Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Peinture - Page 51

  • Les expos d'Ixelles

    « PHOTOREALISM. 50 Years of Hyperrealistic Painting » : la grande exposition d’été au musée d’Ixelles présente trois générations de peintres américains pour la plupart, des années 1960 à 2010. Leur défi ? Peindre de façon aussi réaliste qu’une photographie la société de consommation pour la célébrer – ou en dénoncer les excès ? Je vous parlerai ensuite de l’exposition bis, « Rien ne va plus ! Tableaux d’une exposition », une installation très originale de Juan d’Oultremont.

    photoréalisme,exposition,musée d'ixelles,bruxelles,peinture,hyperréalisme,peinture américaine,juan d'oultremont,rien ne va plus,tableaux d'une exposition,moussorgski,pochette,palette,installation,art contemporain,culture

    Des voitures et des motos, des carrosseries, des chromes, des jouets, des bars, des restaurants, des maisons, des intérieurs, des portraits, des nus… Dans le sillage du Pop-Art, les hyperréalistes dépeignent et critiquent l’« american way of life ». Je vous renvoie au site du musée pour la description de ce courant pictural qui opte pour une vision « documentaliste » du monde. A distance aussi bien de l’abstraction que de la subjectivité, ces peintres partent de photographies qu’ils transposent sur la toile en grand format.

    photoréalisme,exposition,musée d'ixelles,bruxelles,peinture,hyperréalisme,peinture américaine,juan d'oultremont,rien ne va plus,tableaux d'une exposition,moussorgski,pochette,palette,installation,art contemporain,culture
     Tjalf Sparnaay, Fried Egg, 2015 © Private Collection of Tjalf Sparnaay

    La froideur des images qui en résultent est plutôt déconcertante, mais au fur et à mesure qu’on les découvre – certaines sont époustouflantes comme cet œuf sur le plat du Hollandais Tjalf Sparnaay –, on regarde, on s’étonne et on se pose plein de questions sur la démarche de ces peintres. En plus de l’aspect technique, au résultat forcément spectaculaire, le choix des sujets, le cadrage, la disposition des objets révèlent des orientations diverses et on finit par deviner parfois, d’une toile à l’autre, qu’il s’agit de la même signature.

    photoréalisme,exposition,musée d'ixelles,bruxelles,peinture,hyperréalisme,peinture américaine,juan d'oultremont,rien ne va plus,tableaux d'une exposition,moussorgski,pochette,palette,installation,art contemporain,culture
    ©
    Ben Schonzeit, Poivrons (Source)

    Remington#5 de Robert Cottingham montre une prédilection pour la typographie qui se confirme quand on google son nom à la recherche d’images. Ici la machine à écrire est coupée par le bord de la toile, manière de casser l’illusion. On trouve des natures mortes tout au long du parcours, comme ces Poivrons jaunes et rouges de Ben Schonzeit qui a souvent peint des légumes et des aliments. Audrey Flack rassemble des objets pour créer des « vanités » contemporaines.

    photoréalisme,exposition,musée d'ixelles,bruxelles,peinture,hyperréalisme,peinture américaine,juan d'oultremont,rien ne va plus,tableaux d'une exposition,moussorgski,pochette,palette,installation,art contemporain,culture
    Tom Blackwell, Sequined Mannequin, 1985, Collection of Susan P. and Louis K. Meisel, New York
    © Tom Blackwell, Courtesy by Institute for Cultural Exchange, Tübingen, Germany, 2016

    Il s’agit donc bien de peinture et je l’ai perçu davantage devant un arrière-plan flou, des jeux de reflets dans une vitrine de magasin, des ombres, un visage sans contour… Les vues urbaines et les paysages sont particulièrement troublants de réalisme, mais quand nous regardons autour de nous en nous promenant, et même à l’intérieur, voyons-nous aussi net que sur ces peintures ? Ou le regard sélectionne-t-il toujours un point d’appui, laissant le reste dans le vague ?

    photoréalisme,exposition,musée d'ixelles,bruxelles,peinture,hyperréalisme,peinture américaine,juan d'oultremont,rien ne va plus,tableaux d'une exposition,moussorgski,pochette,palette,installation,art contemporain,culture
    Anthony Brunelli, Main Street, 1994, Courtesy of Louis K. Meisel Gallery, N.Y., image
    © Anthony Brunelli photo, Institut für Kulturaustausch, Tübingen, Germany, 2016.

    La lumière se joue des choses, elle est bien sûr à l’œuvre sur ces toiles, particulièrement dans les représentations d’objets en verre (qui m’ont fait penser à Ken Orton, bien qu’il ne soit pas exposé ici). Les peintures de Richard Estes montrent les métamorphoses dues à la réflexion.

    photoréalisme,exposition,musée d'ixelles,bruxelles,peinture,hyperréalisme,peinture américaine,juan d'oultremont,rien ne va plus,tableaux d'une exposition,moussorgski,pochette,palette,installation,art contemporain,culture
    © Richard Estes, Car Reflections, 1969 (Private Collection)

    Bref, le photoréalisme, tout compte fait, donne beaucoup plus à voir que les choses mêmes ! « I’m not duplicating life, I’m making a statement about human values » déclarait le sculpteur hyperréaliste Duane Hanson, exposé ici en 2014.

    photoréalisme,exposition,musée d'ixelles,bruxelles,peinture,hyperréalisme,peinture américaine,juan d'oultremont,rien ne va plus,tableaux d'une exposition,moussorgski,pochette,palette,installation,art contemporain,culture
    Juan d'Oultremont, Dresser le tableau, 2016
    © 
    Juan dOultremont photo Cissiste international

    « RIEN NE VA PLUS ! Pictures at an exhibition. Juan d’Oultremont » : il vous faut traverser les collections permanentes – leur nouvelle présentation est très belle – pour visiter la deuxième exposition d’été au musée d’Ixelles. J’ai eu la chance de la découvrir en compagnie de Juan d’Oultremont, un artiste bruxellois qui aime surprendre et qui le fait bien, fondateur du mouvement Cissiste International 

    photoréalisme,exposition,musée d'ixelles,bruxelles,peinture,hyperréalisme,peinture américaine,juan d'oultremont,rien ne va plus,tableaux d'une exposition,moussorgski,pochette,palette,installation,art contemporain,culture
    Palette de nettoyage 2013 atelier Francis Alys © photo Juan d'Oultremont - Cissiste International

    Au départ, une pochette 33 tours des Tableaux d’une exposition de Moussorgski décorée d’une palette. 63 artistes belges et étrangers à qui il en a envoyé un exemplaire ont accepté d’utiliser cette pochette comme leur propre palette et ces 63 palettes contemporaines forment une des pistes du grand jeu musical et pictural auquel nous sommes invités ici : les connaisseurs reconnaîtront peut-être tel ou tel peintre avant de chercher à quel nom correspond le numéro sur la liste (elle-même présentée sur une pochette à prendre à l’entrée du parcours). Michaël Borremans a couvert presque toute la surface de tons bruns, Annick Leizin y a formé des bulles de couleurs diverses, d’autres se sont limités aux contours de la palette initiale ou ont carrément tout recouvert.

    photoréalisme,exposition,musée d'ixelles,bruxelles,peinture,hyperréalisme,peinture américaine,juan d'oultremont,rien ne va plus,tableaux d'une exposition,moussorgski,pochette,palette,installation,art contemporain,culture
    Palette Annick Lizein ©  photo Juan d'Oultremont - Cissiste International

    A côté de ces variations sur un même thème, des toiles – surprenante Charlotte Beaudry –, quelques sculptures, et même une voiture peinte par un système de car-wash reconverti ! Sur des tables, Juan d’Oultremont a disposé par « familles » une collection de 250 pochettes, autant de versions discographiques différentes des Tableaux d’une exposition. (Lui-même a dessiné des pochettes pour certains chanteurs, comme vous pouvez vous en rendre compte sur le site de cet artiste pluridisciplinaire.)

    photoréalisme,exposition,musée d'ixelles,bruxelles,peinture,hyperréalisme,peinture américaine,juan d'oultremont,rien ne va plus,tableaux d'une exposition,moussorgski,pochette,palette,installation,art contemporain,culture
    Palette Stephan Balleux © photo Juan d'Oultremont - Cissiste International

    Les diverses façons dont le titre suggestif de Moussorgski a été illustré sur les pochettes de disques reflètent une évolution visuelle, des choix d’illustrateurs : déambulation dans une salle d’exposition, portraits d’interprètes, paysages, graphismes attendus ou inattendus. J’ai pensé d’abord à chercher Ekaterina Novistkaya qui avait gagné en 1968, le Reine Elisabeth de piano en jouant Moussorgski à seize ans – elle m’avait épatée – et je l’ai trouvée ! Une bande-son accompagne évidemment cette installation pleine de fantaisie. « L’art est-il un jeu ? » titrait déjà Juan d’Oultremont en 2002.

    photoréalisme,exposition,musée d'ixelles,bruxelles,peinture,hyperréalisme,peinture américaine,juan d'oultremont,rien ne va plus,tableaux d'une exposition,moussorgski,pochette,palette,installation,art contemporain,culture
    Catalogue Rien ne va plus Tableaux d'une exposition Juan d'Oultremont

    J’ai malheureusement oublié de me procurer le catalogue original de « Rien ne va plus ! » au format livre de poche, qui m’aurait permis de vous en dire davantage, mais au fond, c’est aussi bien : allez-y, le musée d’Ixelles vous invite à ces deux expositions jusqu’au 25 septembre. Et en prime, celle d’Oriol Vilanova, lauréat Art’Contest 2015 (dont je ne vous dis rien, ne l’ayant pas vue).

  • Umbra / Vertige

    Pour la première fois, je suis allée jusqu’au monument érigé au bout de la plage d’Ostende et de la promenade Roi Baudouin, à la limite de Mariakerke.

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture

    Umbra, un bronze de 2002 signé Herlinde Seynaeve, est un hommage à Léon Spilliaert.

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture

    Posé sur des gradins circulaires, il s’inspire de son fameux Vertige (1908) où une femme en noir, son long foulard flottant sous le vent, affronte le vide du haut d’un escalier monumental.

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture
    A l’arrière-plan, les galeries royales et l’Hôtel Thermae Palace d’Ostende

     

  • Spilliaert à Ostende

    Depuis longtemps, j’ai envie de vous parler de Spilliaert, un peintre belge pour qui j’ai une admiration particulière. Vendredi premier juillet : pas encore la foule à Ostende, nuages et pluie assombrissent le début de l’été. Un bon jour pour découvrir la nouvelle aile du Mu.ZEE consacrée à « Deux grands maîtres ostendais : Ensor et Spilliaert » puis Het Spilliaert Huis (La Maison Spilliaert), ouvertes depuis mai 2016.

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture
    Cabines de bain sur la plage d'Ostende

    « Ensor et Spilliaert ont beau être ‘le jour et la nuit’, leur œuvre témoigne de la même fascination pour la lumière d’Ostende, le rythme de la mer, les pêcheurs et la vie sur la plage. » (Brochure du Mu.ZEE) James Ensor (1860-1949) et Léon Spilliaert (1881-1946) y sont nés, y ont vécu, y ont peint. Tous deux étaient fils de commerçants : on peut encore visiter la Maison Ensor où sa mère vendait coquillages, masques et objets exotiques ; en revanche, la Grande parfumerie Spilliaert n’existe plus – sa devanture annonçait « Fleurs des Flandres », « Brise d’Ostende », des parfums fabriqués par le père de Spilliaert.

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture
    http://www.visitoostende.be/fr/het-parfum-van-oostende

    Deux grandes photos à l’entrée des nouvelles salles du « Musée d’art-sur-mer » au rez-de-chaussée montrent l’une, Ensor contemplant la plage noire de monde de la terrasse du Kursaal (casino) en 1926 et l’autre, Spilliaert en compagnie d’Oscar Jespers, également sur le balcon du casino (ils y ont exposé ensemble en 1925) devant la plage et ses cabines de bains. On verra de nombreuses photos des peintres, des affiches, des livres, des lettres qui les montrent en relation avec d’autres artistes et amis, des écrivains, des galeristes... Une lettre d’Ensor à Eugène Demolder, juge de paix, montre leur amitié – comparée à celle de Don Quichotte et Sancho Panza. Celui-ci a écrit la première biographie d’Ensor en 1882.

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture
    http://www.muzee.be/fr

    Le parcours présente leurs liens avec la ville et leurs points communs : Ensor peint Ostende encore provinciale, la ville de pêcheurs que le roi Léopold Ier va choisir comme villégiature et transformer en ville mondaine ; l’insomniaque Spilliaert, de vingt ans son cadet, peint les galeries royales (édifiées sous Léopold II au début du XXe siècle, aujourd’hui décrépites), la plage, la mer au clair de lune, les rues désertes, des silhouettes solitaires.

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture
    Ensor, Les toits d'Ostende, 1901 (Mu.ZEE, Ostende) © SABAM BELGIUM 2016

    Ensor n’a pas quinze ans quand il peint une toute petite toile lumineuse que je connaissais pas, Couple de pêcheurs. Après l’orage (1880) montre sa fascination pour les nuances du ciel, on y voit déjà sa palette de tons nacrés qui feront merveille sur de nombreuses toiles. Une composition de coquillages du magasin Ensor est présentée près de la grande tapisserie de la fameuse Entrée du Christ à Bruxelles en 1889 – la toile originale est au Getty Museum de Los Angeles. Elle a été réalisée en 2010, grâce à un mécène, sur un projet de tapisserie colorié par Ensor lui-même. Des écouteurs permettent de l’entendre discourir, déclamer, et commenter la composition de cette toile, qu’il met en rapport avec le montage de coquillages.

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture
    Ensor, Autoportrait au chapeau fleuri, 1883 (Mu.ZEE, Ostende) © SABAM BELGIUM 2016

    Ensor s’est moins souvent représenté que Spilliaert. Son célèbre Autoportrait au chapeau fleuri a été peint d’abord sans chapeau, ajouté quelques années plus tard ainsi que des traits bleus au-dessus de sa moustache, une façon géniale d’instiller fantaisie et humour dans ce chef-d’œuvre. Un petit autoportrait plus tardif du Baron Ensor avec son diable et son blason affiche la devise : « Pro luce nobilis sum ».

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture
    Un chat dans les dunes, extrait des Images d'Ostende de Henri Storck

    Un autre Ostendais célèbre a rencontré Ensor et Spilliaert : le cinéaste Henri Storck, dont on peut regarder « Images d’Ostende », premier film centré sur l’eau, l’écume, les ancres, le vent, les reflets, les dunes, souvent des gros plans, des vues en plongée, et d’autres films sur la vie à Ostende, les passants, la plage, des documents précieux.

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture
    ©
    Spilliaert, Le hibou (collection particulière)

    Anne Adriaens-Pannier, spécialiste de Spilliaert, avait donné pour titre au catalogue de la rétrospective bruxelloise en 2006, « Léon Spilliaert, un esprit libre ». Passionné de littérature et de philosophie, Spilliaert reçoit sa première boite de pastels à Paris en 1900 (elle est exposée), où il visite avec son père l’Exposition Universelle. Il travaille d’abord comme illustrateur pour l’éditeur Deman et entre ainsi en contact avec Maeterlinck (Serres chaudes) et Verhaeren qui l’introduit dans les cercles parisiens. Verhaeren et Zweig ont été parmi les premiers à lui acheter des œuvres.

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture
    ©
    Spilliaert, La digue d'Ostende vue depuis l'estacade, vers 1910  (La Libre Culture) © SABAM BELGIUM 2016

    Léon Spilliaert souffrait de maux d’estomac et d’insomnie, il a longtemps vécu chez ses parents à Ostende où il se promenait le soir, noctambule solitaire attentif aux lumières crépusculaires et nocturnes. Ses nombreux autoportraits où le noir et le blanc dominent révèlent une personnalité inquiète, introspective, d’une part, et aussi sa fascination pour les objets, les plantes, les miroirs, les éclairages, les ombres. Peintre symboliste, il annonce l’expressionnisme.

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture
    © Spilliaert, Le nuage, 1902 © SABAM BELGIUM 2016

    Ensor et Spilliaert n’avaient pas vraiment de sympathie l’un pour l’autre. Spilliaert a des amis poètes – son mariage en 1916 avec Rachel Vergison est endeuillé par la mort accidentelle de Verhaeren. Le couple s’installe à Bruxelles, où leur fille Madeleine naît l’année suivante. L’œuvre de Spilliaert devient plus sereine. Quand il revient à Ostende à la demande de sa mère, en 1922, ses rapports avec Ensor s’améliorent. Il est à présent reconnu, exposé, des collectionneurs français achètent ses œuvres. 

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture
    Spilliaert, Femme au bord de l’eau © SABAM BELGIUM 2016

    Comme Ensor, il peint la vie des pêcheurs, leurs femmes, les quais, et aussi des promeneurs, des baigneuses. Et toujours des marines, dans de magnifiques couleurs où le ciel et l’eau se confondent. Ses diagonales ouvrent l’espace de la toile jusqu’à l’infini. Le dessin de Spilliaert est très graphique, il a le sens de la ligne, du cadrage. Sa technique est très variée : encre de Chine, lavis, pastel, gouache, crayons de couleur, aquarelle, huile…

    spilliaert,ensor,mu.zee,het spilliaert huis,exposition,peinture,ostende,culture

    Het Spilliaert Huis (ce n’est ni sa maison, ni un musée) tout au bout des galeries royales (entrée par le 7, Koningin Astridlaan), propose depuis deux mois une très belle sélection (par Anne Adriaens-Pannier) de 32 œuvres issues de collections privées. A ne pas manquer si vous allez à Ostende : l’exposition est ouverte tous les jours pendant les vacances scolaires. Vous y verrez aussi la passion plus tardive de Spilliaert pour les arbres, leurs troncs, leurs branches entrelacées. Vous m’en direz des nouvelles.

  • Aller à pied

    Liège Boverie (33) bis.jpg« Le promeneur au 18e et au 19e siècle, tout comme aujourd’hui bien sûr, est un homme potentiellement issu de toutes les classes sociales ; nulle d’entre elles n’échappe à cette envie de se retrouver seul, en couple, en famille ou en groupe, avec la nature et ses « ornements » – ainsi que les artistes et les théoriciens du paysage nomment les arbres, les rochers, les plantes ou les cours d’eau. Que cela soit par nécessité – un déplacement professionnel ou familial – pour le plaisir de la marche et du sport aussi bien que dans un désir de méditation ou de détente, à tous les âges, on a toujours été amené à « aller à pied ».   

    Vincent Pomarède, Fragments introduisant à la représentation picturale des loisirs in Catalogue En plein air, La Boverie, Liège, 2016.

  • La Boverie nouvelle

    Entre la Meuse et sa dérivation, le parc de la Boverie n’est pas si facile à trouver pour qui connaît peu Liège – où se garer ? – mais une fois la voiture laissée sur l’autre rive, cela ne manquait pas de charme de découvrir à distance la nouvelle galerie vitrée du musée de la Boverie, de longer l’eau à pied jusqu’au pont Albert Ier, puis d’aborder le site côté jardin à la française, en pleine saison des roses.

    en plein air,exposition,liège,la boverie,musée,art,peinture,nature,culture,parc

    « En plein air », l’exposition inaugurale, correspond bien à l’esprit du lieu. Le nouveau musée de la Boverie, installé dans l’ancien Palais des Beaux-Arts de Liège construit pour l’Exposition universelle de 1905, vient d’être réhabilité. Pourquoi y a-t-on ajouté cette « nouvelle salle hypostyle » (21 colonnes élégantes quoique en béton conçues par Rudy Ricciotti, le bureau d’architecte qui a œuvré à la rénovation de l’Hôtel de Caumont) laissée quasi vide pour l’instant ? Sa fonction n’apparaît pas, mais ce vaste espace permet de jouir largement de la vue sur les alentours.

    en plein air,exposition,liège,la boverie,musée,art,peinture,nature,culture,parc

    On entre au musée de la Boverie du côté du parc à l’anglaise – après la visite, nous le quitterons par là et découvrirons la manière sans doute la plus agréable d’accéder au site : descendre à pied de la gare des Guillemins (700 m), traverser l’esplanade et emprunter la nouvelle passerelle « la belle Liégeoise » qui mène au parc de la Boverie. On peut aussi y accéder avec la navette fluviale qui le relie au Grand Curtius.

    en plein air,exposition,liège,la boverie,musée,art,peinture,nature,culture,parc

    « En plein air », en collaboration avec le musée du Louvre, montre à travers une centaine de peintures, la plupart de musées français et étrangers, que la nature n’a pas attendu l’impressionnisme pour inspirer les peintres. Au XVIIIe siècle, certains travaillaient déjà « sur le motif », comme Alexandre-François Desportes. Au fil du temps, les couleurs se feront plus claires, plus vibrantes. J’aurais voulu vous montrer une belle Vue de Villerville en Calvados (musée de Liège) où Daubigny annonce l’impressionnisme, et Cernay, avril en fleurs d’Emmanuel Lansyer, mais ces peintures ne sont pas visibles sur la Toile.

    en plein air,exposition,liège,la boverie,musée,art,peinture,nature,culture,parc

    Avant de découvrir le parcours chronologique en sept thèmes, j’attire votre attention sur le « Transparent du paysage des quatre saisons » de Carmontelle qui défile en fac-similé à l’entrée de l’exposition. Je n’ai regardé que les « Scènes nocturnes » de ce long rouleau « animé » de 42 mètres, par ignorance. Le catalogue où il est reproduit (en petit) indique que l’original (aquarelle, gouache et encre de Chine sur 119 feuilles de papier doublé de soie) est conservé au musée de Sceaux.

    en plein air,exposition,liège,la boverie,musée,art,peinture,nature,culture,parc
    Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet (1715-1793), La joute des mariniers entre le pont Notre-Dame et le pont au Change, 1751
    (Paris, Musée Carnavalet)

    « Leçon d’amour dans un parc » : les sujets historiques et religieux font place, dans la peinture du XVIIIe siècle, à des sujets plus légers, plus proches de la nature et du quotidien, en tout cas pour les gens aisés. Dans Ascension d’une montgolfière à Aranjuez (1784), un prêt du Prado dont un détail est à l’affiche de l’exposition, Antonio Carnicero Mancio montre le public aristocratique rassemblé dans le jardin royal pour l’événement, mais aussi des bourgeois, des enfants, une marchande. Le musée des Beaux-Arts de Liège montre ici un des chefs-d’œuvre de ses collections : Promenade du dimanche au Bois de Boulogne (1899), signé Henri Evenepoel – on verra plus loin d’autres promeneurs sur l’esplanade des Invalides qu’il a peinte d’en haut.

    en plein air,exposition,liège,la boverie,musée,art,peinture,nature,culture,parc
    Henri Evenepoel, Promenade du dimanche au Bois de Boulogne, 1899
    (Liège, Musée des Beaux-Arts)

    Les voyages des Anglais et des personnes fortunées en Europe et en Italie au XVIIIe siècle assurent le succès des « Vedute », ces panoramas de villes célèbres ou de paysages fameux à ramener chez soi, comme Vue du port de Toulon par Vernet. Une vue parisienne peinte par Raguenet en 1751 permet de revoir les habitations d’alors sur les ponts de la Cité, un Paris disparu difficile à imaginer aujourd’hui. Dans la même salle, un Monet prêté par le musée de Dallas montre avec une fraîcheur d’esquisse le Pont-Neuf un siècle plus tard, non loin du Louvre au printemps par Pissarro.

    en plein air,exposition,liège,la boverie,musée,art,peinture,nature,culture,parc
    Claude Monet, Le Pont-Neuf, 1871 (Etats-Unis, Dallas Museum of Art)

    Aux promenades en ville, beaucoup préfèrent les bords de l’eau, les guinguettes au bord d’une rivière sont très populaires et c’est aussi un sujet de prédilection pour les peintres. Amusants, les costumes des dames dans Le chalet du Bois de Boulogne de Jean Béraud, « un de ces petits maîtres à grand succès » (catalogue). Dans Dimanche à Bougival de Félicien Rops, Léontine et Aurélie Duluc sont plus déshabillées. Max Liebermann peint les jeux de lumière et l’animation en terrasse au restaurant « De Oude Vink » à Leyde.

    en plein air,exposition,liège,la boverie,musée,art,peinture,nature,culture,parc
    Félicien Rops, Dimanche à Bougival (Léontine et Aurélie Duluc), 1876 (Namur, Musée provincial Félicien Rops)

    Dans la vaste salle vitrée, deux espaces cubiques accueillent quelques toiles pour illustrer « les jeux » en plein air et « chambre avec vue » (thème un peu usurpé). Un coup de cœur pour L’enfant dans la mare de Maurice Denis, une petite toile presque carrée prêtée par le musée de Zurich (comme le Liebermann).

    en plein air,exposition,liège,la boverie,musée,art,peinture,nature,culture,parc
    Max Liebermann, Le restaurant « De Oude vink » à Leyde, 1905 (Zurich, Kunsthaus)

    La dernière salle est consacrée aux vacances à la mer avec plusieurs scènes de plage de Boudin, des toiles du XIXe et du XXe dont un superbe Bonnard, Conversation à Arcachon ou Jeunes filles à Arcachon. D’autres artistes connus sont annoncés (Cézanne, Chagall, Dufy, Léger, Matisse, Picasso…), mais ne vous attendez pas à une succession de chefs-d’œuvre, la qualité est inégale. On peut voir dans un des petits films de Louis Lumière projetés à mi-parcours des enfants se jeter à l’eau du haut d’un ponton (1895).

    en plein air,exposition,liège,la boverie,musée,art,peinture,nature,culture,parc
    Pierre Bonnard, Conversation à Arcachon, Jeunes filles à Arcachon, 1926-1930 (Paris, Musée du Petit Palais)

    Les toiles choisies rendent compte de l’évolution de la peinture européenne du XVIIIe au XXe siècle : couleurs, lumière, mise en page, touche, la façon de représenter la nature et les loisirs n’a cessé de se transformer.  « En plein air », première exposition de la Boverie, peut se visiter jusqu’au 15 août. N’hésitez pas à prendre un ticket combiné pour découvrir aussi les collections permanentes, elles en valent la peine.