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séduction

  • Gais lurons

    Spillaert Printemps.jpgAu deuxième paragraphe de Brûlant secret, j’ai pris plaisir à cette belle description des nuages. Ils nous manquent en cet été paradoxalement trop bleu.

    « Il y avait du printemps dans l’air. Dans le ciel, couraient ces turbulents nuages blancs qu’on ne voit qu’en mai et en juin, ces gais lurons, jeunes encore eux-mêmes et papillonnant, qui font la course sur la piste bleue pour se cacher soudain derrière de hautes montagnes, qui se rejoignent et s’échappent, tantôt se froissent en chiffon comme des mouchoirs, tantôt s’effilochent en minces rubans, puis finalement, facétieux, coiffent les monts de bonnets blancs. »

    Stefan Zweig, Brûlant secret

    Spilliaert, Printemps

  • Brûlant secret

    Des Quatre histoires du pays des enfants qui composent le recueil Première épreuve de vie (1911) de Stefan Zweig, Brûlant secret (traduit de l’allemand (Autriche) par Nicole Taubes) est la nouvelle « la plus longue et la plus construite » (Wikipedia). Quinze chapitres pour raconter l’histoire d’Edgar, un garçon d’une douzaine d’années que sa mère a emmené à la montagne pour sa convalescence.

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    Nous assistons à l’arrivée au Semmering en train, dans une atmosphère printanière, du premier personnage du récit, un homme jeune à l’allure sympathique. Arrivé à l’hôtel, ce « baron de la peu prestigieuse aristocratie autrichienne des commis de l’Etat » consulte la liste des hôtes présents dans l’espoir d’y trouver un nom connu, il n’y en a pas, ou quelque femme avec qui flirter pour rendre cette semaine de congé supportable.

    A la salle à manger, il entend le froissement d’une robe derrière lui et une voix qui dit en français « Mais tais-toi donc, Edgar » à un petit garçon pâlichon qui le regarde avec curiosité. La dame « très soignée et d’une élégance qu’on remarquait » lui fait une vive impression – « le chasseur en lui flairait la proie ». Ainsi commence le jeu de séduction.

    Le lendemain matin, il observe l’enfant seul dans le hall, désœuvré, et lui adresse la parole, lui demande comment il s’occupe, puis lui propose une petite promenade en sa compagnie. Edgar est enchanté de se faire si vite un ami et le baron ravi de voir avancer son plan. « Il est si facile de duper un enfant. » Bientôt, son ami fera la connaissance de sa mère et lui proposera de se promener ensemble.

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    Zweig dévoile ainsi d’emblée le manège d’un séducteur. Mais c’est le point de vue du garçon qui devient central dans le récit : son enthousiasme, sa déception de devoir partager son ami avec sa mère, l’observation des adultes qui le mettent progressivement à l’écart, la découverte de la fausseté, la colère…La vie intérieure d’Edgar, d’abord confiant et sous le charme puis inquiet de la tournure des choses, est le véritable sujet de la nouvelle. Le garçon timide se transforme jusqu’à devenir un petit espion rusé, décidé à découvrir leur « brûlant secret », ce qui fera de lui un égal des adultes, pense-t-il.

    L’hôtel et la forêt environnante sont un bon décor pour cette intrigue, on peut s’y promener, s’y cacher… « Ainsi, un secret peut faire souffrir, faire jouir, faire honte ou encore faire chanter. C’est sans doute pourquoi les secrets captivent autant ceux qui veulent les découvrir que ceux qu’ils concernent », peut-on lire à propos de Brûlant secret sur le site de l’Ecole de la Cause Freudienne. Zweig y analyse finement les émotions et l’évolution psychologique d’un jeune garçon.

    Les aléas d’une fugue lui feront voir les choses autrement. « Un premier pressentiment de la richesse des aspects de la vie l’avait bouleversé de fond en comble ; pour la première fois, il croyait avoir compris l’essence de l’être humain, compris que les gens avaient besoin les uns des autres, même quand ils avaient l’air d’être hostiles l’un à l’autre, et que c’était un sentiment très doux que d’être aimé des autres. »

  • Sous l'eau

    juli zeh,décompression,roman,littérature allemande,thriller,plongée sous-marine,lanzarote,couple,séduction,violence,malaise,jugement,culture« Nos genoux touchèrent fond à trois mètres à peine. Ils respiraient tous les deux un peu trop précipitamment en gardant une main sur le détendeur comme s’ils craignaient que celui-ci tombe de leur bouche. Mais c’était normal pour des débutants. La plupart des clients vivaient un petit choc quand ils respiraient pour la première fois sous l’eau. Ensuite, il y avait deux catégories de gens. Les premiers ressentaient une euphorie incroyable, une sorte d’orgasme cérébral déclenché par l’impression de faire la nique aux éléments hostiles grâce à la technique. Entièrement entourés d’eau et pourtant aussi libres de respirer qu’un poisson. Tels des hôtes dans un univers étranger. Les seconds se sentaient mal à l’aise. Ils avaient le sentiment de ne pas appartenir à ce monde, ne faisaient pas confiance à l’appareil qui les approvisionnait en oxygène, et étaient mus par un besoin irrésistible de remonter à la surface. Ceux-là manquaient de sérénité sous l’eau. Il leur fallait beaucoup de pratique pour devenir de bons plongeurs.
    Je sus immédiatement qui appartenait à quelle catégorie. »

    Juli Zeh, Décompression

  • Plongée à Lanzarote

    La fille sans qualités de Juli Zeh m’avait laissé un assez bon souvenir, c’est ce qui m’a poussée à emprunter Décompression à la bibliothèque (2012, Nullzeit (Temps zéro), traduit de l’allemand par Matthieu Dumont, 2013). La couverture n’apparaît plus sur le site de l’éditeur, celle de l’édition anglaise est plus explicite. La plongée sous-marine ne m’attire pas du tout, mais bien le « thriller intelligent et jubilatoire » annoncé en quatrième de couverture.

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    Parc national de Timanfaya à Lanzarote (source)

    Novembre à Lanzarote. A l’aéroport, Sven Fiedler attend Theodor Hast et Jolante von der Pahlen, de nouveaux clients très élégants. Dans le minibus, il propose comme d’habitude de se tutoyer, Theo et Jola sont d’accord. Cela fait quatorze ans que Sven et Antje se sont installés à Lahora, au bord de l’Atlantique. Sven y possède deux maisons : la « Residencia », où il habite avec Antje, et la « Casa Raya », plus petite, « logement de villégiature ».

    Antje avait fait émerger là une « oasis » où il y avait des fleurs toute l’année « à la lisière du désert de pierres ». C’était elle qui  installait les clients, gérait les réservations, se chargeait de l’entretien, pour laisser Sven à ses activités de moniteur de plongée. Ils forment un couple discret en contraste avec Theo et Jola, l’écrivain et l’actrice attirent les regards.

    Le récit dont Sven est le narrateur alterne avec le Journal de Jola. Dès le premier jour, son état d’esprit y apparaît : le goût de la contradiction, le mépris du « vieil homme » (Theo) – « Je ne le provoquerai pas, et il ne se laissera pas provoquer. Cessez-le-feu. » – et sa motivation, décrocher le rôle de Lotte Hass, célèbre photographe et plongeuse sous-marine, une pionnière. Elle trouve Sven « rayonnant », s’interroge sur ses relations avec Antje, une jolie blonde.

    Quand Sven « google » le nom de Jola, il est surpris du nombre de résultats : l’actrice allemande, d’origine aristocratique, trente ans, est recensée partout, célèbre pour son rôle dans une série télévisée. Theo, son compagnon écrivain, a douze ans de plus qu’elle. Dès le repas de bienvenue, Jola parle du livre sur Lotte Hass qu’elle est en train de lire, elle veut améliorer ses compétences pour mieux jouer la célèbre plongeuse dans un film.

    Bien que la vie privée de ses clients ne le concerne pas, Sven comprend vite que ces deux-là, en désaccord sur presque tout, ne sont pas « faits l’un pour l’autre ». Antje trouve que Jola, qui n’a pas mangé grand-chose, a « l’œil un peu hagard », et qu’une femme comme elle serait moins nerveuse si elle avait des enfants – une remarque que Sven n’apprécie pas, il n’a pas envie d’en avoir et n’aime pas les jugements sur les autres. De son côté, dans son Journal, Jola écrit qu’elle les trouve « normaux » et « sains », contrairement à eux deux.

    Lors de la première sortie en mer, Sven découvre la silhouette parfaite et musclée de l’actrice, « une statue vivante », tout le temps en train de provoquer son compagnon, qui lui rend coup pour coup. Pendant l’exercice de surplace à huit mètres sous l’eau, Theo est soudain privé d’air et se propulse vers la surface. Aucun danger à cette profondeur, mais Sven est furieux : il a compris que Jola a fermé un robinet dans le dos de son compagnon. De retour sur la plage, il éclate. Il leur laisse une dernière chance. Si l’un d’eux fait encore une telle « connerie », il arrête l’entraînement, « peu importe qui ils étaient, pour qui ils se prenaient et combien ils payaient. »

    Les réactions des uns et des autres confirment rapidement que Décompression est bien un « thriller », en raison des risques de la plongée et de l’atmosphère de perpétuel règlement de compte entre Jola et Theo. Sven, que Jola cherche ouvertement à séduire pour susciter la jalousie, n’a probablement pas encore compris à quel point la compagnie de ces deux-là est risquée – pour eux, mais aussi pour sa relation avec Antje qui observe leur manège.

    Un  soir où il se retrouve seul avec Theo, celui-ci lui explique le milieu où est née Jola, fille d’un important producteur de cinéma, qui attend toujours « qu’on lui donne ce qu’elle veut ». « Pour elle, je ne suis qu’un substitut dans la quête de l’amour paternel. Tant que je ne lui en donne pas, elle reste avec moi. Et se venge un millier de fois par jour. » Pourtant il l’aime. Et il recommande à Sven d’être prudent. Le moniteur paraît naïf dans cette affaire.

    Juli Zeh sait comment « fabriquer » le malaise, l’attiser, compliquer les situations, faire douter le lecteur de la réalité des choses, surtout quand le récit de Sven et le Journal de Jola donnent des versions contradictoires sur ce qui s’est passé dans la journée. La description froide de la violence dérange. Bref, Décompression met en scène les pièges de la manipulation. Le roman m’a paru fort long, mais m’a tout de même tenue jusqu’au bout, par curiosité. S’il divertit, sans plus, ce roman ne m’a pas donné envie de poursuivre avec son autrice.

  • Moustaches

    James Bouquins.jpg« La nouvelle que Daisy Miller était entourée d’une demi-douzaine de merveilleuses moustaches freina Winterbourne dans son envie de lui rendre visite immédiatement. Sans s’être vraiment flatté d’avoir fait une impression ineffaçable sur son cœur, il était irrité d’apprendre que la situation était si peu en accord avec l’image qui lui avait traversé l’esprit ces derniers temps : celle d’une très ravissante jeune fille, guettant à la fenêtre d’une vieille maison romaine, et se demandant avec impatience quand monsieur Winterbourne arriverait enfin. »

    Henry James, Daisy Miller