A chacun de nos séjours dans la Drôme provençale, nous nous disions : s’il pleut, nous irons visiter le Musée de la Soie à Taulignan. Cette fois, nous y sommes allés – c’est un musée à voir par tous les temps, bien sûr. En plus de tout ce qu’on y découvre sur l’élevage des vers à soie et la fabrication de la plus raffinée des étoffes, le musée (à 7 km du château de Grignan) présentait une belle exposition tout au long du parcours : « La marquise s’invite au musée », onze artistes inspirés par les lettres de Mme de Sévigné, née il y a 400 ans. A voir jusqu’en décembre.
Près d’une vitrine contenant des cocons, le directeur du musée a commencé par nous expliquer l’élevage du ver à soie, nourri de feuilles de mûrier blanc quatre fois par jour. Son cocon produira un fil d’environ 1500 mètres. Puis il a présenté le musée, constitué à partir d’une collection privée, et résumé l’histoire de la soie à Taulignan depuis le XVIIIe siècle : « La commune devient l’un des fleurons de la production de fil de soie, avec plus de 3000 employés qui seront hébergés dans les usines pensionnats au fil des années » (site du musée).
Un petit film explique les origines, le développement et le déclin de l’industrie soyeuse. Toutes les étapes – sériciculture, filature, moulinage et tissage – sont illustrées concrètement : photographies d’époque, panneaux didactiques et machines anciennes qu’on peut même actionner en poussant sur un bouton. Les amateurs de technique et de patrimoine trouvent leur bonheur au Musée de la Soie et les amateurs d’art aussi à travers l’exposition.

"La jeune Marie au coeur du Marais vibrant" © Cristina Barr
Les artistes étaient invités non seulement à s’inspirer de la correspondance de Marie de Rabutin-Chantal mais à écrire un commentaire à la main. Carole Gourrat, qui « pense être autant peintre qu’illustratrice » présente L’île-femme où la distance entre la silhouette sur la rive et la femme-île symbolise l’éloignement entre Mme de Sévigné et sa fille, d’où sont nés leurs échanges épistolaires, et Jardin à la française où la « robe-panier » de la marquise, à la fois tonnelle ou cage vide, rend hommage à « la Plume » de l’époque de Louis XIV, entourée des oiseaux si présents alors à Versailles.

"L'île-femme" © Carole Gourrat

"Jardin à la française" © Carole Gourrat
Après une magnifique chasuble de la fin du XIXe siècle (Lyon) où se répète le motif des trois anges, une broderie d’une grande finesse (soie, fil, métal, lampas, lancé) on découvre à l’étage des œuvres contemporaines très diverses. Le peintre August Aupalt propose Shot Sévigné, icône du XVIIe siècle, d’après Shot Marilyns d’Andy Warhol en 1964.

Détail d'une chasuble "aux trois anges" (fin XIXe)

"Shot Sévigné" © August Aupalt
Christine Eynard, plasticienne, met en valeur le fil de l’écriture dans un ensemble de textes écrits sur du papier cristal, notamment à propos de la correspondance entre la marquise et son cousin Bussy-Rabutin, leur « rabutinage ». Dernier paragraphe des « Broderies sur le cousinage » : « Des extraits de ces correspondances écrits sur papier cristal, montés sur tulle et rehaussés de broderies composent cette installation, avec en fond la présence discrète de madame de Sévigné, fine observatrice de son temps. »

"Broderies sur le cousinage" © Christine Eynard
On découvre la machinerie de la soie, de plus en plus sophistiquée avec le temps. Plus loin, une grande vitrine montre des portraits, des robes dont un ensemble de mariée en soie moirée, des souliers d’élégantes. Le long du mur, d’autres vitrines présentent les ingrédients naturels qui servaient à colorer la soie en rouge, en violet, en bleu, en jaune…
Deux belles pièces à la fin du parcours : du sol au plafond, un velours de soie qu’on a envie de caresser, offert par un donateur ; « Le paradis de la soie », un superbe patchwork réalisé par Danielle Bernier, autre don au musée de Taulignan.

"Le paradis de la soie", patchwork réalisé par Danielle Bernier
Près des dernières marches, des listes intéressantes pour qui s’intéresse aux textiles : les descriptions de quelques tissus soyeux (pongé, mousseline, twill, satin, crêpe de soie) et des gammes de couleurs avec un échantillon en regard. Découvrir le nom d’une couleur a toujours été un plaisir pour moi, voici « colombe » suivi de « praline », « Biarritz » et « Lido », « Cyclamen » et « Chartreuse »…

Vue de Taulignan © Chadam Communication – DDP
Outre le Musée de la Soie, Taulignan vaut la visite pour ses remparts – il reste onze tours de l’enceinte, dont les deux de la belle porte fortifiée – et ses nombreuses maisons anciennes. Il faudra y retourner pour se balader aussi sur le Chemin de la soie, un itinéraire en pleine nature.






