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Colette s'émancipe

Un chat roux fait posément sa toilette sur un lit, aux pieds d’une dormeuse. C’est la première séquence du film Colette, où le réalisateur britannique Wash Westmoreland raconte les premiers pas de Sidonie-Gabrielle Colette (1873-1954) dans sa vie de femme ou plutôt sa première expérience du mariage. Avec Henry Gauthier-Villars (1859-1931), connu sous le nom de Willy, la jeune campagnarde de vingt ans qui aime tant la nature, monte à Paris.

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Keira Knightley, la séduisante Elizabeth d’Orgueil et préjugés (2005), incarne la jeune femme qui découvre la vie parisienne en même temps que la personnalité mondaine et séductrice de l’homme qu’elle a épousé. Willy, journaliste, critique musical et romancier, joué par Dominic West, aime se faire remarquer, flirter avec les jolies femmes, dépenser plus qu’il ne possède. Quand un huissier se présente à leur appartement pour saisir quelques meubles, leur situation apparaît bien précaire. Les avances de l’éditeur fondent avant que Willy n’honore ses engagements. Il fait travailler ses collaborateurs pour qu’ils écrivent d’après ses directives, mais il ne les paie pas et ils en ont assez.

Dès le début du film, on voit Colette écrire des lettres. Découvrant son goût pour la correspondance, Willy lui suggère de contribuer à son entreprise littéraire en racontant ses souvenirs de Saint-Sauveur-en-Puisaye. Mais le résultat ne convient pas à la publication, estime-t-il. Trop de descriptions, trop peu d’intrigue. Il faudrait mettre cela au goût du jour, ajouter du piquant à ses relations féminines. Qu’elle invente, qu’elle transforme ! Ce sera Claudine à l’école, signé Willy, tandis que Sidonie-Gabrielle décide d’abandonner son double prénom pour se faire appeler simplement Colette (le nom de son père).

Le film montre cet apprentissage littéraire sous la coupe d’un mari très intéressé, qui n’hésite pas à enfermer sa femme pour qu’elle écrive, quand elle renâcle. Vu l’engouement des jeunes filles pour le personnage de Claudine, Willy veut qu’elle continue et raconte la vie de Claudine à Paris, puis en ménage, etc. Encore et toujours sous la seule signature de son mentor, qui lui fait garder le secret.

Colette va peu à peu se rebeller, sur tous les plans. Découvrant les infidélités de Willy, elle rentre chez sa mère pour faire le point. Quand ils se réconcilient, il lui promet de ne plus lui mentir désormais. Colette, de son côté, ne passe pas inaperçue dans le monde et plaît aux femmes. Willy ne supporterait pas de rival, mais les amours féminines ne sont pas du même ordre à ses yeux, surtout quand ce sont des femmes en vue qui font des avances à sa jeune épouse.

Le film de Wash Westmoreland montre comment Colette invente pas à pas sa façon de vivre à travers l’écriture, la bisexualité, la pantomime à laquelle l’initie Georges Wague. Elle va se produire au music-hall dans des pantomimes orientales, en tenue très légère – Willy ne craint pas le scandale, il y voit une publicité à bon compte. Ne va-t-il pas jusqu’à couper les longs cheveux de sa belle pour qu’elle ressemble à Polaire, l’actrice qui joue Claudine au théâtre avec succès, et à les faire photographier ensemble avec lui ?

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Willy (Dominic West) et Colette (Keira Knightley)

Mais Willy se trompe quand il s’octroie tous les droits sur les Claudine et refuse à Colette de joindre son nom au sien. La célèbre Missy (Mathilde de Morny), connue du Tout-Paris pour ses tenues masculines et ses relations homosexuelles, qui va même se produire avec Colette sur scène, l’admire et l’encourage à oser être elle-même.

Colette s’émancipe, tel pourrait être le sous-titre de ce film sur les débuts de Colette dans le mariage et dans le monde, sur un couple hors du commun. Quand s’annonce la rupture avec Willy, quand on entend les premières phrases de La Vagabonde dont je vous ai parlé récemment – Renée Néré faisant le point devant son miroir –, le générique de fin est proche et on le regrette.

Les acteurs sont excellents, l’époque bien rendue (décors et costumes de la Belle Epoque). Plus classique que fracassant dans la manière, Colette est un film très soigné qui réussit, grâce à la conviction de ses interprètes, à montrer l’audace de Colette dans ses choix. Le réalisateur restitue les faits sans forcer le jugement des spectateurs. J’ai préféré le voir en version française qu’en version originale.

Vous souvenez-vous de Marie Trintignant incarnant Colette avec fougue dans le téléfilm de Nadine Trintignant en deux parties : Colette, une femme libre (2003) ? Ce fut, hélas, son dernier rôle. Pour ceux qui ne connaissent pas la femme de lettres, ce film-ci donnera envie, je l’espère, de découvrir plus avant, à travers le ravissant minois et le regard vif de Keira Knightley, la personnalité attachante de Colette. Et, ce serait encore mieux, envie de lire ou de relire cette femme passionnée d’exister.

Commentaires

  • Je ne l'ai pas aimé du tout, moi... Et c'est rare, je suis toujours contente :) J'aime beaucoup cette actrice, et elle ne m'a pas convaincue. Je n'ai ressenti aucune émotion directe, ni triste, ni indignée, ni en colère, ni amoureuse, ni impatiente. Rien du tout. Et la nature est pratiquement absente, même si OK, elle a repris sa place surtout après, mais tout en trouvant le film esthétiquement très agréable, je vu "les Français tels que les voient les Anglais et Américains"...

  • Oh, à ce point ? Le film est centré sur la vie du couple, leur vie parisienne, il aurait pu s'appeler "Colette et Willy". Je te trouve sévère avec l'actrice, dont les regards m'ont semblé souvent éloquents. D'abord timide et naïve, Colette prend de plus en plus d'assurance. Le réalisateur a préféré montrer des situations, l'ambiance de l'époque, qu'accentuer l'expression des sentiments, là-dessus je suis d'accord. Marie Trintignant était plus expressive.

  • je serai à Bruxelles le week-end prochain (pour la Monnaie) mais si j'ai le temps d'aller au cinéma, je crois que ce sera pour retomber en enfance avec Mary Poppins (le canotier de la belle actrice m'y fait penser :-))

  • Bon cinoche d'enfance alors !

  • Depuis que je dispose d'un cinéma près de chez moi, j'ai retrouvé le plaisir du grand écran.

  • J'espère qu'il te plaira, Anne.

  • J'ai toujours été impressionné est séduit par l'actrice Keira Knightley, particulièrement dans son rôle d'Elisabeth du film Orgueil et préjugé et bien d'autres films aussi. Je n'ai pas vu ce film sur Colette, mais je suis un peu surpris de l'avis d'Edmée Xavier, un un tant soit peu dur, mais je voudrai bien voir le film pour m'en faire une idée, et j'espère ne pas être déçu par mon actrice fétiche.
    Merci Tania de m'apprendre la sortie de ce film.
    Bien à toi

  • Je l'ai aimée dans ce rôle. Durant la période illustrée dans ce film, Colette fait ses débuts et commence à s'affirmer. Bon rendez-vous avec la belle Keira au ciné, Bizak.

  • J'espère qu'il répondra à ton attente, Marie. Bonne journée !

  • Je ne l'ai pas vu ; rien n'est perdu, il passe encore chez moi. Je ne voyais pas trop cette actrice dans le rôle de Colette, mais après plusieurs avis positifs, je me sens moins hésitante.

  • J'entends aussi des avis positifs autour de moi, j'aimerais avoir ton avis quand tu l'auras vu. Bonne journée.

  • En tout cas, ce film fait parler d'elle et la fera lire davantage.
    Bon ciné si tu vas le voir, Elisa.

  • Fan de Colette, je n'étais pas au courant de la sortie de ce film ! Ta présentation détaillée donne envie ! Merci Tania pour l'info ! Bises.

  • Avec plaisir. Laisse-toi tenter.

  • J'aime beaucoup Colette et plus particulièrement ses merveilleux souvenirs d'enfance et les portraits de sa mère, qui sur certains aspects ressemble beaucoup à la mienne. Je n'ai pas encore vu ce film, mais je choisirai comme toi la version française, car j'ai lu quelque part que les sous-titres français de la version originale étaient tout sauf brillants.

  • Je l'ignorais, merci de le signaler. Sido apparaît plusieurs fois dans le film, c'est formidable de pouvoir y associer sa propre mère.

  • JE n'ai rien lu de colette et je ne sais pas si j'ai envie de voir cette bio ( elle a l'aitr très très académique..)

  • A toi de voir… ou pas ;-) Mais je te recommande la lecture de Colette, par exemple "La naissance du jour" ou "La chatte", "Le blé en herbe".

  • J'avais beaucoup aimé le film avec Marie Trintignant. Je crois que j'ai manqué la sortie de e film ici. J'ai lu Colette quand j'avais 16 ans. Quelle école de la vie! Quelle belle identification de la rébellion !

  • Bonjour, Zoë. Elle nous manque, Marie Trintignant. J'ai beaucoup lu Colette aussi, et je commence à la relire.

  • Hasard, hier j'ai visionné le début de ce film (en VOD) pour faire quelques tests de notre télévision. Le compte-rendu que vous en faites, sans être très enthousiaste, nous incline à le regarder prochainement. Et je garde à l'esprit un livre ou l'autre de Colette pour bientôt.

  • Pas très enthousiaste, vous trouvez ? J'ai aimé ce film et je le recommande. Willy y vole un peu la vedette à Colette - c'est le sujet. Il est vrai que pour un film ou un récit sur des écrivains longuement côtoyés, on attend toujours un peu plus.

  • Logiquement je vais le voir lundi... Je me demande ce que j'en penserai. Je suis en train de lire un essai court sur Colette de Michel del Castillo, chez Folio. Il la critique beaucoup. Je me souviens surtout des Claudine, que je n'avais pas lus, un feuilleton avec Catherine Breillat en Claudine. J'aime plutôt bien Keira Knightley...

  • Michèle Sarde a écrit une belle biographie : "Colette, libre et entravée". Julia Kristeva lui a aussi consacré un tome du "Génie féminin" où elle écrit, à propos de la période illustrée par le film: "Dans le creuset de cette activité intense opère en secret une alchimie qui transformera "la" "nègre" de Willy en un écrivain hors pair. On peut en suivre le cheminement dans le détachement progressif qui finit par séparer Colette de Willy."
    Bon cinéma lundi, Pivoine.

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