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hôtel des arts

  • Mixité

    Speedy Graphito (13).JPG« Les références, sorties de leur contexte et débarrassées de leurs matrices, sont réorganisées dans un dialogue cosmopolite. Elles forment ainsi un nouvel univers, le reflet d’une mixité propre au monde d’aujourd’hui. »

    Speedy Graphito

     

    Le musée imaginaire de Speedy Graphito
    Hôtel Départemental des Arts, Toulon,
    jusqu’au 2 juin 2019 (Entrée libre)

  • Speedy Graphito

    A l’Hôtel des Arts de Toulon, Speedy Graphito présente son « musée imaginaire » : cet artiste populaire de l’art urbain en occupe tous les espaces, aménagés par lui. Le visiteur est accueilli avec humour (remarquez le cadre noir inachevé) : « Bonjour je m’appelle Speedy Graphito et je fais ce qui me plait. »

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    © Speedy Graphito

    L’accrochage est thématique, un in-folio intitulé « Le musée imaginaire de Speedy Graphito par Speedy Graphito » présente chacune des salles du rez-de-chaussée et du premier étage, du « Naturalisme » au « Street art ». Le sujet ou les éléments représentés dans ses peintures sont issus de la culture populaire ou inspirés par des œuvres connues de grands peintres, dans un mélange coloré qui ne laisse aucune place au blanc, au vide.

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    © Speedy Graphito (Naturalisme)

    Fuyant Paris, Speedy Graphito s’est installé en Normandie dans les années 1980 et s’y est laissé inspirer par la nature, ses couleurs, une atmosphère de « temps retrouvé ». Puis l’isolement et « l’abandon du marché de l’art » l’ont ramené, écrit-il, « à la raison de la civilisation ». A chaque peinture son clin d’œil, comme avec cette irruption numérique dans un paysage de montagne : « Do you want to save ? » J’ai aimé l’œuvre la plus récente présentée dans la première salle, une étonnante Diane végétale (2018).

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    © Speedy Graphito, Diane, 2018 (acrylique sur toile)

    L’hommage au surréalisme moderne est explicite : atmosphère à la De Chirico où un petit chien de Jeff Koons tient compagnie à un torse antique, personnages de bandes dessinées mêlés aux figures de Picasso, Matisse ou Dali… Sur un mur couvert de motifs bleus et blancs, Le baiser (2018), avec l’oiseau de Twitter et d’autres emprunts divers et variés, dans les tons pastel, reprend une scène de Magritte – la pipe souligne la référence. L’artiste considère les surréalistes comme ses ancêtres, exemplaires de liberté créatrice.

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    © Speedy Graphito, Le baiser, 2018 (acrylique sur toile)

    Les calembours ne sont pas seulement visuels : dans le couloir, Le Saint Dessin (1988) décline en triptyque des volumes dessinés dans les gris et bruns des cubistes. Speedy Graphito a peint la cage d’escalier in situ, un peu à la Keith Haring : « L’abandon de la couleur concentre l’attention sur le geste. » Avant de monter à l’étage, il est intéressant de l’écouter expliquer sa façon de travailler dans une vidéo – dans la salle sont exposées ses « ressources », des photos de toiles d’artistes qu’il admire et dont il s’est inspiré.

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    Vidéo YouTube : Art Is Life, Speedy Graphito (2014)

    A l’étage, le thème des « Nouvelles technologies » est décliné dans des peintures ersatz : ici un écran de téléphone, là une simulation d’image numérique en grand format à l’aide de couvercles de bocaux en guise de pixels – à regarder à travers son appareil photo, signale le gardien, et en effet, le recul décode de façon surprenante l’image inspirée par une star de la téléréalité (pour ceux qui la connaissent).

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    © Speedy Graphito (Nouvelles technologies)

    Après « Sur le chemin de l’abstraction », la salle intitulée « Mon histoire de l’art » comporte une étonnante Annonciation (2018) dont les figures sont très reconnaissables et détournées – voyez l’ange devenu petit diable se détacher sur le pont japonais du jardin de Monet ! Les autres peintures s’inspirent à la fois du pop art et de l’art moderne.  

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    © Speedy Graphito, L'annonciation, 2018

    L’exposition de Speedy Graphito est très variée. Son parti pris ludique prend différentes formes : des motifs « internet » repris en bleu et blanc sur des assiettes, des sculptures-jouets, une série de clichés où une question se pose aux gens qui se photographient devant des sites célèbres – Voulez-vous vraiment prendre cette photo ? Devant l’usage qu’il fait des images connues dans un incessant recyclage, il y a dans ce musée imaginaire comme une fuite en avant : tout a-t-il été montré ? ne peut-on que répéter, à la manière du matraquage publicitaire ?

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    © Speedy Graphito (Société)

    Le parcours se termine sur le thème du « Street art », présenté « comme le dernier mouvement artistique populaire », favorisé par les réseaux sociaux, « nouveau marché financier » plus accessible que celui de l’art contemporain plus hermétique. La bombe de peinture géante (ci-dessous, à gauche) est-elle peinture ou bombe ?

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    © Speedy Graphito (Street Art)

    Personnages de dessins animés, logos commerciaux, tags et graffiti prennent possession de tout l’espace disponible. De quoi se sentir finalement dans l’espace urbain, comme Bambi, pris au piège dans une forêt de signes : les motifs surabondent, comme les mots-clés sur le mur qui sert de fond à cette toile. Ce joyeux détournement égalise en même temps qu’il rend hommage.

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    © Speedy Graphito (Street Art)

    Merci à Brigitte (Plumes d’anges) de m’avoir signalé cette exposition toulonnaise, installée à l’Hôtel des Arts jusqu’au 2 juin prochain (entrée libre), je ne m’y serais peut-être pas arrêtée. Speedy Graphito s’y révèle passionné d’art, avec un regard décalé, débordant d’énergie, et un sens certain de la composition, voire de la mise en scène.

  • A rebours

    « Dans l’histoire de l’art pour se faire remarquer il ne faut pas tenter de faire quelque chose de plus beau, cela ne sert à rien, il n’y a aucun exemple ; il faut « danser à rebours », contredire ce qui a cours. »

     

    Georg Baselitz 

    Baselitz La direction est juste vers l'étoile dorée.JPG

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Toulon expose

    Sur le même boulevard à Toulon, on peut visiter l’Hôtel des Arts, voué à l’art contemporain, et sur le trottoir d’en face, un peu plus loin, le Musée d’art, musée-bibliothèque de la ville. L’entrée est libre aussi bien à l’exposition Baselitz du premier qu’au second, récemment rénové, qui propose un aperçu de ses collections.

     

    « Drapeau au vent sur la ligne de front », c’est le titre donné à l’exposition d’œuvres de Georg Baselitz des dix dernières années, « celles d’un jeune peintre de 71 ans à l’esprit farceur, parmi lesquelles figurent plusieurs Remix. » (Gilles Altieri, directeur de l’Hôtel des Arts) Avec Zéro pour le peintre (l’affiche), on entre d’emblée dans son univers de motifs renversés, ici un portrait d’homme en rouge et blanc, où « Zéro » s’inscrit en miroir sur la casquette. L’entretien vidéo accordé par le peintre le 13 juin 2009 éclaire ses intentions : faire le contraire de ce qu’on lui dit ou
    ne pas le faire du tout. Par volonté de rupture, l’artiste a opté pour une peinture grossière, agressive, brutale. Son origine – même s’il n’a que sept ans à la fin de la guerre, il est catalogué « allemand » –, son expérience du nazisme puis du communisme, tout lui donne envie de tirer la langue ou de baisser son pantalon –
    mais pas question de s’excuser d’être celui qu’il est.
     

    L'entrée de l'Hôtel des Arts.JPG

     

    Jambes bottées de noir, souliers lacés, Baselitz garde les pieds sur terre ou les tourne vers le ciel, il s’amuse à peindre une étoile à cinq jambes (La direction est juste vers l’étoile d’or). Le Remix d’Un peintre moderne cerne la figure d’un noir de cambouis, alors que Peintre moderne montre dans sa moitié supérieure un buste en couleurs sur fond blanc, dans sa moitié inférieure un entrelacs de racines qui prolonge le corps, en blanc sur fond noir. Baselitz aime diviser la toile entre haut et bas, ne fût-ce que d’un trait horizontal. Il n’a pas oublié la remarque du professeur qui regardait son dessin d’une tulipe ou d’un arbre et lui demandait ce qu’il y avait en dessous, qui manquait : des racines ? un vase ? un oignon ? Deux œuvres à l’étage font place à la forêt : Le chien Canalettos III, chien noir sur le dos, pattes en l’air sous les arbres, et Retour au temps de l’école, un paysage de neige, un sentier forestier renversé, où frappe l’irruption du rose vif dans un univers blanc et noir. Baselitz explique l’importance pour lui de la vitesse : ce qu’il veut, c’est mettre à plat l’image, l’idée
    qu’il a en tête, sans rien « chercher » sur la toile.
     

    Musée d'art à Toulon.JPG

     

    Après un déjeuner place de la Liberté (juste à côté), cap sur les collections du Musée d’art, surtout du contemporain et du moderne, un peu d’ancien. Un étonnant Monstre de Niki de Saint Phalle, figurines en plastique assemblées sur un dragon couleur bronze, loin de ses Nanas. Un Portrait-relief de Martial Raysse par Yves Klein, sculpture bleu Klein sur fond or, à côté de Pot et fleur en néon de son modèle. Un Etal de moules de Broodthaers près d’un grand Monochrome gris de Richter. A côté des 98 sucres taillés sous vitrine de Boltanski (Sans titre), Le bois dormant du suisse Markus Raetz : 96 pièces de bois, dont de nombreuses fourches de branches, composent un paysage poétique à même le mur. L’espagnol Miralda a disposé en rangs serrés de minuscules figurines blanches dans le tiroir ouvert de sa Solitude urbaine, une table blanche. Hantaï, Fontana, Sol Lewitt, cinq toiles rayées de Buren,
    il y a des choses à voir.

     

    Chez les anciens, j’ai remarqué un beau Saint Paul plongé dans un livre (anonyme, XVIIe), des portraits d’enfants par Jean-Baptiste Paulin Guérin (né à Toulon en 1783), en particulier celui d’Isabelle écrivant. Des vues de Toulon : le port par Willy Eisenschitz (1928-1930), La Patache dans le port de Toulon par Louis Nattero (1902-1905), et une radieuse Calanque d’en Vau par Jean Baptiste Olive. Un David, un Fragonard aérien – L’amour embrasant l’univers – mais pas le buste de Paul Claudel par Camille Claudel que j’espérais voir là. Le musée-bibliothèque de la ville de Toulon porte bien son nom : à droite du bâtiment qui ne manque pas d’allure, un mur intérieur porte gravés les noms de « littérateurs » illustres. Une grande salle ancienne propose des livres jusque sur deux étages de coursive où mène un escalier hélicoïdal. Du monde dans la salle de lecture – silence.