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exposition

  • Delvaux et Giron

    Robert Giron RC (31) Couple dans la rue détail.jpgPaul Delvaux et Robert Giron, histoire d’affinités électives (extrait) :

    « Dès 1921, ils volent de leurs propres ailes, poursuivant leur apprentissage en autodidactes. En 1925, ils exposent de concert à la Galerie Brekpot, une première occasion de montrer  publiquement leurs travaux en duo.

    Sur le plan plastique, le point de convergence entre les œuvres des deux artistes en herbe est à trouver dans la représentation de la figure humaine. Les huiles produites de la fin des années 1920 par les deux compères révèlent des thématiques communes auxquelles s’appliquent des traitements similaires.

    Delvaux Le Couple détail.jpgAinsi, ils auront à cœur de traiter le Couple selon un modèle plusieurs fois répété, s’inscrivant dans une veine expressionniste : l’homme à la peau mate se présente vêtu d’un costume sombre tandis que la femme à la peau claire et parée d’un habit éclatant se tient à son bras ou l’enlace. D’autres compositions font la part belle à l’attroupement de figures. Les deux artistes se plaisent à mêler un foisonnement de personnages qui s’échelonnent sur les différents plans de la toile et vont jusqu’à saturer l’image de leurs présences. »

    Camille Brasseur,
    Directrice de la Fondation Paul Delvaux

    Robert Giron, peintre et promoteur de l’art
    (B
    rochure illustrée disponible en ligne.)

    A droite : © Robert Giron, Couple dans la rue (détail), huile sur toile, 100 x 80 cm, s.d.
    A gauche : © Paul Delvaux, Le Couple (détail), huile sur toile, 154 x 110 cm. Collection privée en dépôt au Musée Paul Delvaux de St Idesbald

  • Robert Giron, XXe

    « Robert Giron, l’heure de la révélation » : l’article de Gwennaëlle Gribaumont dans Arts Libre et ses deux illustrations m’ont donné envie de découvrir ce peintre dont l’exposition vient de s’achever au Centre d’Art de Rouge-Cloître. Je ne connaissais pas ce peintre méconnu. Pourtant Robert Giron (1897-1967) était l’ami de Paul Delvaux, ils ont exposé ensemble. Au début des années 1930, il a rejoint son père et son cousin à la tête du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, dont il est devenu le directeur des expositions en 1933 et un « infatigable promoteur de l’art ». Sa peinture est alors passée au second plan.

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    © Robert Giron, Autoportrait, huile sur panneau, 88,5 x 68,5 cm, s.d.

    Robert Giron peint avant tout la figure humaine, comme ce Couple au café (1923) qui donne déjà des indications sur son univers pictural : des couleurs chaudes, des tons de terre, des personnages représentés à mi-corps, des visages stylisés, distants – une peinture d’ambiance, devant d’autres figures esquissées à l’arrière-plan. Idem pour Agents de change à la bourse de Bruxelles. De la même année encore, un beau Portrait d’enfant très expressif, sur un carton bombé.

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    © Robert Giron, Couple au café (détail), huile sur carton, 77,5 x 73 cm, 1923

    La qualité du dessin et l’art du cadrage se révèlent dans ses eaux-fortes. Femme au chapeau dans la rue n’est pas datée ; c’est le plus souvent le cas pour les œuvres exposées, issues de collections privées. On y observe la volonté moderniste de l’artiste qui n’hésite pas à peindre dans une veine plus burlesque (Le clown et le chat) ou à présenter des figures dans une composition plus abstraite (Deux femmes, dénudées debout).

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    © Robert Giron, Femme au chapeau dans la rue, eau-forte sur papier, 16 x 12 cm, s.d.

    Le Nu allongé (1929) choisi pour l’affiche représente de dos une femme blonde étendue sur un tissu blanc, entre deux figures qui font face au spectateur : devant elle, un homme brun en pull à col roulé ; derrière, une autre femme aux épaules nues, cheveux foncés et peau verdâtre, qui brandit un tissu plissé – pour couvrir ou découvrir celle qui est couchée ?

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    Dans les œuvres exposées, seules des femmes sont nues, si j’ai bien vu, même dans les groupes habillés. La nudité féminine semble pour Robert Giron le lieu d’exploration de toute la gamme du rose chair (Nus sur les rochers), du plus clair au rose sanguin (Nu rose), en passant par le rose orangé très doux de Nue aux rideaux (1927).

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    © Robert Giron, Nue aux rideaux, huile sur papier marouflé sur toile, 100 x 80 cm, 1927

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    © Robert Giron, Nue entourée de trois figures, huile sur toile, 110 x 80 cm, s.d.

    A l’étage, Nue entourée de trois figures montre à l’avant d’un groupe, devant un bois, une jeune fille qui baigne dans la lumière, une scène énigmatique. Encore plus onirique, Apparition m’a paru symboliser cette place singulière que le peintre octroie au nu féminin, même si c’est moins marqué que chez Paul Delvaux : un homme en veste sombre et chapeau y aperçoit une femme nue, telle une nymphe, dans une diagonale lumineuse qui contraste avec ce qui l’entoure.

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    © Robert Giron, Apparition, huile sur toile, 35 x 50 cm, 1923

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    © Robert Giron, Etudes de nu, fusain sur papier, 29 x 19 cm, s.d.

    Un magnifique ensemble de dessins au fusain, Etudes de nu, montre cette attention de l’artiste à la lumière et aux ombres, au rendu des volumes. J’ai beaucoup aimé aussi Yvonne endormie à l’aquarelle, un délicat portrait de sa femme. On la retrouve à la fin du parcours d’exposition sur un Portrait de la famille Giron par Magritte (1943) ; celui-ci fréquentait déjà Giron et Delvaux à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles.

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    © Robert Giron, Yvonne Giron endormie, aquarelle sur papier, 34,5 x 26,5 cm, s.d.

    Leurs familles étaient amies, comme le montrent aussi un beau Delvaux de 1980, une épreuve d’artiste, dédiée « très affectueusement » à Françoise et Bernard, le fils de Robert Giron ; et une carte de vœux avec un dessin de Paul Delvaux à l’encre, « Tam et Paul vous souhaitent 365 jours heureux ».

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    © Robert Giron, Couple, elle en jaune endormie (détail), huile sur toile, 130 x 100 cm; s.d.

    « "Un artiste dont le pays s’enorgueillirait." C’est en ces termes que l’écrivain belge Jean Tousseul saluait Robert Giron (1897-1967), après l’avoir rencontré dans son atelier. […] Il faut le reconnaître et le dire simplement : pour beaucoup d’entre nous, Robert Giron est une pure découverte. Et quel délice, la rare joie des premières fois, de constater que l’histoire de l’art nous réserve encore de telles surprises. On croyait la cartographie de la modernité belge connue, balisée par ses figures consacrées et ses récits dominants. Et voici que cette œuvre surgit, dense, sensuelle, troublante, à la fois familière par ses résonances et unique par sa manière d’inquiéter le regard. » (Gwennaëlle Gribaumont, La Libre Belgique, 10/6/2026)

  • Brique

    Othoniel : « La brique est un symbole universel existant dans de nombreuses cultures, un dénominateur commun, tout comme la perle. Ce module me permet de réaliser des œuvres entre sculpture et architecture. »
    (Chambre nord : Inde)

    Othoniel à la Villa Empain (35) Precious Stonewall.jpg
    Othoniel, Precious Stonewall, 2025,
    verre indien miroité émeraude et bleu

    « Plus tard, les Precious Stonewall, ces blocs de briques abstraits accrochés au mur, sont venus conforter la mémoire des événements de la rébellion de Stonewall, en 1969, qui a donné naissance à la première gay pride, à New York. »
    (Salle d’escrime : New York)

    Source : Othoniel, Diary of Happiness, Guide du visiteur, Villa Empain > 4/10/2026

  • Journal d'Othoniel

    Une exposition d’Othoniel à Bruxelles, à La Villa Empain où j’avais découvert son nom pour la première fois en 2010 près d’un très grand collier doré, m’a donné l’occasion de mieux connaître cet artiste français croisé à Avignon l’été dernier. Jean-Michel Othoniel présente « Diary of Happiness » (Journal du bonheur) ainsi : « Les œuvres exposées participent de ma recherche du bonheur et témoignent du long chemin qui m’a mené de l’ombre à la lumière. » C’est aussi le titre d’une œuvre de 2008, une sorte de boulier : « On choisit de déplacer la boule du côté sombre du boulier, si l’on estime avoir passé une mauvaise journée, ou du côté clair, si l’on estime avoir été heureux. »

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    Othoniel : Cosmos, Wonderblock, Etoile d'or (cliquer pour agrandir la photo)
    dans le hall de la villa Empain, Bruxelles

    Pour ouvrir ce carnet de voyage, « plus d’une centaine d’œuvres inspirées par trente ans de voyages à travers le monde », une grande sphère « Cosmos » (2025) est suspendue sous le lanterneau du hall de réception. Deux « Wonderblock » s’y font face : des murets en briques de verre indien miroité, l’un rose indien (à gauche), l’autre champagne (à droite). Le joli coin près de l’escalier accueille « Géométrie amoureuse » ; les couleurs (souvenir des loukoums d’Istanbul) sont assorties aux fauteuils (je découvre que ce coin cosy s’appelle « Bar du Baron » – le baron Empain qui a fait construire cette villa Art déco).

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    Othoniel : Géométrie amoureuse, 2004

    Au fond, « L’étoile d’or » devant la fenêtre donnant sur la piscine – on admire des « Lotus d’or » posés sur l’eau – comporte en son centre des éléments que je n’avais pas remarqués d’emblée : des pipes ! Le salon de gauche est dédié à la Belgique où l’artiste est venu dans les années 1980, curieux des surréalistes comme Broodthaers et Magritte et de la poésie belge. Au mur, des cartes postales et dentelles de Bruges, près d’une surprenante série de plumes et pipes accrochées sous des cartes à jouer en verre. Othoniel présente là divers objets dont une pipe en soufre, un matériau de ses débuts qu’on retrouvera plus loin.

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    Othoniel : Le Burlador (Cartes à jouer sur verre, pipes de tire en terre, plumes, objets divers), 1990

    Des aquarelles aux couleurs délicates, rarement montrées par l’artiste, accompagnent les grandes œuvres comme « Le collier infini » avec ses perles pailletées d’or, elles en montrent des variantes. Dans le salon de droite, place à un cœur en verre de Murano rouge ouvert en dessous, devenant « arche ou porche ». « Kokoro » : le mot « évoque à la fois le cœur physique, le sentiment amoureux, l’émotion de la pensée et la conscience de l’esprit. » Il en existe plusieurs dans des espaces publics au Japon.

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    Othoniel : Kokoro, 2012

    Dans l’escalier, « L’Ile dans la tête » (2026) orne le mur du palier entre les deux volées de marches : Othoniel y a dessiné son île de créateur, l’atelier, une fontaine, un confident et même son lit, des arbres et des fleurs, l’île des verriers de Murano, un bateau de verre, entre autres. Elle est reprise en partie sur la couverture du Guide du visiteur, qui suit la succession des salles, pays par pays : Istanbul, Belgique, Japon, Inde, New York, Rome, Venise, Berlin, Espagne, Arménie, Asie, Miami, Versailles.

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    Othoniel : Venise (vue partielle) - Lustre (aquarelle), 2001

    En allant en Inde à Firozabad, ville des verriers en plein désert, Othoniel a découvert là des tas de briques de terre en attente pour la construction d’une maison, et le verre indien miroité, omniprésent dans son œuvre. La salle vénitienne, avec ses suspensions multicolores, ses candélabres devant les fenêtres, ses perles baroques, m’a rappelé La fileuse de verre. Au sol, un tapis de briques vertes. Au mur, une succession d’aquarelles, dont un « Lustre » très raffiné… Les couleurs des perles sont subtiles et leur assortiment tout autant.

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    Othoniel : Espagne - Bottle of Tears, 2011 / La Croix Rouge

    Dans la salle espagnole surgit le rouge : une peinture sur toile à l’encre rouge sur fond d’or vert et, sur la terrasse attenante, « La Croix Rouge ». Etonnante « Bottle of Tears » (Bouteille de larmes ; verre du Mexique, eau) ! En tournant autour de cette sculpture, on y découvre autre chose, c’est magique. Sur la table centrale, des œuvres en soufre sous globe, étranges.

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    Othoniel : Obsidienne - Epée d'académicien, 2021

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    Vous l’aurez compris, de salle en salle, ce sont des univers inspirés par des découvertes, des rencontres aussi. Jean-Michel Othoniel les présente lui-même dans le Guide du visiteur qui contient ses propres textes et illustrations. Vous pouvez le feuilleter en ligne. Je vous recommande la visite de cette exposition, seule manière de ressentir le mariage singulier entre matière et lumière chez cet artiste poète.

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    Othoniel : Miami (vue partielle) - Passiflora, 2025

    Vous y verrez sa remarquable épée d’académicien (beaux-arts, section sculpture) en obsidienne et bronze. Un tombeau inattendu, bleu et or. Des fleurs solaires. En fin de parcours, une petite salle évoque les créations d’Othoniel à Versailles, avec des aquarelles et une vidéo, « O’de », une chorégraphie contemporaine filmée le jour de l’inauguration en mai 2015 des Belles Danses, une œuvre permanente d’Othoniel installée au bosquet du Théâtre d’Eau dans les jardins du Château de Versailles. (Il pleuvait, j’ai oublié de faire le tour du jardin de la Villa Empain.) Ne manquez pas cette rétrospective, un rendez-vous avec la beauté et la féerie des couleurs. Jusqu’au 04.10.2026.

  • Chambre verte

    Dans la chambre verte de la Maison Autrique, en contraste avec le style graphique et l’esprit intimiste d’Elisa Sartori, j’ai été très intéressée par l’univers de Jeroen Janssen, un « journaliste de terrain » et dessinateur belge néerlandophone, son voisin à l’exposition Maisons Bulles.

    Maisons Bulles Jeroen Janssen_Doel 2.jpg

    Ce Gantois d’origine se passionne pour le village de Doel (dont je vous avais déjà parlé à propos d’un roman de Geneviève Damas, Jacky). Tout est fait à la main dans son reportage : des dessins très colorés, vivants, accompagnent le texte manuscrit. 
    A la fin des années 1990, un projet d’extension du port d’Anvers a mené à l’expropriation de plusieurs zones urbanisées. La plupart des habitants de Doel ont évacué leurs maisons (non loin de centrales nucléaires), quelques irréductibles y sont restés.

    Maison Bulles Jeroen Janssen Er_wonen_nog_mensen-1542101994.jpg

    Jeroen Janssen est allé à leur rencontre et s’est passionné pour eux. Après Doel, en 2013, il a poursuivi sur le sujet avec Er wonen nog mensen (Des gens y habitent encore) en 2018. Il s’était lié là-bas avec Marcella, « une habitante très âgée qui a toujours vécu à Doel », décédée en 2019, une amitié de presque dix ans. Il a repris sa silhouette en couverture.

    Exposition Maisons Bulles, Maison Autrique, Schaerbeek > 07.03.2027