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saga - Page 2

  • Amies d'enfance

    Elena Ferrante raconte dans L’amie prodigieuse (L’amica geniale, traduit de l’italien par Elsa Damien) l’amitié de deux fillettes, Elena et Lila, dans un quartier populaire de Naples, à la fin des annés cinquante, et son récit est si captivant que je compte bien lire la suite de cette saga à succès. « Prologue / Enfance / Adolescence » sont les trois parties du premier tome.

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    L’épigraphe tirée du Faust de Goethe cite « l’esprit de ruse et de malice », une formule qui convient à l’étonnante Lila – c’est elle, l’amie géniale, « prodigieuse », à la fois fabuleuse et monstrueuse, dont Elena Greco a décidé de rédiger l’histoire quand son frère Rino Cerullo lui annonce sa disparition depuis deux semaines, à plus de soixante ans.

    Retour en arrière. Le père de Lila est cordonnier, celui d’Elena est portier à la mairie. Autour d’eux gravitent d’autres familles annoncées au début dans un index des personnages : celles de Don Achille, du menuisier, de « la veuve folle », du « cheminot-poète », du vendeur de fruits et légumes, du bar-pâtisserie Solara, du pâtissier, sans oublier le fils du pharmacien et les enseignants.

    Deux fillettes bravant l’interdit, montant l’escalier qui conduit jusqu’à l’appartement de Don Achille, « l’ogre des contes », voilà comment Elena et Lila sont devenues amies, la première répondant sans rien dire aux défis que lui lance la seconde. « A la quatrième volée de marches, Lila eut un comportement inattendu. Elle s’arrêta pour m’attendre et, quand je la rejoignis, me donna la main. Ce geste changea tout entre nous, et pour toujours. »

    Depuis la première année de primaire, Lila impressionne les autres par sa méchanceté et par son audace. Quand des garçons lui jettent des pierres, elle riposte – une enfance « pleine de violence ». « Bien sûr, j’aurais aimé avoir les manières courtoises que prêchaient la maîtresse et le curé, mais je sentais qu’elles n’étaient pas adaptées à notre quartier, même pour les filles. »

    Mme Oliviero, l’institutrice, qui aurait pu en vouloir à Lila de ses mauvais tours, la donne au contraire en exemple, consciente de son intelligence : elle sait déjà lire, elle a appris toute seule dans l’abécédaire de son frère. Très vite, les rôles seront distribués à l’école primaire : Lila, première ; Elena, deuxième. Mais si Mme Oliviero réussira ensuite à persuader les parents d’Elena de lui faire prendre des leçons particulières pour être admise au collège, il n’en va pas de même chez le cordonnier. Celui-ci ne voit aucun intérêt à ce que Lila continue des études, son grand frère l’aide déjà à la cordonnerie – et elle est une fille.

    A l’adolescence, alors qu’Elena s’arrondit, Lila reste petite et maigre, « légère et délicate ». Incapable de s’intéresser aux cours de sténodactylo, une concession de son père à sa mère, elle a décidé de ne faire que ce qui lui plaît, elle aide sa mère à la maison, son père au magasin. C’est là que naît son rêve de fabriquer des chaussures originales, faites main, avec son frère Rino, en secret de leur père irascible.

    Les garçons s’intéressent de plus en plus aux deux filles et les manèges d’approche, les refus, les questions, elles se les racontent l’une à l’autre, mais sans dire tout. « Pendant ces années de collège, beaucoup de choses changèrent autour de nous mais petit à petit, de sorte qu’on ne les perçut pas vraiment comme des changements. » Le bar Solara devient aussi pâtisserie et prospère, les deux fils s’achètent une Fiat et paradent dans les rues.

    Elena peine en latin, jusqu’à ce que Lila lui donne des conseils pour la traduction – sans le dire, elle apprend le latin de son côté et prend des livres à la bibliothèque, un pour chaque membre de sa famille pour pouvoir en emprunter plusieurs. Quand les cours reprennent, Elena devient la première de la classe, stimulée par Lila et travaillant davantage pour elle, pour rester à la hauteur, que pour le collège.

    « Ce qui devait changer, selon elle, c’était toujours la même chose : de pauvres nous devions devenir riches, et alors que nous n’avions rien nous devions arriver à tout avoir. » Lila rêve de créer une usine de « chaussures Cerullo » et d’écrire un roman avec Elena. Les succès de celle-ci, devenue « meilleure élève du collège », ne comptent pas tellement dans leur quartier où « tout ce qui comptait, c’étaient les amours et les petits amis ». Mais Mme Oliviero veille au grain : après, il faudra que sa protégée aille au lycée, poursuive des études : « Cette jeune fille nous donnera d’immenses satisfactions ! »

    Elena découvre que quand un garçon s’intéresse à elle, c’est ou pour sa poitrine toute neuve, ou pour approcher en réalité l’inaccessible Lila dont elle est la plus proche. Le monde au-delà des frontières du quartier va commencer à exister pour la jeune lycéenne, son père l’a emmenée en ville pour lui donner des repères – une belle journée, la seule qu’ils aient passée ensemble tous les deux, comme s’il voulait lui transmettre « tout ce qu’il avait appris d’utile au cours de son existence ». Difficile de partager cette nouvelle expérience avec Lila qui, d’un côté, ne s’intéresse qu’aux endroits qui lui sont accessibles et d’un autre, la surprend avec ses connaissances en grec, qu’elle a commencé à étudier avant elle.

    Séduisante mais dangereuse, intelligente mais manipulatrice, telle est Lila aux yeux d’Elena, et encore plus depuis que son corps s’est métamorphosé : la belle Lila attire tous les regards et Rino, son grand frère, la défend contre ceux qui lui manquent de respect. L’histoire de leurs amours adolescentes sera fertile en questions, discussions et conflits. Elena aura bien du mal à comprendre ce que Lila cherche auprès de ses amoureux, et aussi ce qu’elle-même attend des garçons qui l’approchent, qu’elle accepte de fréquenter, alors qu’elle en a un autre en tête. Mais elle est consciente d’accéder peu à peu, par les études, à un autre monde que « la plèbe » dont elle est issue.

    Elena Ferrante, qui donne son prénom à la narratrice, est un pseudonyme au secret bien gardé. Ses consonances me rappellent la romancière Elsa Morante (Mensonge et sortilège, L’île d’Arturo, La Storia…) dont l’œuvre navigue, dans mes souvenirs, en eaux plus profondes. Mais L’amie prodigieuse est un formidable tableau d’un quartier napolitain au milieu du XXe siècle, plein de ces détails concrets qui font la vie. L’argent et la réputation jouent un grand rôle dans ce roman d’apprentissage où Lila joue pour Elena à la fois la bonne et la mauvaise fée. Que vont-elles devenir ? On a envie de le savoir. Le lycée les éloigne l’une de l’autre, mais leur amitié-rivalité n’en est pas finie pour autant : qui aimera, qui se mariera la première, qui sera la plus heureuse ?

  • Petits aménagements

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    « Regardez-moi. Ne suis-je pas un bavard et un simple commerçant ? Non, non, permettez-moi de le dire à présent. Hier, j’étais le fils d’un pacha… Me fais-je bien comprendre ? Mon regretté père disait que chez nous, les grands changements ne sont pas très frappants parce qu’ils résultent toujours de perpétuels petits aménagements… Que dites-vous de cette idée ? Oui, des aménagements… Ce sont de petits et intelligents petits aménagements qui ont permis le cours silencieux de l’histoire ! Voici ce que disait mon père. »

     

    Orhan Pamuk, Cevdet Bey et ses fils

  • Cevdet Bey & co

    Le premier roman d’Orhan Pamuk, Cevdet Bey et ses fils (1982, enfin traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy, 2014), raconte le destin d’un commerçant d’Istanbul et l’histoire de sa famille sur trois générations, de 1905 à 1970. Ce récit plein de questions sur le sens de la vie et sur l’évolution de la Turquie compte quelque 750 pages. 

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    Le prologue montre le jeune Cevdet Bey au réveil – dans son cauchemar, une fois de plus, il se sentait différent et seul –, le jour de la troisième rencontre prévue avec sa fiancée, fille de pacha, au konak de son père. Le jeune homme s’est habillé avec soin, a loué une voiture, mais dans son magasin, une quincaillerie spécialisée dans l’éclairage, on lui apporte une lettre l’appelant au chevet de son frère.

    A son arrivée, Nusret, médecin militaire devenu « Jeune-Turc » à Paris, tuberculeux comme l’était leur mère, est furieux qu’on l’ait appelé, mais il va très mal. Cevdet Bey lui cherche un médecin, puis ramène son neveu Ziya confié à des parents qui habitent encore le quartier pauvre d’Haseki. La tension entre les deux frères est palpable. Nusret méprise le métier de Cevdet Bey, quant à lui fier d’être le seul commerçant musulman dans sa rue, au milieu des Juifs, Grecs et Arméniens.

     

    Trois jours après un attentat à la bombe contre le sultan, c’est le principal sujet de conversation au club où il déjeune avec son ami Fuat Bey, commerçant de Salonique, un juif converti à l’islam. Celui-ci l’a introduit dans ce Cercle d’Orient où on apprend beaucoup grâce aux discussions et aux ragots aussi. Fuat Bey l’interroge sur le père de sa fiancée et lui conseille de s’intéresser davantage à la politique :

     

    « Pourquoi vivons-nous, en fin de compte ? Uniquement pour faire du commerce et gagner de l’argent ? Non ! Pour fonder une famille, avoir une maison, des enfants ? Oui, bien sûr, mais tant qu’il n’y a pas de liberté, tout cela reste très limité. Quel mal y aurait-il à ce que tout soit aussi libre que là-bas, en Europe ? Nos femmes vivent comme des esclaves, celui qui ne fait pas le jeûne du ramadan finit au tribunal… »

     

    Ces questions parcourent tout le roman, le désir de révolution ou du moins de réformes, l’aspiration à une société plus moderne. Son futur beau-père interroge aussi Cevdet Bey sur l’attentat avant de lui parler de ses enfants, de ses ennuis d’argent. Il est si bavard que le fiancé peut à peine entrevoir l’épouse du pacha qui sort avec ses filles, sans avoir pu parler à Nigân, sa future femme.

     

    En chemin, Cevdet Bey revisite une maison en vente dans le quartier bourgeois de Nisantasi, regarde les tilleuls, les marronniers, le jardin bien entretenu – « C’est ici que je vivrai. » Chez son frère qui tient des discours exaltés mais se sait condamné, il ressent le prix de la vie et décide d’en profiter davantage, d’être joyeux, de rire, de boire et de manger, même si c’est souvent difficile à concilier avec le magasin.

     

    Trente ans plus tard, le jour de la fête du Sacrifice, toute la famille est réunie chez Cevdet Bey et Nigân Hanim : Osman, leur fils aîné, et son frère Refik sont mariés ; leur fille Ayse, seize ans, chipote à table. Après le repas, Cevdet Bey somnole à l’écart des conversations, jusqu’à l’arrivée de son ami Fuat Bey avec sa femme et leur fils Remzi.

     

    Le soir, les trois amis de l’école d’ingénieurs, Refik, Ömer et Muhittin qui place la poésie avant toute chose, se retrouvent chez Refik pour boire et discuter de leurs projets. Ömer le conquérant – « Il faut faire quelque chose dans cette vie » – déplore la routine bourgeoise de Refik, qui travaille avec son frère dans le commerce de famille. Lui nourrit de grandes ambitions, veut devenir riche, admiré. Cevdet Bey se joint à eux un moment et leur répète son credo : « Il faut travailler, aimer, manger, boire et rire ! »

     

    Ömer a convaincu sa tante de vendre des biens de famille afin d’investir dans la construction d’un tunnel pour la ligne de chemin de fer. C’est là qu’il va travailler dans l’équipe d’un ingénieur allemand, de là qu’il écrit sa demande en mariage à Nazli, fille d’un riche pacha, une nouvelle qui déçoit Muhittin, nostalgique de leurs idéaux d’étudiants hostiles à la vie ordinaire. Comment vivre ? Que faut-il faire ? Lui n’a pas encore trouvé de réponse claire, mais s’est donné un ultimatum : être un bon poète à trente ans ou se suicider.

     

    Orhan Pamuk décrit la vie et les états d’âme de ce petit monde que vient troubler la mort de Cevdet Bey, après « un demi-siècle de commerce ». Osman assure la relève, tandis que Refik, peu motivé au travail, se sent de plus en plus perdu même si sa femme a donné naissance à une fille. Devant Muhittin, dont le premier recueil publié n’a guère de succès, Refik avoue que sa vie déraille, que seule l’intéresse à présent la lecture des philosophes français, et surtout des Confessions de Rousseau.

     

    Une mauvaise grippe le plonge dans une quasi dépression. Au bout de quarante jours, il accepte de retourner au bureau et de se couper la barbe. Mais un « sentiment de catastrophe » le rattrape bientôt : après une dispute avec sa femme, Refik fait sa valise pour rejoindre Ömer sur son chantier et voir du pays. L’Europe entre alors dans une période sombre. Après dix ans en Turquie, l’ingénieur allemand avec qui ils jouent aux échecs le soir dans leur baraquement n’envisage plus de rentrer au pays – Hitler a annexé l’Autriche.

     

    Comment ces jeunes hommes vont-ils faire leur chemin ? Que deviendra Ayse, éprise d’un jeune violoniste qui n’est pas de leur milieu ? Les enfants de Cevdet Bey ne se satisfont pas du mode de vie traditionnel de leurs parents. Le désir d’une Turquie qui se développe à l’européenne se heurte aux réalités sociales, à l’essor du nationalisme turc et à l’individualisme.

     

    Cevdet Bey et ses fils raconte comment la famille, les amis font face aux changements. C’est long, répétitif – la lenteur orientale ? Orhan Pamuk, trente ans quand il l’écrit, force le lecteur à s’imprégner des doutes existentiels qui obsèdent les personnages. Le roman trouve son épilogue en 1970, quand le fils de Refik, peintre, cherche à son tour une voie dans l’existence, au dernier étage de l’immeuble familial qui a fini par remplacer la maison de ses grands-parents.

  • Poissons des tours

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    « Le coup d’envoi de la production fut donné, lorsque le médecin chef Isager, d’Aarhus, client légendaire de l’hôtel Ruth, clama, si fort que toute la grande salle de restaurant l’entendit, qu’il voulait qu’on lui serve le hareng épicé d’Ane, et rien d’autre. – Celui avec les tours, maître d’hôtel, vous savez bien, délicieux et ferme à souhait, cria-t-il, inspiré par le petit logo qu’Ane avait créé, une image des deux phares, le Gris et le Blanc.





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    Quand l’anecdote parvint aux oreilles d’Ane, elle fit immédiatement changer l’étiquette, et colla sur les seaux et les bocaux une grande image des phares avec le nom poissons des tours en grandes lettres bancales. Peu après, elle dut embaucher quatre femmes de plus, un livreur et une assistante de bureau, et utiliser la cabane noire comme entrepôt.

    Tout était allé extraordinairement vite.

    En l’espace de trois mois, elle s’était établie comme fabricante de poisson. »

     

    Karsten Lund, Le marin américain

  • Ane et le marin

    Le marin américain de Karsten Lund (2010, traduit du danois par Inès Jorgensen) n’est ni une histoire d’hommes ni une histoire de femmes, mais l’histoire d’un couple, d’une famille, d’une communauté. C’est l’arrière-petit-fils d’Ane Christensen qui la raconte, quand il est sur le point de résoudre une énigme familiale qui a suscité bien des rumeurs – il en est la trace vivante : « Ma famille est issue d’un naufrage dramatique, survenu par une nuit d’hiver il y a cent ans. » 

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    http://www.visitdenmark.fr/fr/jutland-du-nord/culture/culture-skagen

    A vingt-deux ans, Ane Christensen désespérait, après quatre ans de mariage, de ne pas encore être enceinte. Son rêve de s’établir en ville, à Skagen, sur la nouvelle route longeant la plage, et d’y voir ses enfants grandir, Jens Peter posséder son propre bateau, de vivre une vie nouvelle, se heurtait à cette réalité. Et il fallait aussi affronter les ricanements, les allusions et pire encore, les accusations des traditionalistes qui lui reprochaient son manque de piété et voyaient dans sa situation une punition divine.

    Ane croit aux temps modernes. Elle consulte à la ville le docteur Warming redouté pour ses idées nouvelles et son horreur des superstitions. L’homme la comprend parfaitement, lui donne quelques conseils, et suggère que Jens Peter vienne consulter lui-même. Sinon, « une graine fraîche ne serait peut-être pas à négliger (…) fichtre, ça ne ferait pas de mal non plus, un peu de sang nouveau par ici… »

    Ces mots du médecin lui trottant dans la tête, Ane se rend chez sa sœur Marie et lui en parle. Toutes deux se disent qu’il faudrait profiter d’une occasion, quand Jens est en mer, lors d’une fête par exemple. Mais ce n’est pas si simple. Et puis le drame se produit : d’un bateau norvégien pris dans la tempête, un seul homme est retrouvé et sauvé par le garde maritime Carlsen, qui cherche un toit pour le soigner : Jens est chez sa sœur, Ane propose qu’on l’amène chez elle.

    « Jamais elle n’avait vu d’homme aussi beau. Il était totalement différent de tous ceux qui vivaient ici. Il avait une moustache noire, des cheveux noirs et de longs cils. Un visage étroit, un long nez droit et une petite bouche. » Les voisins, sa sœur, le garde, tous se succèdent chez Ane pour observer le seul survivant du naufrage, Frederic Porter, un marin américain.

    Quand naît Tonny, neuf mois plus tard, il ne fait de doute pour personne que cet enfant aux cheveux noirs n’est pas de Jens, et à cela s’ajoute la mystérieuse disparition de l’Américain, qu’on a vu, le lendemain de cette nuit passée chez Ane, prendre de tôt matin le chemin de la plage vers le sud, et qui depuis lors n’a plus donné signe de vie. Mais entre les deux époux, un pacte a été conclu pour tenir bon contre toutes les rumeurs et se taire.

    Le marin américain raconte la saga d’une famille durant un siècle, de génération en génération, les déménagements, les affaires, la prospérité due à l’esprit d’entreprise d’Ane, excellente cuisinière, qui se lance dans le commerce de harengs marinés, et aux excellentes pêches de Jens Peter et de son fils Tonny, encore plus doué que lui pour sentir où est le poisson et quand prendre la mer.

    C’est aussi un siècle de vie dans le nord du Danemark, les mentalités, les paysages, le développement d’une ville côtière, l’économie de pêche et son évolution, et surtout la rude vie en mer qui sépare hommes et femmes puis les réunit, quand tout va bien, les virées alcooliques, les incompréhensions, les retrouvailles.

    Karsten Lund garde pour la fin de ce gros roman (400 pages) l’élucidation du mystère qui donne au récit sa tension. En postface, l’auteur précise la part des faits et de la fiction : né en 1954 à Skagen, « de deux vieilles familles du coin », il n’a pas inventé le naufrage du 26 décembre 1902 ni le sauvetage de Frederic Porter par le garde Anthon Carlsen. A part cela et quelques faits familiaux historiques dont on trouve encore des traces au musée de la ville, le reste « n’est que menteries ». Menteries très romanesques.