cesse confrontés à leur image de malade comme dans un hôpital, 3 000 malades pour une ville qui ne comptait encore que 19 000 habitants » (Guy Duplat). Les enfants Hoet appelaient « zotjes » (petits fous) ceux qui logeaient chez eux, c’était gentil. Ailleurs en Belgique, on se moquait de quelqu’un en lui disant qu’il finirait à Geel (chez les fous), par ignorance. 

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    Le logo de Middle Gate Geel'13 (Photo du blog de Nadja Vilenne)
    commenté au cours de l'émission
    http://www.nadjavilenne.com/wordpress/?p=8479

    Un monde trop préoccupé d’économie et trop peu de culture, voilà une des réalités que Jan Hoet déplore – « Creative Europe » ne s’intéresse à l’art que quand il peut servir l’économie. Où se trouve l’art dans le manifeste européen ? demande-t-il. Souvent les subsides vont aux multinationales et non aux artistes, il en donne des exemples. Il applaudit à la présentation d’un petit livre, « L’utilité de l’inutile » de Nuccio Ordine, un essai que je me suis promis de lire.

    L’art, la recherche, son occupation quotidienne, sa nourriture : lire un livre sur l’art, visiter un atelier d’artiste, une exposition, c’est sa vie. « Ça (lui) donne de l’énergie », explique Jan Hoet, même quand ce qu’il a vu ne lui plaît pas ; cela nourrit la réflexion sur ce qu’est l’art, si difficile à définir. Aujourd’hui, « nous sommes tous éduqués à accepter tout » alors que l’artiste, lui, ne veut pas être comme tout le monde. Dans l’œuvre d’un artiste, il y a toujours quelque chose de local et aussi quelque chose d’universel. Jan Hoet parle entre autres de Sophie Langohr, de Jacques Charlier, de l’art, de la vie, avec une simplicité et une lucidité formidables.

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    Puis c’était la rubrique cinéma, et là aussi, je me suis régalée, avec les commentaires sur cette belle et terrible série télévisée, « Top of the Lake », filmée par Jane Campion, vue sur Arte, aujourd’hui disponible en DVD. Un grand film en six épisodes, des images, des situations inédites dont vous aurez un aperçu ici en « scrollant » vers le bas comme indiqué, et un extrait avec Elisabeth Moss dans le rôle de Robin Griffin, « agent de police spécialisé dans la protection de l'enfance ».

    J’étais en train de décorer le séjour pour Noël avec des babioles remontées de la cave – quelques boules, une couronne de Noël, et surtout la crèche toute simple de mon enfance et l’étoile lumineuse à la fenêtre –, quand le son de tambours puis le chant joyeux d’une clarinette se sont fait entendre, inattendus. 

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    Une image de Night of Silence de Reis Celik (Turquie)
     
    (Festival International du Film Indépendant)

    De l’appartement, je ne vois pas la rue, mais j’ai tout à coup pensé : un mariage ! Une fois en bas, chez mes voisins turcs, c’était le spectacle. Devant leur jolie maison ancienne unique en son genre dans le quartier (elle mériterait une restauration), une limousine extra longue (comme j’en ai vu en Russie pour les mariages) attendait devant l’entrée, suivie d’un cortège de voitures. Sur le trottoir, quelques parents et amis, et, mettant l’ambiance, les musiciens qui tournaient autour de la voiture de fête. La mariée a fini par apparaître sur le seuil, cachée sous le voile rouge traditionnel, très droite. Je ne connais pas ces traditions, mais il était clair que les choses se passaient dans les règles. 

    Une jeune femme s’est approchée de la voiture avec un miroir dans les bras ; il fait partie, avec le ruban, le voile, le trousseau, du rituel d’alliance, peut-on lire sur le site de l’Association Minkowski où Ilknur Deveci décrit exactement ce dont j’ai été témoin : « Lorsque la mariée entre dans la voiture, la personne tenant le miroir l’accompagne. Le hoca (maître de cérémonie ?) commence à lire des versets et des sourates ; tout le monde ouvre les deux mains vers le ciel ; à la fin de sa récitation, ils lisent tous la sourate El Fatiha, passent leurs mains sur leur visage et disent Amin (Amen). Cette sourate est connue pour être celle qui ouvre. Elle est une ouverture. C’est elle qui est lue pour commencer la prière. » C’était émouvant d’assister à ce grand départ.

  • Amants

    « Quelques échos épars, d’un livre à l’autre, font deviner la nature de leur relation amoureuse : après la grande instabilité passionnelle qu’a toujours vécue Catherine, vient une consonance sereine de cœurs et de corps, la sensation d’avoir une éternité pour s’aimer. « Avec lui, mes journées coulent comme une poignée de sable que je peux reprendre indéfiniment, écrit-elle. Avant, c’était un sablier que je tournais et retournais, effrayée par la fuite de ses grains… » 

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    Catherine semble non pas rajeunie, mais à l’écart de l’âge. Lanskoï dément la mièvrerie du portrait qu’un peintre de cour a fait de lui. Il mûrit, sa présence s’étoffe, on a l’impression qu’il protège cette femme, si puissante, si vulnérable. « En donnant son bras à l’impératrice, note le bibliothécaire de Catherine, Lanskoï marchait, son épaule un peu en avant, comme un bouclier. »

    Oleg imagine ce couple d’amants. Ils traversent les enfilades du palais de Peterhof, puis montent à cheval et, dans la pâleur d’une soirée de juin, longent lentement la rive de la Baltique. »

    Andreï Makine, Une femme aimée

  • Filmer une femme

    Une femme aimée (2013) d’Andreï Makine, inspiré par Catherine II de Russie (1729-1796), raconte le rêve d’un jeune cinéaste : Oleg Erdmann veut rendre son humanité à cette femme trop souvent réduite à deux mots, le pouvoir et le sexe. 

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    Portrait de Catherine par Louis Caravaque en 1745

    Un grand miroir qui s’abaisse, « telle une fenêtre à guillotine », entre le salon blanc et or où l’impératrice reçoit ses invités de marque et l’alcôve où elle rejoint ses amants, voilà le point de départ de son scénario. Oleg veut tout savoir d’elle, et ses amis le taquinent : il y aura de la matière pour « une série télévisée de trois cents épisodes et demi ! »

    Dans l’appartement communautaire où il a sa chambre, son amie Lessia se moque elle aussi de la fascination d’Oleg pour « la Messaline russe » redevenue pour lui« une petite princesse allemande qui regardait la neige tomber sur la Baltique ». Oleg voudrait montrer une femme et son « impossibilité d’être aimée ».

    Quand il a parlé de son projet à son vieux professeur, celui-ci a tenté de l’en détourner – trop ardu, trop coûteux, trop délicat. Mais Oleg continue à imaginer des scènes : le double examen imposé aux favoris, chez le médecin d’abord, puis avec la comtesse Bruce qui s’assurait de leur virilité. Au-dessus de son lit, des listes : le bilan de ses bienfaits dressé par Catherine II elle-même en 1781, la chronologie de son règne (1762-1796), la liste des amants qui ont « duré », les montants des récompenses octroyées.  

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    Portrait de Catherine II par Levitsky en 1794

    Pour gagner « son minimum vital et du temps pour écrire », Oleg travaille aux abattoirs de Leningrad une nuit sur trois. Jourbine, un jeune comédien, comme lui un provincial qui se débrouille avec la pauvreté, lui a trouvé ce travail. Erdmann porte un nom qui attire les sarcasmes, on le traite de « mutant russo-allemand », de « paysan de Sibérie ». Mais à sa grande surprise, il y a un an (en 1980), son premier court-métrage a plu au Ministère de la Défense et ce succès inattendu lui a valu l’amour de Lessia.

    Le meurtre de Pierre III par les favoris de son épouse est le premier des nombreux épisodes où sexe et violence tissent le destin de la grande Catherine. Lessia, qui s’éloigne d’Oleg peu à peu, suggère un jour que « ce qui serait intéressant à filmer, c’est ce que Catherine n’était pas… »,  les instants de sa vie « qui la rendaient à elle-même » : cette femme « n’était pas qu’une machine à signer des décrets, à écrire à Voltaire, à consommer des amants… »

    « L’Histoire régie par la soif de domination et le sexe » : il ne manque pas d’éléments pour nourrir cette vision, des accès de sensualité que Catherine note dans son journal de petite princesse jusqu’aux frères Zoubov, les amants de la fin de son règne. Bassov, l’ancien professeur d’Oleg, s’intéresse vraiment à son scénario, mais l’incite à la prudence devant le Comité d’Etat. 

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    Tenture de Philippe de Lasalle, réalisée pour le palais de Catherine II de Russie
    à St Petersbourg, autour de 1775, soie, 186 x 76,5 cm (© Clichés Prelle)

    Lourié, l’historien expert du jury, met le doigt sur des erreurs concernant les monnaies en cours au XVIIIe siècle. Les membres du Comité ricanent, satisfaits. Et puis Lourié évoque de plus en plus librement Catherine II, et Oleg comprend sa stratégie : attirer l’attention sur des détails inexacts pour que le jury ne s’attarde pas sur les « choses politiques risquées ». Et cela réussit. La réalisation est confiée à Mikhaïl Kozine, Erdmann sera son « assistant artistique ».

    Dina, l’actrice qui joue la jeune Catherine II, se jette dans les bras d’Oleg après sa rupture avec Lessia. Eva Sander jouera la « vieille » Catherine II, l’Allemande se montre vraiment sensible à sa vision de l’héroïne. Pas tout de suite, pas encore à Peterhof où ils se rencontrent pour la première fois et dont il gardera l’image d’une « inconnue qui marchait sous les arbres blanchis par le givre. »

    Au milieu du roman, Makine passe des années 80 aux années 90. Leningrad s’appelle à nouveau Saint-Pétersbourg. Oleg se rétablit d’un coup de couteau dans le ventre reçu lors d’une attaque contre le journal qui l’emploie. Dina vit de spots publicitaires. Kozine est devenu un de ces clochards ivres qui traînent dans le métro. 

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    Portrait d'Alexandre LanskoÏ par Levitsky en 1780

    Oleg lit encore tout ce qui éclaire la personnalité de Catherine II et s’attache en particulier au seul qui l’ait vraiment aimée, le comte Lanskoï« une parenthèse de douceur ». Resté plus de quatre ans auprès de la tsarine, de 1780 à 1784, il ne l’a jamais quittée, c’est la mort qui les a séparés. Avec Eva Sander, le jeune cinéaste avait parlé de ce rêve qu’ils avaient dû avoir, de partir à deux loin de la cour pour un « voyage secret à travers l’Europe », en Italie peut-être – ce que quasi rien n’atteste.

    Pour manger, Oleg vend ses livres, l’un après l’autre. Puis il tombe très malade. Au printemps, lors d’une première promenade après sa convalescence, il est bloqué avec d’autres passants par des gardes du corps qui barrent le trottoir pour un « play-boy » et une jeune femme blonde qui embarquent dans une grosse voiture. Oleg reconnaît Jourbine, l’ami d’autrefois, et celui-ci le fait monter avec eux. Il a fait fortune dans les affaires, possède plusieurs restaurants, et il vient d’acheter un studio de cinéma.

    Son « méga-projet » ? Tourner une série télévisée sur Catherine II, « pas la momie qu’on découvre dans les livres d’histoire », une Catherine « dépoussiérée, une bombe qui nous explose à la figure ! » A Oleg de se débrouiller avec les excès de Jourbine qui veut « un bon divertissement » axé sur les aspects les plus racoleurs de l’histoire, mais sans mensonges gratuits. Et voilà le scénariste cette fois du côté de ceux qui gagnent beaucoup d’argent, disposent d’un bel appartement – la série a beaucoup de succès – et d’une liberté toute nouvelle. Cela durera-t-il ?

    Une femme aimée parle d’une grande figure historique, par épisodes vifs et précis : une femme que Makine a « humanisée » alors que l’histoire, dit-il , l’a « cannibalisée ». Mais aussi de la Russie, des conditions de vie avant et après la chute du Mur. Poussé par Jourbine, Oleg ira rencontrer à Berlin le réalisateur d’un film érotique sur la tsarine, mais c’est avec Eva Sander dont il va pousser la porte qu’il partagera son rêve le plus fort.