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estampes japonaises

  • Un air frais

    de renoir à picasso,regard sur une donation,boncompain et les grands maîtres,expo,montélimar,2018,peinture,céramiques,tapisseries,mac,château des adhémar,culture,estampes japonaises,utagawa kunisada« Il y a dans les estampes japonaises un art des cadrages, de la distribution de la tache dans l’espace de la feuille, une absence de perspective, une vision frontale qui est le propre de l’art moderne, une synthèse colorée, décorative, qui lie figures et paysages, un sens de l’arabesque, qui apportèrent un air frais et nouveau dans la peinture, dont l’influence s’étend des impressionnistes jusqu’à Rodin, Matisse, Klimt ou même Viallat, et qui rejoignent en partie l’objet de mes préoccupations. »

    Pierre Boncompain

    Catalogue De Renoir à Picasso, Regard sur une donation, MAC Saint-Martin, Château des Adhémar, Montélimar, 2018.

    Utagawa Kunisada, Sawamura Tosshô I (gauche) et Iwai Tojaku I (droite)
    dans la pièce "Sono mukashi koi no edozome" 
    au théâtre Kawarazaki (1839),
    Xylographie en couleurs - diptyque.

  • Ukiyo-e, II

    Si vous n’avez pas encore vu « les plus belles estampes japonaises » au Cinquantenaire, vous avez jusqu’au 12 février pour visiter « Ukiyo-e » (ou Images du monde flottant) aux Musées royaux d’Art et d’Histoire, et même trois week-ends supplémentaires, vu le succès. J’y suis retournée pour la seconde série et je me suis régalée.

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    Suzuki HARUNOBU, La bienséance (Suite : Les cinq vertus
    cardinales), 1767

    Au début du parcours, la salle consacrée à Suzuki Harunobu (1725 ?-1770) justifie à elle seule une seconde visite. Jeune fille portée par un serviteur (tout en mouvement), Jeune homme au parapluie (assorti à son manteau) forment une belle entrée en matière, mais le meilleur vient après avec une suite, « Les cinq vertus cardinales » : bienséance, bienveillance, fidélité, sagesse et droiture.

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    Suzuki HARUNOBU, La fidélité (Suite : Les cinq vertus cardinales), 1767

    Une servante aide sa maîtresse à mettre son manteau, où est la bienséance ? Dans le fait de se couvrir, le choix d’une couleur, l’attitude, le geste ? La fidélité (ci-dessus) : sur une terrasse au bord de l’eau, une jeune femme regarde vers le ciel, assise à sa table où une feuille blanche attend l’inspiration. Etonnant : La droiture (4e illustration dans le billet précédent) : deux jeunes prostitués dans un lupanar discutent d’un exemple de loyauté envers un seigneur dans un livre illustré, le milieu homosexuel était attaché à cette vertu (notice). Peu importe le thème, on s’émerveille du dessin, du décor, des couleurs, de la composition. Le dessinateur dispose chaque fois ses figures près d’un angle fourni par un paravent, une balustrade, un mur – merveilleux cadrages.

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    Suzuki HARUNOBU, La sagesse (Suite : Les cinq vertus cardinales), 1767

    Les estampes de théâtre sont très différentes, centrées sur l’acteur, l’attitude, le costume. Katsukawa Shunshō (1726-1792) dessine un acteur dans le rôle du dieu Hotel, un des sept dieux de la bonne fortune : un bonhomme pansu et hilare, portant un énorme baluchon blanc rempli de cadeaux pour les enfants – magistralement campé en format vertical sur fond noir.

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    Katsukawa SHUNSHO, L'acteur Nakamura Nakazo I dans le rôle du dieu Hotel, 1780

    Torii Kiyonaga (1752-1815) renouvelle l’estampe d’acteur en déployant une scène sur plusieurs feuilles, ce qu’il applique aussi aux représentations de jolies femmes – une belle se doit d’être sereine, élancée et de proportions parfaites, comme il le montre dans une suite consacrée au « Concours de beautés contemporaines dans les quartiers réservés ». Le restaurant Kankanrô, réputé, se situait à proximité des maisons closes « de première classe » et les courtisanes célèbres y paradaient.

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    Torii KIYONAGA, Le restaurant Kankanrō, 1794

    L’élégante Courtisane Takigawa de Gomeirô peinte par Utamaro (1753-1806) porte un ruban en papier au petit doigt, signe qu’elle est déjà réservée pour un prochain rendez-vous. Utamaro a souvent dessiné les courtisanes avec leur enfant : l’une retient par son vêtement celui qui joue dans une bassine avec son poisson-jouet, une autre s’incline vers le sol avec le bébé qu’elle allaite, c’est plein de fraîcheur et de grâce. (Je vous renvoie aux illustrations dun ancien billet sur les belles d’Utamaro.)

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    Kitagawa UTAMARO, La courtisane Takigawa de la maison Gomeirō, vers 1794-1795

    Un panneau avertit les parents à l’entrée de la salle consacrée aux « images de printemps » (« shunga »), le cabinet des estampes érotiques. Plaisir esthétique assuré, quant à l’érotisme, je ne sais (voir l’article de Lunettes rouges à ce sujet). La plupart des couples ont gardé leurs vêtements – certains sont somptueux – et seules leurs parties génitales sont découvertes, crûment. Le blanc de la peau contraste et souligne le dessin précis de l’action et du sexe, d’une taille exagérée, parfois tatoué. Mais les visages restent impassibles, à la limite de l’ennui, comme étrangers à l’affaire, c’est curieux. Une estampe dite « rouleau de manches » signée Kiyonaga est plus suggestive : une coupe horizontale (11 x 66 cm) montre un couple à l’œuvre des pieds à la tête, les yeux clos, l’homme y embrasse la femme dans le cou.

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    Torii Kiyonaga, Fille d'Ohara et un paysan (Suite : Rouleau de manches), détail, 1785

    Neige du soir et incandescence du crépuscule, un diptyque de Chôbunsai Eishi (1756-1829), fait partie d’une suite : « Une courtisane de haut vol admire une peinture qu’on lui déroule ». Sur deux feuilles juxtaposées, un fond clair uni, quatre femmes assises. Au-dessus d’elles, en contrepoint, les images du titre, sinon les attitudes, les regards, les coiffures et les vêtements qui se déploient sur le sol suffisent par eux-mêmes à exalter la beauté féminine.

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    Chôbunsai EISHI, Neige du soir et Incandescence du crépuscule, 1796

    Chōkōsai Eishō, actif de 1793 à 1800, excelle à rendre tantôt la physionomie d’une hôtesse de maison de thé souriante, tantôt le défilé de courtisanes avec leur suite dans un jardin d’iris, sous les lampions – une évocation magnifique (ci-dessous).

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    Chōkōsai EISHO, Les courtisanes de la maison Kadotamaya visitant un jardin d'iris avec leur suite, vers 1796-1798

    Autre salle où je me suis attardée : les merveilleuses estampes d’Hiroshige (1797-1858). On y voit des truites fendre les eaux bleues, des voyageurs affronter une pluie battante, une foire aux chevaux en été, un banc de sable et d’autres vues des relais de la grand-route de Tōkaidō ou de la grand-route du Kisokaidō, des reflets de lune sur les rizières… Et ce fameux chat blanc sur un appui de fenêtre, intérieur-extérieur auquel donnent vie quelques objets (des épingles à cheveux, un bol, une serviette) et dans le paysage, évoqué par le titre, une procession au loin. Superbe !

    Ukiyo-e Hiroshige Chat.jpg
    HIROSHIGE, Les rizières d'Asakusa et le pèlerinage, le jour du marché du Coq
    (Suite : Cent vues d'endroits célèbres d'Edo), 1857

    Dire que je pensais faire un billet court. Je ne vous parlerai pas des estampes consacrées aux animaux, parfois très drôles, ni de ces deux visages (un homme, une femme) constitués de corps nus qu’on suppose inspirés d’Arcimboldo, ni des images plus modernes... Ne manquez pas, si vous en avez la possibilité, ce rendez-vous exceptionnel avec l’art japonais de l’estampe au Cinquantenaire, vous ne vous y ennuierez pas.

  • Ukiyo-e, I

    Quelles merveilles ! Ne manquez pas « les plus belles estampes japonaises » au musée du Cinquantenaire. Les Musées royaux d’Art et d’Histoire présentent « Ukiyo-e », une sélection d’œuvres issues de leur collection fameuse, en deux temps, pour ne pas les exposer trop longtemps à la lumière – la seconde série à partir du 20 décembre prochain – 416 estampes au total (sur plus de 7500 pièces).

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    Un petit film à l’entrée permet de visualiser la technique de l’estampe et les différentes phases du travail et de l’impression, introduction prolongée dans les premières salles où sont exposés des outils, des bois de trait, des impressions de différents types : noir et blanc, monochrome, polychrome, jusqu’aux « images de brocart » (bois de teinte multiples), voire rehaussées de textile.

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    Un bel album en accordéon déplié, Le sanctuaire de Hie sous la neige de Kawase Hasui (1883-1957), illustre le procédé d’impression complet, de droite à gauche, du noir et blanc jusqu’à l’image en couleurs, en montrant à chaque étape quelles parties sont encrées ou colorées (détail ci-dessus). L’art japonais de l’estampe débute vers 1720, l’exposition rend compte de son évolution jusqu’au début du XXe siècle. Les estampes polychromes des XVIIIe et XIXe siècles ont enchanté collectionneurs et artistes occidentaux (Monet, Van Gogh, par exemple) dès la fin du XIXe. On découvre ici de nombreux artistes japonais moins connus chez nous que Hokusai ou Hiroshige.

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    Torii KIYONAGA (1752-1815), Le restaurant Kankanrō, Vers 1794

    « À partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, des artistes tels que Harunobu, Shunshô, Kiyonaga, Utamaro et Sharaku représentaient sur leurs estampes des courtisanes et des acteurs, stars de la vie nocturne d’Edo (l’actuelle Tokyo). » De jeunes femmes pêchent – la figure féminine est privilégiée par les peintres d’estampes – ou bien vaquent à leurs activités quotidiennes, comme dans ces séries de « Huit vues », caractéristique de l’art sino-japonais, par exemple Les huit vues du salon de réception de Harunobu.

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    Suzuki HARUNOBU (1725?-1770)

    Mais au théâtre de kabuki, les hommes jouent tous les rôles, masculins et féminins : de nombreuses estampes immortalisent des acteurs connus, leurs mimiques, leurs costumes, leur visage expressif et en gros plan (« okubi-e » ou « grosses têtes »). C’est l’occasion de peindre de beaux tissus, parures et coiffures, comme les courtisanes des « maisons vertes » (maisons closes) en offrent d’étourdissantes variétés. Les maisons de thé offrent souvent un cadre pittoresque où évoluent de jolies femmes ; ce sont des sujets très populaires pour un public majoritairement masculin, les femmes n’ayant aucun droit sous le régime shogunal de l’époque d’Edo.

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    Katsukawa SHUN’EI (1762-1819), L’acteur Ichikawa Omezō I dans le rôle de Momonoi Wakasanosuke, IV/1795

    Utamaro, un des artistes les plus productifs du XVIIIe siècle, se spécialise dans les albums érotiques et, le premier, représente des visages de courtisanes en gros plan, d’une beauté raffinée comme on peut le voir dans deux splendides portraits d’hôtesses de maisons de thé. Sur le parcours de l’exposition, on montre aussi les objets précieux en usage pour la toilette (miroir, peignes, pinces à cheveaux, boîtes, nécessaire à fumer).

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    Kitagawa UTAMARO (1753?-1806),
    Le bol à thé,  
    Suite : Huit vues de comptoirs de thé dans des endroits célèbres, Vers 1795-1796

    D’Utamaro encore, ces Modèles de jeunes femmes, tissés de brumes – brume d’« un vêtement d’été en gaze, jeté nonchalamment sur un portant à kimono », une estampe rare. Un pentaptyque d’Eishi (1756-1829), soit cinq estampes juxtaposées, montre une scène de réjouissance estivale sur un bateau de plaisance (Partie sur le Yoshinomaru). Non loin, du même, une jolie Chasse aux lucioles.

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    Ecritoire décorée sur le couvercle d'un prunier et d'un camélia en fleurs

    Près des estampes d’Hokusai (1760-1849), des vues célèbres du Mont Fuji et d’autres (affiche), on a rassemblé dans une vitrine divers albums de lui, certains ouverts, aux titres parfois intrigants et poétiques : « dessins impromptus, transmettant l’âme et éclairant la main ». C’est lui qui a introduit le fameux bleu de Prusse dans l’estampe en même temps que le paysage, sujet nouveau, montré pour lui-même et pas seulement comme un décor. Des chefs-d’œuvre aussi d’Hiroshige (1797-1858) : paysages panoramiques, vues d’endroits célèbres, jardins…

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    Katsushika HOKUSAI (1760-1849),
    Vent frais par temps clair,
    Suite : Trente-six vues du mont Fuji, Vers 1830-1832 

    Aux XIXe et XXe siècles, l’estampe japonaise se modifie au contact de la culture occidentale. Pour l’année de la Chèvre, Hokkei (1780-1850) présente une Européenne à la chèvre avec des maisons de type européen à l’arrière-plan, et signe même à l’horizontale, dans un cartouche en bas de la feuille, comme les Européens. On montre aussi de belles illustrations pour des scènes de roman, qui rendent l’atmosphère du récit, comme Jeune femme et deux silhouettes dans le brouillard du soir ou Jeune femme admirant la pleine lune.

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    Kawase HASUI (1883-1957), Le temple Tennō à Osaka,
    Suite : Souvenirs de mes voyages, troisième série, 1927

    Hasui, (1883-1957) le dessinateur d’estampes de paysages le plus important du XXe siècle, excelle dans le rendu de l’atmosphère météorologique : crépuscule, averses, neige… Sa vue du lac Kawaguchi, où le regard pénètre entre des arbres en ombres chinoises, est une splendeur. Shinsui séduit aussi avec ses portraits de femmes comme cette Jeune femme en longue tunique de dessous qui attache avec grâce ses cheveux dans la nuque et même une jeune femme nue au bord de l’eau, nudité impensable dans l’estampe ancienne.

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    Itō SHINSUI (1898-1972),
    Jeune femme en longue tunique de dessous, 1927

    Au bout du parcours, l’attention est moindre, le regard un peu fatigué d'avoir observé tant de beaux détails, c’est pourquoi je vous parlerai la prochaine fois (après avoir vu la seconde série d’estampes) de Dimitri Piot, dessinateur belge de bande dessinée qui combine l’ukiyo-e avec la représentation du monde contemporain, à l’honneur dans la dernière grande salle.

  • Vie privée

    « Il n’y a guère qu’un peintre, il n’y a guère qu’Utamaro, qui raconte avec du dessin et de la couleur, la vie privée de jour et de nuit de ces femmes. »

     

    Edmond de Goncourt, Utamaro, le peintre des maisons vertes 

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    Utamaro, Les douze heures des Maisons vertes : L’heure du Rat

    Ōban, 36,5 x 24,1 cm ; fond jaune et application de laiton en poudre

    Vers 1794 (Kansei 6)

    Utamaro hitsu

    Tsutaya Jūzaburō

    Kiwame

    Inv. 1, provenance E. Michotte, achat 1905

     

    L’heure du Rat correspond plus ou moins à minuit. C’est le moment où le silence tombe sur le Yoshiwara, si animé jusque-là. Debout, la courtisane a revêtu sa tenue de nuit pour rejoindre son client au lit, tandis qu’une shinzō replie soigneusement la robe qu’elle portait auparavant pour assister au banquet. (Notice MRAH)

  • Les belles d'Utamaro

    Dans le nord de la région bruxelloise, non loin des serres de Laeken, les Musées royaux d’Extrême-Orient occupent de splendides bâtiments édifiés à la fin du règne de Léopold II, au début du XXe siècle : la Tour japonaise et le Pavillon chinois. A l’arrière de celui-ci, dans le parc où les érables arborent leur frais feuillage de printemps, le Musée d’Art japonais (installé dans une dépendance) expose en ce moment une sélection de cent douze estampes (en deux temps) signées Utamaro, « Les douze heures des maisons vertes et autres beautés ». La série des Douze heures est si précieuse que ces œuvres sont exposées trois par trois, pour ne pas dépasser deux semaines d’exposition à la lumière, même tamisée.

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    Utamaro, Mère et enfant (vers 1797)

    Katigawa Yüsuke adopte en 1781 son nom d’artiste : Utamaro (1753-1806). Avec Hokusaï, il est un des plus grands peintres d’ukiyo-e, ces fameuses « images du monde flottant » qui vont émerveiller les Occidentaux au XIXe siècle. Utamaro est célèbre en particulier pour ses peintures de femmes en gros plan – ôkubi-e (littéralement, grandes têtes) et bijin-ga (portrait de belles femmes).

    Femme et enfant, c’est le premier thème qu’on découvre dans la salle d’entrée avec une très belle scène de femme coiffant son enfant devant un pot d’azalée, un peigne entre les dents, au naturel. Les couleurs sont ravissantes, les cheveux d’un noir de jais. Puis ce sont deux femmes dont l’une porte un petit garçon déjà muni d’un sabre (signe de noblesse) ; deux autres dont l’une écrit, l’autre lit, un enfant endormi sur ses genoux. Plus loin, une mère allaite avec un fin sourire ; elle porte un kimono bleu et blanc, son bébé est en rouge (Mère et enfant).

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    Utamaro, Le jouet (détail)

    Edmond de Goncourt signe en 1891 une monographie intitulée Utamaro, le peintre des maisons vertes. C’est ainsi qu’on surnommait Yoshiwara, le quartier de plaisir d’Edo (aujourd’hui Tokyo), où l’on s’adonnait à la prostitution, aux plaisirs nocturnes – un terreau aussi pour la vie culturelle et la littérature. En montant quelques marches à gauche, on découvre dans une petite salle trois des plus célèbres beautés du temps, disposées en pyramide sur une même feuille ; le blason végétal qu’elles portent sur leur vêtement ou leur éventail permet de les identifier (paulownia, triple feuille de chêne, primevères). Leur présence dans un établissement lui assurait une clientèle nombreuse par tous les temps.

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    Utamaro, Trois beautés du temps présent

    L’une d’elles, représentée seule, le visage tourné vers la droite, s’appelle Takashima Ohisa, elle a seize ans. Dans le cartouche figure un poème burlesque à propos de cette jeune hôtesse d’une maison de thé : « Charmes et thé débordent sans se refroidir. Ne me réveillez pas de ce rêve heureux de nouvel an au Takashimaya. » Une autre, représentée sur un fond gris foncé (plus rare), tient un papier roulé autour du doigt, signe qu’elle est retenue pour un prochain rendez-vous.  

    Des pièces de la collection permanente du Musée d’art japonais sont visibles à plusieurs endroits. J’ai admiré de superbes kimonos en crêpe de soie, certains frottés à la poudre d’or avant la coloration, et leur belle variété de motifs : rayures, branches d’arbres en fleurs, nuages, papillons, oiseaux, feuillages, dans de belles nuances.

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    Utamaro, Une nuit d’été au pont de Ryôgoku (détail), vers 1804-1805

    A l’étage sont représentées des activités diverses : promenade avec le chien (la couleur du collier assortie au kimono rose de sa maîtresse), en bateau, dans le jardin. C’est en haut de l’escalier de gauche que sont exposées Les douze heures des maisons vertes, chefs-d’œuvre d’Utamaro, une suite qu’Edmond de Goncourt jugeait « la plus parlante aux yeux ». Jusqu’en 1873, les Japonais divisaient le jour et la nuit en douze heures et chacune portait un nom : l’heure du Rat (0-2), l’heure du Bœuf (2-4), du Tigre (4-6), etc. Seules celles du Lièvre, du Dragon et du Serpent sont visibles jusqu’à demain, ensuite l’accrochage changera.

     

    Utamaro idéalise la vie des courtisanes au Yoshiwara. « Si leur vie réelle était parfois très pénible, Utamaro les a sublimées. Les dessins sont d’une beauté et d’un raffinement sans pareil. » (Guy Duplat) L’heure du Lièvre (6-8) en montre une tendant sa veste au client qui s’en va : la doublure luxueuse prouve sa grande fortune, elle est ornée du portrait de Bodhidharma, patriarche du Zen. L’heure du Dragon (8-10) sonne le réveil dans les maisons closes : une jeune femme se redresse sur sa couche, une autre tente de prolonger un peu la nuit. Dans L’heure du Serpent (10-12), une servante tend un bol de thé à une courtisane à peine sortie du bain. Ces œuvres sont d’une rare délicatesse dans les traits, le rendu des vêtements, le naturel des poses.

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    Utamaro, L’heure du serpent

    C’est une exposition exceptionnelle pour ce qui est de la qualité des œuvres et de leur rare visibilité. La collection de 7500 estampes des Musées royaux d’art et d’histoire de Bruxelles est de tout premier plan : en majorité des « images de brocart », c’est-à-dire en pleine polychromie. L’art de la belle estampe japonaise s’adressait à une clientèle riche et exigeante pour la qualité du dessin et du papier, de la gravure et de l’impression.

    Il est dommage que l’accueil et l’information ne soient pas à la hauteur. Sans légendes près des œuvres exposées, le visiteur ne dispose, dans chaque salle, que d’un classeur avec une présentation générale de la collection, où les numéros ne correspondent pas toujours aux descriptions, s’y retrouver n’est vraiment pas commode.

     

    Si vous allez visiter cette exposition visible jusqu’au 27 mai prochain, vous trouverez la billetterie dans le jardin devant le Pavillon chinois : le ticket d’entrée donne accès aux trois musées (Musée d’Art japonais, Pavillon chinois et Tour japonaise). Entrée gratuite pour les enseignants belges.

     

    D’abord tourné vers les jeunes mondaines et les geishas, Utamaro s’est mis à peindre au fil du temps des femmes mûres, des inconnues, dans leurs activités quotidiennes, avec la même délicatesse. Ce spécialiste incontesté de la féminité et de l’amour donne charme et vivacité à ses modèles. C'est de toute beauté.