« Je me haïssais de chialer comme ça, mais je ne me maîtrisais plus. Le Dr Harlow nous avait dit que, chez les garçons, les torrents de larmes dénotaient une tendance homosexuelle à proscrire absolument. Inutile de préciser que cet abruti s’était bien gardé de nous expliquer comment ! En outre, j’avais entendu ma mère dire à Muriel : « Honnêtement, je ne sais plus quoi faire quand Billy se met à pleurer comme une fille ! »
Et voilà que je pleurais comme une fille entre les bras musclés de Miss Frost – après lui avoir avoué que j’avais pour elle un béguin plus fort que pour Jacques Kittredge. Elle allait me prendre pour une sacrée chochotte !
– Mon cher enfant, tu ne me connais pas. Tu ne sais pas qui je suis… Tu ne sais rien de moi, n’est-ce pas ? William ? N’est-ce pas ?
– Je ne sais pas quoi ? bafouillai-je. Je ne connais pas votre prénom, admis-je à travers mes sanglots. »
John Irving, A moi seul bien des personnages