Lire & relire Bauchau / 2

© George R. Anthonisen, Antigone
« Il ne faut pas que sa réponse soit possible, et mon corps, bien avant moi, sait ce qu’il faut faire. Il se jette à genoux et, le front sur le sol, extrait de la terre elle-même un non formidable. C’est un cri d’avertissement et de douleur qui brise la parole sur les lèvres d’Ismène. C’est le non de toutes les femmes que je prononce, que je hurle, que je vomis avec celui d’Ismène et le mien. Ce non vient de plus loin que moi, c’est la plainte, ou l’appel qui vient des ténèbres et des plus audacieuses lumières de l’histoire des femmes. Ce non frappe de face le beau visage et le mufle d’orgueil de Créon. Il ébranle la salle, il déchire les habits de pierre des grands juges et disloque le troupeau des sages.
Il fait pleurer Ismène, il faut qu’elle pleure, qu’elle sanglote pour être contrainte au silence et échapper à la mort qui la menace.
Je crie non, rien que non, rien d’autre n’est utile. Non, seul suffit. »
Henry Bauchau, Antigone (Actes Sud, 1997).











