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De Calliope à Cal

De Jeffrey Eugenides, je n’ai lu que Le roman du mariage, il y a quelques années. En commentaire, quelqu’un m’avait alors conseillé de lire Middlesex, « un must ». Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Chodolenko, Middlesex (prix Pulitzer 2003) est un gros roman (679 pages) où le rôle du narrateur à la première personne est tenu par Calliope ou Callie, jusqu’à ce qu’elle se fasse appeler Cal.

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L’incipit renseigne tout de suite le lecteur : « J’ai eu deux naissances. D’abord comme petite fille, à Detroit, par une journée exceptionnellement claire du mois de janvier 1960 [comme l’auteur], puis comme adolescent, au service des urgences d’un hôpital proche de Petoskey, Michigan, en août 1974. Il est possible que certains lecteurs aient eu connaissance de mon cas en lisant l’article publié en 1975 par le Dr. Peter Luce dans le Journal d’endocrinologie infantile sous le titre : « L’identité de genre chez les pseudohermaphrodites masculins par déficit en 5-alpha-réductase de type 2. »

A 41 ans, Cal Stephanides, « Grec orthodoxe peu pratiquant, employé au Département d’Etat américain », sent le moment venu de « consigner une fois pour toutes l’errance mouvementée de ce gène unique à travers le temps » dans une famille « au fort degré de consanguinité ». Son histoire familiale débute à la fin de l’été 1922 en Asie mineure, près de Bursa, où vit une importante communauté grecque. Desdemona (sa grand-mère) y poursuit après la mort de ses parents leur élevage de vers à soie, tout en prenant soin de son frère Lefty (Eleutherios), d’un an plus jeune qu’elle.

Sa mère a fait promettre à Desdemona de lui trouver une femme, mais aucune n’est aussi attirante aux yeux de Lefty que sa sœur, qui est aussi sa cousine au troisième degré. L’attirance est réciproque. Quand les troupes turques partent à la reconquête de Smyrne où ils ont fui les incendies et les massacres, ils montent à bord du Jean-Bart pour aller à Athènes, d’où ils comptent partir pour l’Amérique et rejoindre leur cousine Sourmelina déjà installée à Detroit.

Les grands-parents de Cal, Desdemona et Lefty, sont mariés lorsqu’ils retrouvent Lina devenue une Américaine. Celle-ci gardera leur secret comme eux gardent le sien : Lina a épousé Jimmy Zizmo, intéressé par sa dot, sans lui dire qu’elle était lesbienne. Les jeunes mariés vont habiter chez eux et Jimmy fait entrer Lefty à l’usine Ford. Voilà le tableau de départ de Middlesex.

Les grands-parents de Callie-Cal ignoraient qu’ils étaient tous deux porteurs d’un gène récessif sur le cinquième chromosome. Comme leur cousine Theodora (Tessie), la fille de Lina et Jimmy, leurs deux enfants, Milton et Zoé, sont nés tout à fait normaux, malgré les craintes de Desdemona. Plus tard, celle-ci se fera ligaturer les trompes.

Commençant souvent ses chapitres par le présent – la vie de Cal à Berlin et sa rencontre avec une photographe d’origine asiatique, Julie Kikuchi –, le romancier reprend ensuite le fil de l’histoire familiale sur trois générations, une succession de péripéties haute en couleur où défilent plein de personnages secondaires, comme le vieux Dr Philobosian, le père Mike (un prêtre orthodoxe un temps fiancé à Tessie), Chapitre Onze (le frère de Calliope), etc.

Tout au long du roman, Eugenides distille les informations sur le cas de Callie-Cal, de sa naissance jusqu’à ses quatorze ans quand sa singularité génétique sera connue. Elevée en fille à Detroit, dans un quartier pauvre que ses habitants blancs finiront par fuir après les émeutes raciales de 1967, elle connaît d’abord des conditions de vie modestes avant que son père, dont le restaurant sur le déclin a brûlé lors de ces événements, achète une grande maison moderniste à Grosse Pointe, sur Middlesex Boulevard, et fonde une affaire très rentable.

Vie familiale, génétique, traditions culturelles, mythologie grecque, éducation, condition sociale, travail, troubles de l’adolescence, sexualité, hermaphrodisme, amitié et rencontres amoureuses, les thèmes ne manquent pas dans Middlesex. L’auteur passe constamment d’une époque ou d’un problème à l’autre, piquant la curiosité des lecteurs comme dans un roman feuilleton, entre comédie et tragédie, sans s’appesantir sur les drames.

J’avais déjà déploré les longueurs dans son roman précédent, non que je sois allergique aux longs romans, mais j’avoue que j’ai dû m’accrocher pour aller jusqu’au bout de Middlesex, qui me laisse une impression de trop-plein. Ce roman de style avant tout narratif est divertissant, bien que le ton choisi m’ait souvent laissée à distance. Sur ce thème rare de l’intersexualité, il nous fait prendre conscience des difficultés vécues par ceux qui la vivent.

Middlesex n’est pas autobiographique, ni Jeffrey Eugenides hermaphrodite, même s’il s’est inspiré de ses origines et de la vie de ses grands-parents pour rendre son récit crédible. Wikipedia signale qu’il l’a écrit après avoir lu la traduction des Mémoires de Herculine/Abel Barbin (1838-1868), « première personne à voir son identité de genre modifiée à l’état civil en France ».

Commentaires

  • Hé bien il me semble l'avoir lu il y a fort longtemps, ça m'évoque quelque chose. Mais je ne vais pas le relire. ^_^

  • Une publication d'avant nos blogs, en 2003, il est vrai.

  • Je n'ai rien lu de cet auteur, pas particulièrement attirée parce que j'en savais. Je ne me sens pas prête à me lancer dans un pavé, surtout s'il brasse un peu trop de thèmes à la fois.

  • C'est ce qu'il m'a semblé, mais ce roman en a enthousiasmé plus d'un.

  • Alors moi j'ai adoré ce roman, cette saga familiale en parallèle avec une partie de l'Histoire des États-Unis, l'immigration !
    J'ai aimé le style très visuel, les nombreuses anecdotes pleines d'humour, le mélange de styles. Et ces fils de soie qui relient les étapes...
    Ce qui m'a rendu le roman si attachant je crois c'est que l'auteur reste au plus près des émotions de l'âme humaine,

    Dommage que tu n'y sois pas entrée, ici et au club de lecture où Middlesex était au programme en parallèle avec Orlando de VW, , tous avaient été embarqués...mais là, à chacun sa perception, sa sensibilité, ses affinités littéraires bien sûr.

  • Merci, Colo. C'est bien pourquoi j'ai emprunté ce livre et l'ai commencé avec un a priori positif. Je suis d'accord avec ce que tu écris de la variété des styles. En revanche, je n'ai pas ressenti les émotions des personnages, je les ai plutôt vus comme les protagonistes d'un film d'action où les épisodes se succèdent et au fil du récit, ce qui m'avait amusée ou intriguée au début m'a un peu lassée.
    Comme tu l'écris, les attentes varient d'un lecteur à l'autre, et parfois aussi selon les circonstances qui entourent une lecture et nous rendent plus ou moins disponibles.
    Bonne après-midi, à bientôt.

  • J'avoue que la lecture d'un tel roman est trop compliquée pour moi en ce moment, j'ai besoin de choses légères. En revanche j'irais voir ce qu'est cette singularité génétique, elle est interpellante. Bravo Tania de t'être lancée dans une lecture si dense, il y a bien sûr toujours à apprendre. Bises du sud, douce journée. brigitte

  • Bonjour, Brigitte. Ce roman est long mais très accessible. Il se lit facilement, bien qu'il brasse beaucoup de matière.
    La pluie est revenue ici, on manque encore de lumière. Bises.

  • J'ai beaucoup aimé ce roman qui m'a fait passer plusieurs heures agréables et joyeuses. J'ai aimé ce foisonnement méditerranéen transporté dans cette Amérique lisse, ces transgressions aussi que l'auteur montre en utilisant des procédés d'écriture d'exagération. Oui, il y a parfois des longueurs mais j'ai l'habitude de passer les pages quand je me lasse. Globalement, ça a été une belle lecture, sympathique et qui fait réfléchir, finalement, sur ce qu'est la normalité.

  • D'accord avec ta conclusion. J'ai aussi sympathisé avec ces personnages au début, mais (comme je ne saute quasi jamais de pages en lisant) je me suis lassée à la longue des rebondissements, parfois excessifs, parfois trop prévisibles. Merci de donner ton point de vue et de défendre ce roman, Marie. (Si je l'avais trouvé nul, je n'en aurais pas parlé ici.)

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