Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

récit - Page 42

  • Au bout de soi-même

    Into the Wild m’a bouleversée. J’ignorais quand j’ai vu ce film que Sean Penn s’y inspire d’un récit : Into the Wild. Voyage au bout de la solitude (1996, traduit de l’américain par Christian Molinier). Pour le magazine américain Outside, Jon Krakauer a enquêté sur les circonstances de la mort par dénutrition de Christopher McCandless en 1992, un jeune homme de 24 ans retrouvé quatre mois après dans un vieil autobus, son dernier abri dans la nature sauvage en Alaska.  

    into the wild,krakauer,récit,littérature américaine,christopher mccandless,alaska,jeunesse,idéal,nature,aventure,culture
    Une photo de Chris McCandless retrouvée dans son appareil photo.

    L’article a suscité beaucoup de réactions : les gens ont été touchés par la vie et la mort de McCandless, les uns pleins d’admiration « pour son courage et son idéal », les autres de colère contre « ce casse-cou sans cervelle », un farfelu narcissique « qui devait sa fin tragique à son arrogance et à sa stupidité ». Krakauer, hanté par ce drame « et aussi une parenté vague, dérangeante, entre sa vie et la (sienne) », a passé plus d’un an à « retrouver la piste compliquée qui conduisait à sa mort dans la taïga », attentif au moindre détail pour comprendre ce jeune idéaliste passionné par les idées de Tolstoï sur le renoncement. Des cartes permettent de situer les étapes de son périple de 1990 à 1992. Malgré quelques considérations personnelles, Krakauer s’est efforcé d’être impartial. Chaque chapitre porte en titre un lieu où « Alex » est passé. En rupture avec sa vie d’avant, McCandless avait choisi de s’appeler « Alexandre Supertramp ».

     

    Le récit débute avec une carte adressée de Fairbanks à un ami. Il raconte qu’il ne lui a pas été facile « de faire du stop dans le Yukon » mais qu’il est enfin dans ce grand Nord dont il rêvait : « Maintenant, je m’enfonce dans la forêt. » L’homme qui l’a véhiculé l’a trouvé sympathique, tout en s’inquiétant du peu de nourriture emportée et de son équipement minimal, une carabine 22LR insuffisante pour abattre un élan ou un caribou. Il l’a persuadé d’accepter ses vieilles bottes en caoutchouc pour suivre « la piste Stampede » près du Mont McKinley.

     

    Des passages soulignés dans les livres (Jack London, Thoreau, Pasternak…), des lettres, des notes donnent une idée de l’état d’esprit de Chris-Alex tout au long du récit. « Je désirais le mouvement et non une existence au cours paisible. » (Tolstoï) Dans son dernier refuge, des chasseurs ont trouvé son cadavre en septembre 1992, et une note fixée à la porte de l’autobus, terrible S.O.S. – il se savait près de mourir, demandait qu’on l’aide et qu’on l’attende, parti à la recherche de baies pour se nourrir. 

    into the wild,krakauer,récit,littérature américaine,christopher mccandless,alaska,jeunesse,idéal,nature,aventure,culture
    Couverture du magazine où Krakauer a publié son premier article sur le sujet. 

    En mai 1990, cet étudiant brillant, élevé en Virginie par un éminent ingénieur aérospatial qui avait fait prospérer sa petite société de conseil avec sa seconde épouse, la mère de Chris, a obtenu un diplôme universitaire à Atlanta. Un ami de la famille lui avait légué 40000 dollars pour ses études et il lui en reste alors 24000, dont il fera don à une organisation humanitaire, au lieu de financer des études de droit comme le pensaient ses parents.

     

    Chris leur reproche de vouloir lui payer une nouvelle voiture alors qu’il a une Datsun B210 « légèrement cabossée mais en parfait état mécanique » avec 206000 km au compteur. Il les prévient qu’il va « disparaître pour quelque temps ». Ils ont l’habitude de ses longs trajets en solitaire pendant les vacances, ils n’y prêtent pas trop attention. Fin juin, il leur envoie un mot d’Atlanta avec la copie des notes obtenues – sa famille ne recevra plus aucune nouvelle de lui ensuite, même pas sa sœur Carine, la plus proche.

     

    La Datsun a été retrouvée sur la rive sud du lac Mead, le plancher recouvert de boue, en parfait état de marche. McCandless avait installé sa tente près d’un cours d’eau ; surpris par des pluies soudaines, il n’a pu dégager la voiture du lit de la rivière emprunté malgré l’interdiction et l’a laissée sur place. Il a décidé de continuer à pied et en stop. 

    into the wild,krakauer,récit,littérature américaine,christopher mccandless,alaska,jeunesse,idéal,nature,aventure,culture

    Krakauer a pu reconstituer ses faits et gestes en rencontrant les gens qui ont croisé sa route et à qui il s’est confié. En Californie, Jan Burres, une « rubber tramp » de 41 ans (vagabonde qui se déplace avec son fourgon) s’est prise d’amitié pour ce « brave garçon » qui a campé avec elle et son ami pendant une semaine. Il lui a dit avoir brûlé tout son argent et abandonné sa voiture, et avoir survécu en mangeant des plantes comestibles. A Topock, Arizona, il avait acheté un canoë d’occasion pour descendre le Colorado jusqu’au golfe de Californie, mais une journée « tout à fait désastreuse » de janvier 1991 l’a obligé à l’abandonner et à remonter vers le nord.

     

    A Bullhead City, Arizona, Chris travaille chez McDonald’s. On s’y souvient d’un jeune travailleur et sérieux, qui refusait de porter des chaussettes en dehors de ses heures de travail. Puis il va retrouver Jan Burres aux Slabs, une ancienne base aérienne où quelque cinq mille « marginaux, routards et vagabonds » s’assemblent en hiver. A sa brocante, il l’aide à vendre des livres, fait de la gymnastique pour se préparer à « la grande odyssée en Alaska », un sujet sur lequel il est intarissable.

     

    Alex en parle aussi à Ronald Franz, 80 ans, quand leurs routes se croisent à Salton City ; à Wayne Westerberg avec qui il a travaillé dans les champs à Carthage. A tous ceux qui lui ont offert compréhension et amitié, il donnera régulièrement de ses nouvelles. Pour Krakauer, McCandless « était à la recherche de quelque chose et éprouvait une fascination irréaliste pour la rudesse de la nature », comme d’autres avant lui, mais il était « sain d’esprit ».

     

    Les témoignages, l’histoire de sa famille, relatée peu à peu, la description des objets personnels (notamment des autoportraits photographiques) dessinent la personnalité d’un jeune homme à la fois solitaire et sociable qui se lance des défis de façon radicale, mort selon Krakauer à la suite de quelques « erreurs ». L’auteur estime avoir eu plus de chance que Chris-Alex en survivant à une aventure du même genre en Alaska.

     

    Quel désastre, me suis-je dit en refermant Into the Wild. McCandless a été intransigeant avec ses principes, implacable dans sa critique de la famille et de la société. Il ne semblait pas suicidaire, mais voulait aller au bout de soi-même, lui qui a écrit en marge de « Docteur Jivago » que « le bonheur n’est vrai que quand il est partagé. »

  • Vivant

    « Nous avons pris l’habitude de passer nos fins de semaine à la campagne. Puis, pour ne pas avoir à loger dans une auberge, nous avons acheté une maisonnette à 50 kilomètres de Paris. gorz,andré,lettre à d.,histoire d'un amour,récit,lettre,amour,couple,autoportrait,reconnaissance,écriture,cultureNous faisions par tous les temps des promenades de deux heures. Tu avais une connivence contagieuse avec tout ce qui est vivant et tu m’as appris à regarder et à aimer les champs, les bois et les animaux. Ils t’écoutaient si attentivement quand tu leur parlais que j’avais l’impression qu’ils comprenaient tes paroles. Tu me découvrais la richesse de la vie et je l’aimais à travers toi – à moins que ce ne soit l’inverse (mais ça revient au même). Peu après notre emménagement dans la maisonnette, tu as adopté un chat gris tigré qui, visiblement affamé, attendait toujours devant notre porte. Nous l’avons guéri de la gale. La première fois qu’il a sauté spontanément sur mes genoux, j’ai eu le sentiment qu’il me faisait un grand honneur. »

    André Gorz, Lettre à D. Histoire d’un amour

    Valerius De Saedeleer (1867-1941), La maison de mon voisin (détail)

  • Histoire d'un amour

    Lettre à D. – Histoire d’un amour d’André Gorz (1923-2007) pourrait être le pendant masculin de L’année de la pensée magique de Joan Didion, m’étais-je dit avant d’en entamer la lecture, mais les deux livres sont très dissemblables. Le récit de l’Américaine est la chronique d’un après, seule, celui du Français celle d’un avant, ensemble. Après cinquante-huit ans de vie commune, le journaliste, essayiste et philosophe s’interroge : « Pourquoi es-tu si peu présente dans ce que j’ai écrit alors que notre union a été ce qu’il y a de plus important dans ma vie ? » 

    gorz,andré,lettre à d.,histoire d'un amour,récit,lettre,amour,couple,autoportrait,reconnaissance,écriture,culture

    Pour sa femme de quatre-vingt-deux ans, malade, il décide de « reconstituer » l’histoire de leur amour, « pour comprendre ce que j’ai vécu, ce que nous avons vécu ensemble. » Du quasi coup de foudre pour la belle Anglaise aux cheveux auburn qu’il a invitée à aller danser le 23 octobre 1947 – « Why not » avait-elle répondu – à ce printemps 2006 où il se met à lui écrire.

    C’est une lettre et surtout un retour sur soi, un autoportrait sans complaisance. Gorz se reproche d’avoir faussé l’image de sa femme dans son premier livre, Le Traître, et la dépeint ici telle qu’il l’a connue, pleine d’assurance, cultivée, critique, libre, une véritable complice. Ce qui les a rapprochés au départ, sans doute, c’était « l’expérience de l’insécurité » au point de vue familial et la conviction qui en découlait : « nous n’avions pas dans le monde une place assurée. Nous n’aurons que celle que nous nous ferions. »

    Après quelques mois de vie commune, ils envisagent de se marier : elle le désire, lui est réticent, puis c’est sa mère à lui qui s’interpose. A Lausanne, sa compagne a bientôt un cercle d’amis plus étendu que le sien, fait du théâtre, progresse en français et en peu de temps, gagne plus d’argent que lui : leçons d’anglais, secrétariat « d’une écrivain britannique devenue aveugle ». Lui écrit, jusqu’aux petites heures de la nuit, un « Essai qui devait différencier les rapports individuels avec autrui selon une hiérarchie ontologique ».

    En 1949, Gorz est embauché pour la première fois « avec un salaire normal » à Citoyens du Monde comme « secrétaire du secrétaire » à Paris, ville qu’ils découvrent ensemble, elle et lui. Le soir, il écrit, elle sait que c’est « son besoin premier » : « Ce n’est pas ce qu’il écrit qui est le but premier de l’écrivain. Son besoin premier est d’écrire. Ecrire, c’est-à-dire se faire absent du monde et de lui-même pour, éventuellement, en faire la matière d’élaborations littéraires. » En automne, ils se marient.

    Quand il se retrouve au chômage l’année suivante, elle se débrouille, enchaîne les petits boulots : « Tu étais le roc sur lequel notre couple pouvait se bâtir. » Puis il trouve enfin un travail qui lui corresponde, « la revue de la presse étrangère » pour Paris-Presse où ils ne sont que deux journalistes à « exploiter cette masse d’informations ». Alors elle l’aide pour les publications en anglais – « nous étions complémentaires ». Trente ans à « mettre à jour, étoffer, gérer la documentation », à L’Express et au Nouvel Observateur ensuite (où il signe Michel Bosquet).

    Son premier Essai enfin terminé, Gorz le soumet à Sartre et comprend malgré son accueil que ce texte ne trouvera pas d’éditeur. Mauvaise humeur, fuite en avant : « j’ai commencé à écrire une autocritique dévastatrice, qui allait devenir le début d’un nouveau livre. » D. ne montre « ni trouble ni impatience », elle lui répète : « Ta vie, c’est d’écrire. Alors écris. »

    Dîners, reportages, discussions, travail en commun, et en même temps, « une différenciation croissante de nos images respectives de nous-mêmes ». Il trouve D. plus adulte que lui, elle est de moins en moins intimidée par ses idées et les remet en question. Gorz reconnaît son besoin de « théoriser », son penchant pour « l’esthétique de l’échec et de l’anéantissement ». Il se retrouve devant une alternative : « soit vivre sans toi selon mes principes abstraits, soit me dégager de ces principes pour vivre avec toi ». André Gorz dédie Le Traître « A toi dite Kay qui, en me donnant Toi, m’as donné Je ».

    Lettre à D. (D. pour Dorine), c’est l’écriture d’une prise de conscience, d’un bilan personnel, et surtout l’expression de sa reconnaissance envers celle qu’il aime et qui lui a tant donné. Devant la maladie qui risque de les séparer, le voilà prêt enfin à vivre cette résolution prise il y a longtemps mais peu tenue : « vivre de plain-pied dans le présent, attentif avant tout à la richesse qu’est notre vie commune ». Le couple s’est suicidé en septembre 2007.

  • Par hasard

    Hugues traduction allemande.jpg« C’est son fils Joachim qui m’a raconté l’histoire de sa mère. Nous nous sommes rencontrés tout à fait par hasard dans la librairie de mon quartier. Par-dessus le comptoir, je parlais avec la libraire de mon idée d’écrire l’histoire de ma rue. Je venais de rentrer bredouille d’une expédition dans les après-midi goûter et jeux de cartes pour seniors des deux paroisses de mon quartier. Mais ni les catholiques, ni les protestants n’avaient pu fournir la pièce du puzzle qui manquait à mon projet : quelqu’un de non juif qui avait vécu dans ma rue dans les années 30. Et il était exclu de transgresser la règle que je m’étais fixée : mes protagonistes devaient impérativement avoir habité ma rue ou sa place. Pas question de recueillir le témoignage de quelqu’un venant d’une rue attenante. Joachim Bickenbach se racla la gorge et se mêla à notre conversation : Peut-être puis-je vous être utile. Ma mère a vécu avant et pendant la guerre au numéro 3 sur la place. »

    Pascale Hugues, La robe de Hannah 

    hugues,pascale,la robe de hannah,berlin,1904-2014,récit,enquête,allemagne,juifs,architecture,urbanisme,quartier,rue,xxe siècle,culture
    Textes & prétextes
    , 7 ans

  • Une rue à Berlin

    « Berlin 1904-2014 », c’est le sous-titre de  La robe de Hannah, un récit, une enquête passionnante de Pascale Hugues, Prix du Livre européen 2014. Dès son installation dans la capitale allemande, la journaliste française (correspondante pour Le Point) s’intéresse à la rue en cul-de-sac qui sera désormais la sienne, « même pas une rue à part entière », à proximité d’une bouche de métro. Le premier chapitre, « Rue tranquille dans beau quartier », rapporte comment elle y a trouvé un appartement, un choix forcément arbitraire.

    hugues,pascale,la robe de hannah,berlin,1904-2014,récit,enquête,allemagne,juifs,architecture,urbanisme,quartier,rue,xxe siècle,culture

    Cette rue ordinaire devient son « champ d’étude » : « Car pour un étranger, sa rue de résidence est comme un échantillon du pays, le miroir en miniature de ses coutumes et de ses traits de caractère. » Pascale Hugues s’intéresse aux lieux, et avant tout aux gens. Qui habite, qui a habité son immeuble ? sa rue ? son quartier ? Quelle en est l’histoire ? Ces questions ont nourri ses recherches, menées avec empathie et persévérance.

    Les reconstructions d’après-guerre, l’ajout d’un étage dans les années 80, les transformations ont défiguré le dessin premier, la rue à présent « de bric et de broc » n’a plus le chic de ses débuts en 1904, à l’époque où « en l’espace de quelques années, le village de Schöneberg, but champêtre des excursions dominicales des Berlinois, se mue en quartier taillé sur mesure pour la bourgeoisie aisée. »

    Que disent les dossiers de construction, les archives ? « C’est un peu comme avancer seule dans la première neige, pas à pas, page après page. Je saisis chaque feuille volante avec précaution. J’essaie de déchiffrer syllabe après syllabe ces écritures en vieil allemand. » Les architectes ont conçu les appartements tout confort sur une « hiérarchie horizontale » : luxe à l’avant, à l’arrière des pièces plus petites, sans décor, pour loger les domestiques ou la bonne d’enfants. « Les entrepreneurs construisirent cette rue pour l’éternité. Ils croyaient au progrès et à la technique. » En 1904, on n’imaginait pas que le XXe siècle allait connaître deux guerres et que les bombardements allaient détruire la rue en deux ans, le temps mis à la construire.

    Lilli Ernsthaft, « notre doyenne », est la première des rencontres marquantes racontées par Pascale Hugues. Veuve d’un Autrichien fortuné, elle a vécu « soixante-dix-neuf ans à la même adresse », jusqu’en 2001. Cette habitante de l’immeuble va ressusciter pour elle le début du XXe siècle, les boutiques, le train de vie des « princesses de bonne famille si peu armées pour traverser la dureté des jours que le destin leur réserverait », « un gai ruban de promenades dans les parcs des stations thermales, de leçons de piano et de tennis, de thés dansants (…) ».

    Frau Ernsthaft est la dernière survivante de la bourgeoise juive allemande de cette rue (sans que personne ne s’en soit jamais douté), une « miraculée ». Une amie l’a poussée au premier rang le jour de l’inauguration, après maintes discussions, d’une plaque commémorative sur leur façade au n° 3, avec les noms « des treize juifs déportés de l’immeuble ». Son appartement, « un vrai cabinet d’antiquaire » comme avait prévenu l’ancienne pharmacienne, n’a pas changé depuis les années vingt.

    Cent six juifs ont été déportés dans la rue, du moins officiellement. Pour retrouver des survivants, des témoins, la journaliste place une annonce – « Qui a habité ma rue ? » – dans Aktuell, revue semestrielle du Sénat destinée aux derniers juifs berlinois dans le monde – « c’était rechercher une aiguille dans la meule de foin planétaire ». Ils seront pourtant treize à lui répondre. De New York, d’Australie, de Haïfa… « Ma rue irradiait soudain dans le monde entier. » Pascale Hugues va leur rendre visite et recueillir leurs témoignages.

    « La robe de Hannah », chapitre éponyme, décrit l’amitié de deux jeunes filles, Hannah et Susanne, que l’émigration aux USA sépare brutalement en 1939. On peut voir une photo d’elles au milieu du livre, souriantes, se tenant par le bras. Les souvenirs, les récits, les confidences, le hasard parfois vont permettre à Pascale Hugues de reconstruire l’histoire d’une rue et, vous l’avez compris, de bien plus que cela : d’un siècle de vie berlinoise avec ses promesses, ses défaites, ses métamorphoses, « un microcosme de l’histoire allemande » (J.-Cl. Ventroyen, Le Soir).

    hugues,pascale,la robe de hannah,berlin,1904-2014,récit,enquête,allemagne,juifs,architecture,urbanisme,quartier,rue,xxe siècle,culture
    Photo extraite d'une vidéo entretien Arte info, P. Hugues y lit un extrait de La robe de Hannah. 
    http://info.arte.tv/fr/un-prix-pour-donner-envie-deurope

    Ce n’est pas un essai historique, bien qu’il fourmille d’informations précises. C’est bien plus qu’un reportage : une histoire passionnante, émouvante, qu’on lit tout du long avec curiosité grâce au ton simple et naturel choisi par Pascale Hugues pour nous faire partager son travail, étape par étape, comme il s’est peu à peu échafaudé. « Cadré dans l’embrasure de ses fenêtres, le récit file à la première personne, réflexif et incisif, sa rue s’anime, sensible, sensuelle. On voit le grain des poussières qui s’envolent des albums de famille, on entend le souffle des voix. » (Corinne Bensimon, Libération)