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cérémonie du thé

  • Un étranger

    hubert delahaye,de thé et d'amour,récit,littérature française,japon,kyoto,cérémonie du thé,rencontres,culture« Qu’est-ce qui se passe dans la tête des gens d’ici quand ils entrent en contact avec un étranger, un non-Asiatique ? De la curiosité ? Une envie d’évitement ? L’étranger reste un personnage mystérieux aux réactions imprévisibles et beaucoup de gens craignent l’imprévisible.
    Ici, il existe des choses qu’on n’ose pas dire ou faire dans le rituel des relations sociales : corriger, se moquer, montrer trop fort son désaccord, négliger sa salutation ou en faire trop et ajouter au trouble.
    C’est aux rites qu’on reconnaît une grande civilisation. Bien connaître le grand livre des rites ordinaires et des fonctionnements harmonieux qu’on enseigne à l’école permet d’éviter d’embarrasser l’autre ou d’être soi-même embarrassé et explique la fréquence et la longueur des formules de politesse. »

    Hubert Delahaye, De thé et d’amour

    Photo KyotoGlobetrotter

  • Le rituel du thé

    De thé et d’amour (2022), un récit court d’Hubert Delahaye, peut se lire d’une traite : une centaine de pages d’un beau papier ivoire dans un format 10/18. L’auteur, sinologue (le narrateur ?), y raconte à la première personne un souvenir d’un séjour à Kyoto, dans les années soixante-dix. « Juste un mot », en avant-propos, s’ouvre sur une première phrase qui m’a accrochée : « J’avais un carnet de thé il y a encore quelques années, et on me l’a volé. » Un « carnet de thé » ? Voilà qui m’intriguait.

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    Un samedi matin, à la fin de janvier, un homme en kimono de laine, un Français, des getas aux pieds, marche dans une petite rue de Kyoto : il se rend chez Mme Yamamoto, la « sensei », celle qui enseigne la cérémonie du thé. La description précise des lieux, de l’intérieur du pavillon de thé et de la pièce où il va prendre place sur un tatami, vous pouvez la lire dans l’extrait d’une dizaine de pages proposé en ligne.

    On découvre avec lui la disposition des objets, les matières et les couleurs, les gestes. « Selon les circonstances et les saisons, les objets diffèrent mais ils sont toujours simples et beaux, y compris ceux dont le défaut, voulu ou non, fait la singularité et l’intérêt. […] Parce que les objets du thé diffèrent, leur prise en mains et leur maniement ne sont jamais, comme on dit, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres. Des détails changent. Chaque objet mérite une manipulation particulière. » La sensei donne des explications.

    L’autre élève du jour, Shimizu-san, est en retard, ce qui permet à Mme Yamamoto d’échanger davantage en l’attendant. Quand elle arrive, dans un élégant kimono de soie, il reconnaît une jeune femme déjà aperçue au début du mois. Après l’avoir invitée à s’asseoir et saluée a minima, la sensei « a dispensé sa leçon : l’exactitude fait partie des règles du thé. » La cérémonie peut commencer. Il note dans son carnet le nom du thé et observe bien tout, après ce sera à son tour de préparer un bol de thé pour sa voisine.

    A la sortie du pavillon, ils prennent la même direction. Il lui dit son prénom, elle donne le sien : Ichie. Elle se rend chez sa sœur qui habite le même quartier que lui. Quand il s’arrête devant sa maison, elle continue à parler d’elle-même, il en est étonné – ce n’est pas courant à Kyoto – et ils continuent à marcher jusqu’à l’immeuble où habite sa sœur. Elle l’invite même à monter pour lui présenter Miya, la deuxième de quatre sœurs. Il la trouve très jolie dans sa tenue de ville.

    Leur conversation est très animée et le surprend : « Je dois admettre que cette plongée soudaine dans l’intimité familiale des sœurs Shimizu me trouble. La sérénité du thé, son espace de calme est encore trop proche, sans doute, et cette excitation m’étonne. » Puis il rentre chez lui, à l’étage d’une petite maison traditionnelle qu’il partage avec un étudiant américain installé au rez-de-chaussée. C’est là qu’il reste pour travailler (un article à écrire pour un dictionnaire bouddhique) en dehors de ses allées et venues « à la fac » et de ses visites de temples dans les montagnes autour de la ville.

    Cette première moitié du récit (« De thé ») est celle que j’ai préférée. La suite (« et d’amour ») racontera, comme on le devine, comment les relations du Français et des sœurs japonaises vont évoluer. Dans l’ensemble, De thé et d’amour est conté avec délicatesse, agréable à lire, sans plus, en ce qui me concerne. Les réactions des deux sœurs m’ont paru un peu forcées, et l’intrigue amoureuse aussi. Delahaye ne m’a pas enthousiasmée comme l’avait fait Corinne Atlan dans Un automne à Kyoto.

  • La Voie du thé

    Si le thé compte de plus en plus d’amateurs en Occident, il est encore loin d’y être comme en Asie le pivot d’une civilisation. Soshitsu Sen, qui a succédé à son père comme Grand Maître de l’école de thé Urasenke en 1964, livre dans Vie du thé, esprit du thé (traduit de l’anglais par Sylvie Seiersen) son témoignage et ses pensées sur « la Voie du thé », une « manière de vivre ». 

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    http://www.quefaire.be/ceremonie-du-the-japonaise-466540.shtml

    « Le simple geste de servir le thé et de l’accepter avec reconnaissance » en est le fondement, explique-t-il, et « dans un seul but : atteindre la sérénité de l’âme, en communion avec ses semblables dans le monde ». Cela dépasse donc de loin les limites d’une cérémonie dans une salle de thé, Urasenke désigne une conception de l’existence, vieille de plus de 450 ans.

    Des moines qui avaient fréquenté les grands monastères zen dans la Chine du XIIe siècle ont introduit au Japon la pratique de boire du thé vert en poudre (matcha) pour stimuler leur méditation. Soshitsu Sen rappelle les noms des maîtres qui ont montré la voie, et en particulier Sen Rikyû, au XVIe siècle, qui en a énoncé les quatre principes fondamentaux : harmonie, respect, pureté et sérénité. C’est à la fois concret – les gestes à accomplir – et spirituel – l’attitude de l’hôte et de l’invité reflétant une manière de s’ouvrir au monde et aux autres.

    Elevé « avec du thé plutôt qu’avec du lait », l’auteur a commencé à suivre des leçons de thé avec son père dès l’âge de six ans, «  le sixième jour du sixième mois ». Manier les bols à thé, les louches de bambou, tenir le brasero… Son père était sévère et exigeait de lui de ne pas se comporter alors comme un fils avec son père, mais comme un élève avec son maître.

    Après le récit de son apprentissage, d’un premier séjour d’un an aux Etats-Unis, Soshitsu Sen décrit le déroulement d’une cérémonie de thé avec toute la symbolique du rituel selon les sept règles de Rikyû, qu’il explicite une à une. Des citations, des anecdotes aident à illustrer l’état d’esprit, à comprendre comment décorer la salle de thé avec simplicité.

    Au XVe siècle, les invités du Pavillon d’argent et du Pavillon d’or à Kyoto, deux temples bouddhistes, appréciaient le faste et les raffinements chinois, n’utilisaient que de beaux objets de thé venus de Chine : céramiques, parchemins, ustensiles… Rikyû opte pour un style plus rustique, des poteries ordinaires, locales, et on lui doit en partie le développement de la céramique d’art japonaise.

    L’auteur ne cache pas le côté fastidieux de l’apprentissage des gestes justes et de la maîtrise du corps. Une fois la technique acquise, elle offre cependant une grande liberté. Soshitsu Sen porte le nom traditionnel du Grand maître dans la tradition Urasenke, il est le quinzième descendant de Sen Rikyû.

    L’Association belge Urasenke organise des cérémonies du thé au jardin japonais d’Hasselt et au musée de Mariemont, elle propose aussi des cours. Vie du thé, esprit du thé parlera sans doute davantage à ceux qui ont déjà une certaine pratique de la cérémonie du thé japonaise, mais pour de simples lecteurs curieux, c’est une invitation à aller au-delà de la gestuelle, de l’exotisme, et à comprendre un peu de la conscience subtile qui s’y déploie.

  • Attendre

    Florilège d’automne / Poésie

     

     

    Estampe Jardin de thé.jpg

    Attendre         sans savoir si entrer est encore
    attendre         ou non    avec à parcourir immobile
    un chemin         partir         alors qu’on est parti
    depuis longtemps         pour arriver où depuis
    toujours on était arrivé         passer très pur
    le seuil         vers plus de pureté qu’on n’imagine
    pas     danser gravement avec l’arbre         sans
    interrompre les signes visibles de la marche
    danser         avec ces vents du vide    où naissent
    des étoiles qui s’écartent
    aller   pour attendre         sans savoir si entrer
    était la seule chose à faire          ou pas

     

     

    Werner Lambersy, Maîtres et maisons de thé, Labor, Bruxelles, 1988.