« Paradis pour quelques-uns, la solitude est une punition pour la majorité. Le désir impérieux de communiquer ses émotions, d’échanger ses soucis et ses joies, de partager ses idées, entraîne les gens dans une agitation incessante. Ils attendent des autres ce qu’ils sont incapables de trouver en eux. Aller au café, au restaurant, au théâtre, au cinéma, répond à ce besoin de « sortir », sortir à tout prix, s’évader de ce qu’on est par peur de n’y trouver que du vide. Jouit de la solitude celui à qui elle apporte la tranquillité de l’âme, la paix intérieure. Souffre de la solitude celui qui a besoin d’amitié et d’amour et s’en voit privé par quelque fatalité injuste. La plupart des humains se croient abandonnés lorsqu’ils n’ont ni proches à qui se confier, ni amis, ni enfants ; c’est la douleur de l’isolement, lequel n’est pas du tout la même chose que la solitude. Peu nombreux sont les hommes qui prêtent à celle-ci une vertu philosophique. »
Dominique Fernandez, Sois un monde à toi-même. Essai sur la solitude
Georges Lemmen (1865-1916), Dame lisant
Commentaires
Que de justesse et de finesse dans ces propos qui nous permettent de réévaluer les bienfaits de la solitude (l'isolement recherché) par juxtaposition à l'isolement lui-même (subi plus qu'apprécié). La solitude et l'espace sont deux trésors du XXIè siècle : difficiles à obtenir mais nécessaires voire vitaux à notre équilibre. Les personnes les plus intéressantes que j'ai connues auront été celles qui se tiennent suffisamment à l'écart de la société pour pouvoir en juger les traits de folie sans les subir.
Bonjour, Nathalie. La solitude et l'espace, oui, et j'ajouterais le silence. Merci pour ce commentaire.
C'est une réflexion trop manichéiste à mon avis. On peut être bien avec soi-même, apprécier la solitude, mais aller au cinéma, voir des amis de temps en temps, partager de l'humain... sans frénésie mais juste comme faisant partie de la communauté des vivants.
Ah bien, merci, Colo, j'espérais que cet extrait susciterait quelque opposition. Il me semble que Dominique Fernandez a voulu ici dénoncer l'agitation "incessante", le besoin de sortir "à tout prix", l'encouragement à l'hyperactivité qui se manifeste de tant de façons aujourd'hui, au point que certains ne supportent plus du tout la solitude.
Alors il s'est fort mal exprimé, comme cette phrase "Souffre de la solitude celui qui a besoin d’amitié et d’amour et s’en voit privé par quelque fatalité injuste"...Tiens donc, n'avons-nous pas tous besoin d'amitiés et d'amours ???
Bref, passons :-))
Bien sûr, nous en avons tous besoin, mais si l'on en manque, ce n'est pas nécessairement la faute à "quelque fatalité injuste". L'auteur a "forcé" ses oppositions dans ce passage.