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encre

  • Un enchantement

    eva bester,léon spilliaert,essai,littérature française,peinture,spilliaert,peintre belge,encre,culture,art,extrait« Mais c’est sans doute lorsqu’il est en contact avec la nature que Spilliaert est le plus en paix. « La mer est pour moi un enchantement… Tout m’apparaît à nouveau neuf, extraordinaire, fantastique », écrit-il lors de vacances en juin 1920. En dépit de son tempérament anxieux, il semble jouir, tout au long de sa vie, d’une inaltérable capacité d’émerveillement. « Je vis actuellement dans un monde de chatoyante fantaisie et d’immense liberté. Tout, autour de moi, est harmonie et poésie », se réjouit-il dans une autre lettre. »

    Eva Bester, Léon Spilliaert

    Léon Spilliaert, Colonnade au crépuscule, 1920,
    gouache et caséine sur papier, 76,6 x 52,9 cm

  • Deux Spilliaert

    Pourquoi deux ? Les critiques distinguent deux périodes dans la peinture de Léon Spilliaert (1881-1946) : son œuvre de jeunesse (jusqu’en 1910) est plus prisée que ses peintures après son mariage (en 1916). J’ai retrouvé cet artiste belge parmi mes préférés dans deux livres très différents : Etre moi toujours plus fort de Stéphane Lambert et Léon Spilliaert par Eva Bester. Ils datent de 2020, année de l’exposition « Léon Spilliaert, lumière et solitude » au musée d’Orsay.

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    nouvelle édition 2025 (première couverture ici)

    Etre moi toujours plus fort a pour sous-titre « Les paysages intérieurs de Léon Spilliaert ». Stéphane Lambert commence par un résumé de la vie du peintre qui se termine sur cette phrase : « Un mystère cependant demeure : le génie qui caractérisait les visions de ses débuts semblait l’avoir quitté. » A l’incipit du premier chapitre, « Une nuit », je tique. L’auteur utilise la première personne pour l’artiste qui raconte : « Je marche à pas de loup à travers la maison endormie. » – « J’avance sur le brise-lames. »

    Sans transition, à la séquence suivante arrive le « je » de l’auteur, qui a vu dans une monographie un lavis de Spilliaert représentant une chambre à coucher et l’a cherché en vain dans un musée bruxellois. Même alternance des personnes dans « Un matin », cela m’a gênée. Plus loin, d’autres « je » témoignent : Edmond Deman, éditeur-galeriste qui a engagé le jeune Spilliaert comme illustrateur et lui a fait rencontrer Verhaeren ; Robert Goldschmidt qui lui a demandé d’immortaliser son dirigeable ; Edgard Tytgat, peintre qui fut son ami ; Victor De Knop, un médecin établi à Ostende.

    Les pages les plus intéressantes à mes yeux sont celles où Stéphane Lambert s’immerge dans certaines œuvres de Spilliaert, dont il épouse le trouble intérieur. Une vingtaine de lavis d’encre de Chine illustrent le texte. Autoportrait au chevalet : « Etre moi demande chaque jour un effort supplémentaire. Pourtant je n’en démords pas, tel est mon désir acharné : être moi, toujours plus fort. Chercher ce qui se cache derrière ce qui apparaît. Passer de l’autre côté de l’image. »

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    « Spilliaert et moi sommes frères de noir » déclare d’emblée Eva Bester (Remède à la mélancolie, France Inter). Le sous-titre yourcenarien de son Léon Spilliaert – Œuvre au noir – annonce sa fascination pour ce qu’elle appelle sa « sombreur ». « Quand ça ne va pas, c’est-à-dire la plupart du temps, je me réfugie dans son meilleur millésime : l’année 1908. » En épigraphe, elle cite les deux premières strophes des Heures ternes dans Serres chaudes de Maeterlinck, un recueil illustré par Spilliaert en 1918. « Voici d’anciens désirs qui passent, / Encor des songes de lassés, / Encor des rêves qui se lassent […] ».

    L’angoisse et la déréliction, certains artistes « en font de la beauté ». « L’encre de Chine de Spilliaert matérialise une bile noire transcendée. » Elle commence par situer ce peintre « énigmatique » dans sa terre natale d’Ostende, « ville picturale à l’élégance délétère ». Dans ses paysages à l’encre, le peintre rend son atmosphère lugubre la nuit. Dans ses autoportraits, il apparaît parfois « comme un spectre échappé d’un cauchemar ». Il est « singulier en tout ».

    Eva Bester cite tout de même quelques artistes dont on peut voir des échos dans son œuvre : Mellery pour certains intérieurs, Vallotton, De Chirico et d’autres, dont un peintre polonais que je ne connaissais pas du tout, Gustaw Gwozdecki, et Edvard Munch. Elle voit en Spilliaert un alchimiste qui s’empare de la matière noire pour la « transfigurer » : « L’encre de Chine est diluée en différentes nuances de gris, le spleen n’est pas opaque et laisse passer des lueurs. Ses lavis sombres sont rehaussés d’aquarelle, de fusain, de crayons de couleur, de gouache, de craie ou de pastel […]. »

    Elle aussi observe un déclin par la suite : « Les âmes sombres trouveront peut-être un réconfort dans cette possibilité d’une sérénité tardive que rien ne présageait, mais à mon sens, la beauté de son œuvre a décliné à mesure que son bonheur s’est accru. » La seconde partie de l’essai présente des « œuvres choisies » qu’Eva Bester commente brièvement ou relie à des citations, à bon escient. Près de Mélancolie (1928), elle note : « Portrait de l’auteure de cet ouvrage, réalisé plus d’un demi-siècle avant sa naissance. »

    Pour faire connaissance avec Spilliaert, l’essai d’Eva Bester est un bon choix, il me semble. Celui de Stéphane Lambert s’adresse plutôt à qui le connaît déjà. De mon point de vue, il y a de belles œuvres aussi dans la période tardive et plus colorée de Spilliaert, notamment celles qui montrent sa fascination pour les arbres et leur ramure en hiver, Arbres dans l’inondation (1944) par exemple.

  • Calme

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    « Les vues d’un parc dessinées d’un fusain hyperréaliste invitent à se perdre, paysages géants comme des fenêtres. Mais en s’approchant apparaissent des textures : le rythme des brins d’herbe, celui ferroviaire de l’écorce des troncs, les reflets dans l’eau noire des bassins, les constellations de nénuphars vibrent, battent tel un organisme vivant. Les allées vides de tout promeneur se perdent dans le flou léger d’une brume matinale, tout est immobile, calme ; on retrouve ce silence que la peinture hollandaise a si bien su faire écouter. »

    Sylvain Silleran
    (extrait du texte à lire en ligne sur FranceFineArt)

    Exposition Rein Dool. Les dessins, Fondation Custodia, Paris, 2023

  • Dessins de Rein Dool

    Un coin de parc, le détail d’un fusain sur un mur de la Fondation Custodia, aperçu en quittant l’exposition sur Jacobus Vrel, nous a donné envie de découvrir l’artiste contemporain présenté en bas, un dessinateur néerlandais né en 1933 : Rein Dool. Les dessins. Nous n’avions plus le temps de nous attarder, mais je me suis promis d’en apprendre un peu plus sur celui qui a représenté une scène que je n’avais jamais vue ni peinte ni dessinée : Le brossage des dents (avec un détail kafkaïen !)

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    © Rein Dool, Le brossage des dents, 1972, encre de Chine, Rijksmuseum, Amsterdam

    Portraits, paysages, natures mortes, figures plus ou moins abstraites : « la sélection d’une cinquantaine de feuilles exposées comprend des prêts du Rijksmuseum, du Dordrechts Museum, de collections privées et de l’artiste lui-même » (Fondation Custodia), notamment des dessins de voyages (Géorgie, Birmanie, Espagne).

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    © Rein Dool,Stupas (Birmanie), 1999, encre de Chine sur papier oriental, collection de l’artiste

    Une salle est consacrée à un bel ensemble de grands dessins au fusain, des vues de parc réalisées à partir d’esquisses et de photos, dans les années 2010. Pas de personnages sur ces dessins d’atmosphère : l’artiste a travaillé aux nuances de la lumière, aux contrastes, au rendu de la végétation (en particulier dans Jardin, Dordrecht).

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    © Rein Dool, Wantijpark (Dordrecht), 2013, Fusain sur papier oriental, Riksmuseum, Amsterdam

    Son goût de l’observation de la nature s’exprime d’une autre manière dans Flambé, une aquarelle où apparaît un profil : « Dool s’intéresse notamment au peu de moyens nécessaires pour composer une tête. » Une ligne en zig-zag, un œil, la tête « à la Dool » est née. Un autre exemple dans une autre aquarelle de la même année, Etonnement.

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    © Rein Dool, Flambé, Verwondering 7, aquarelle, 60 x 80 cm, 2017

    Il y avait bien d’autres choses montrées à cette exposition. On peut découvrir la variété du travail de Rein Dool sur son propre site, dont ce sympathique autoportrait devant un paysage (page d’accueil). Certaines de ses peintures à l’huile montrent son goût pour l’art populaire, voire « naïf », des scènes ou motifs de la vie ordinaire où le peintre semble plus authentique que dans les compositions abstraites, bien qu’il y joue astucieusement avec les profils stylisés.

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    © Rein Dool, Dessinateur, huile, 60 x 80 cm, 2003

    Deux profils se font face dans une sculpture de quatre mètres sur cinq réalisée en acier corten pour une école de Dordrecht (photo 16). Un motif qu’il réutilise comme on peut le voir sur son site. Wikipedia signale une controverse récente à propos d’un portrait de groupe (1976), controverse qui a comme souvent donné plus de visibilité à l’artiste et contribué à sa réputation internationale.

  • Pas si fou Seuphor

    Le KMSKA expose jusqu’en janvier la donation des petits-enfants de Michel Seuphor : 57 dessins à lacunes à traits horizontaux.  Des œuvres abstraites censées guider le regard vers « les contrées de l’esprit ».

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    © Michel Seuphor, Les formes rendent hommage au carré, 1975, encre sur papier (détail), KMSKA, Anvers

    C’est beau, très graphique, très pur, une totale découverte pour moi de cet artiste et écrivain, Fernand Berckelaers (Anvers, 1901- Paris, 1999). Seuphor, son nom d’artiste, est l’anagramme d’Orpheus.

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    © Michel Seuphor, Les jardins privés de Pasifou géomètre, 1973, collage et encres, KMSKA, Anvers
    (désolée pour les reflets)

    Dans Les Jardins privés du géomètre (1973), on peut lire verticalement de part et d’autre des trois cercles « Les jardins privés de Pasifou géomètre » et « Secteur nord ouest du paradis terrestre ». Pas si fou ! Et voici un texte de Michel Seuphor pour conclure ces impressions d’Anvers : Visite et invite.  

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