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  • Ailleurs

    Belge de langue néerlandaise, Lieve Joris propose dans La chanteuse de Zanzibar (1995) des récits rédigés entre 1988 et 1991. Ecrivaine et journaliste, elle relate huit rencontres, attentive aux personnes, aux lieux, aux ambiances, et bien sûr aux préoccupations de ses interlocuteurs. En Tanzanie, Aziza, la chanteuse éponyme avec qui elle se rend à une soirée sur l’île de Zanzibar, lui montre un peu sa vie et celle de ses amies, entre maris et rivales. Au Zaïre, des Polonais l’accompagnent à Kokolo, auprès du Père Gérard qui a décidé de célébrer « Noël en forêt vierge ». Au Sénégal, on lui arrange une entrevue avec le roi Diola. Tout le monde attend la pluie à Oussouye, c’est le moment des sacrifices rituels. Ailleurs encore en Afrique, ce sera la pesante atmosphère d’une maison de sœurs chez qui elle a trouvé une chambre.

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    « Avec V.S. Naipaul à Trinitad » est le plus long récit du recueil. Cette fois, Lieve Joris s’exprime davantage sur les raisons de sa présence : interviewer l’écrivain indien dans son île natale. Elle fait connaissance avec ses proches, en attendant son arrivée, et retrouve partout les personnages de ses premiers romans. « Kamla, la sœur aînée de Naipaul chez qui il loge le plus souvent lorsqu’il est à Trinidad, passe me prendre pour une petite excursion dans l’île. C’est un dimanche radieux, j’ai été réveillée par les chants d’église et maintenant, des femmes passent coiffées de superbes chapeaux, et des fillettes en robes blanches, des nœuds rouges dans les cheveux. »

    Quand elle le rencontre enfin, l’homme paraît énigmatique, facilement contrarié, mais tout de même bienveillant à son égard. « On revient de temps à autre en espérant voir du nouveau », dit-il pour expliquer son séjour. A propos des origines de sa vocation littéraire, il cite un trait de famille : « Observation aiguë – nous avons hérité cela de notre père. Quand je rencontre des gens, je vois aussitôt leurs travers : bassesse, grossièreté, vanité, toujours les défauts d’abord. » Elle l’interroge sur ses études de littérature anglaise à Oxford, sur sa vie en Angleterre. Un jour où il y a du monde chez sa sœur, un repas de famille animé, Naipaul interpelle Lieve Joris : « Tu n’entends pas ? Fais bien attention. – Quoi donc ? – Tout le monde parle, personne n’écoute. » Il a raison. « Moi, je suis un auditeur, dit-il, et toi, qu’est-ce que tu es ? » De promenade en soirée, une connivence s’installe.

    Ensuite nous voilà au Caire, avec Naguib Mahfouz., dont les journées sont parfaitement réglées, de sorte que chacune sait où le croiser selon le jour et l’heure. « Le Caire est à Mahfouz ce que Paris fut à Zola, Londres à Dickens. Comme d’autres ont parcouru le monde, lui a sillonné sa ville ; il a nommé ses rues, décrit ses habitants jusque dans les moindres détails. » Le Prix Nobel de littérature changea sa vie en 1988 : sollicitations continuelles, quasi plus de temps pour écrire. « Un serviteur de Monsieur Nobel, voilà comment lui se perçoit. » Le vendredi après-midi, tout le monde sait le trouver au casino Kasr el-Nil. Journalistes, jeunes écrivains, ingénieurs « le tiennent informé de ce qui se passe dans sa ville ». On discute, on se chamaille, on rit. « Au bout de la table, Mahfouz, absent, sourit. »

    Derniers récits : à nouveau au Caire, deux ans plus tard, Joris rencontre l’acteur Abdelaziz, désenchanté par la mainmise des Arabes du Golfe sur le cinéma égyptien, qui l’invite dans sa maison d’Al-Fayoum, sur une colline près du lac, où il s’échappe quand il étouffe en ville. Puis c’est le tour de Joseph, un journaliste libanais, qui vit désormais dans « une ville arabe tapie au sein même de Paris, avec des cafés et des restaurants où il rencontrait des amis, comme autrefois à Beyrouth. »

    Entre reportages et récits de voyage, les textes de La chanteuse de Zanzibar révèlent une personnalité tournée vers les autres, vers l’ailleurs. Avec Naipaul à Trinidad ou Mahfouz au Caire, Lieve Joris prend le temps de cadrer son sujet, laisse des temps morts donner un peu d’air au récit, et du coup le lecteur y respire mieux, comme s’il passait du statut de spectateur à celui de l’invité.

  • La montagne et le ciel

    « L’autobus repart difficilement dans la montée, sort de la ville par les anciens quartiers : larges rues de terre battue, maisons faites de très gros rondins qui, parce que le soleil brille déjà depuis cinq heures, diffusent une délicieuse odeur de bois. Derrière les doubles vitrages, devant les rideaux blancs ouvragés, géraniums, misères mauves, cactus fleuris et dahlias jaunes en vases, posent de délicates couleurs dans ces cadres de fenêtres ouvragées et surmontées de véritables dentelles de bois. » C’est un dimanche, à Irkoutsk. Marc de Gouvenain vient de quitter Moscou, où rien ne lui a plu, à cet ancien « beatnik des champs » que les villes ennuient.

    Parmi ses dessins qui illustrent Un printemps en Sibérie, récit de son voyage en 1990, des fenêtres, des isbas, des paysages. Pour aller à la rencontre des Sibériens, du peuple bouriate surtout, en plus du russe, Gouvenain a pris soin d’apprendre quelques mots de leur langue, la seule langue mongole de Sibérie. Vu le peu de cartes disponibles, il s’attache à repérer les noms de lieux, baptise lui-même les endroits qui pourraient servir de balises pour des randonneurs aventureux.

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    Fièvre des débuts. « L’inconnu m’attend, sans risques sinon la déception peu probable. Tout alors est source de plaisir : je vais survoler la taïga, je vais m’approcher de la Mongolie, je vais, je le veux, parcourir la région à cheval, je reviendrai chargé de l’or de mes histoires. » Tout change quand, bringuebalé dans un camion sur une piste de terre noire quasiment liquide, il faut à tout moment en sortir pour le désembourber à l’aide de troncs d’arbres. Au bout de la route, une petite cabane en bois, beaucoup de fatigue et le vague-à-l’âme en pensant à ceux qu’il a laissés derrière lui en France, au temps qui passe et qui éloigne.

    « Réveil avec le chant du coucou, oiseau sibérien par excellence » : le voyage continue à pied, l’œil aux aguets pour les relevés topographiques. Forêts de mélèzes, de bouleaux, bruit de torrent jamais aperçu, un environnement où se perdre est un jeu d’enfant. Jusqu’à ce qu’il aperçoive des vaches, des plantes d’oignon doux, et des hommes à cheval à qui il peut indiquer la direction des bêtes égarées, ce qui est le plus sûr moyen de nouer de bonnes relations.

    Il y aura enfin Woïto-gol, un de ces « lieux parfaits du monde, de ces endroits où la nature a associé quelques ingrédients qui ont plu aux hommes qui, à leur tour, ont posé une juste touche et renforcé la force du site. » Puis la rencontre de Nikolaï, qui vient d’Orlik, et avec qui la communication est immédiate, renforcée de regards et de sourires, comme s’ils se connaissaient depuis longtemps. « Cette Sibérie, que je n’arrivais pas à cerner, à appréhender, dans laquelle je ne discernais ni odeur dominante, ni musique, qu’un moment j’avais simplifiée en un élément difficilement maniable : la forêt, et surtout sa couleur – le vert – avec l’apaisement qu’il implique mais aussi l’inutilité, la trop grande amplitude d’une couleur unique ; cette Sibérie est désormais faite de visages et de gestes, de regards et d’échanges. Woïto-gol est un lieu parfait du monde, 1675 m, douze degrés. »

    Un autre voyage commence alors, avec l’amitié. A cheval, avec Nikolaï, c’est la découverte d’une région où « Tout est immense, tout est beau. » Ce n’est pas une promenade : « Notre but, ce n’est pas un village, ce n’est pas une isba, c’est la montagne, c’est le ciel, un tracé sur la carte qui ne soit plus négligeable. » Gouvenain prend des notes, indéchiffrables pour les autres, mais nécessaires pour le livre à construire. La fin du récit est à l’avenant, « festival d’impressions » lors de chevauchées et de marches, et à la fin, dans le salon de Nikolaï à Orlik, dans la maison de Daria où la musique l’attend.

    Le récit de Marc de Gouvenain nous laisse un goût fort de terres sauvages et d’émotions humaines. Fleurs, rivières, animaux, pierres, repas, signes, croyances… On se surprend à énumérer comme le fait l’auteur en nous rappelant les huit signes du tao oriental : l’Air, la Terre, le Feu, l’Eau, la Forêt, le Vent, la Montagne et le Lac. Un printemps en Sibérie a changé notre regard sur la carte du monde, sur les confins de la Russie et de la Mongolie.

  • Glissements

    Siri Hustvedt, l’auteur du passionnant Tout ce que j’aimais (2003), recueille un beau succès avec son dernier roman, Elégie pour un Américain (2008). Parmi ses premières oeuvres, Les yeux bandés (1992), dédiés à Paul Auster (son mari), sont traduits de l’américain par Christine Le Bœuf, leur traductrice attitrée aux éditions Actes Sud..

    Iris Vegan, une étudiante en lettres qui prépare un doctorat à l’Université de Columbia, y raconte ses rencontres dans New York, sa vie sentimentale, ses difficultés financières. Cela pourrait être banal et ce ne l’est pas. Iris aime les expériences nouvelles, même risquées, et va jusqu’au bout de ses choix. On le découvre en quatre séquences numérotées.

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    D’abord avec Mr. Morning : sa petite annonce affichée à l’institut de philosophie demande un assistant, de préférence étudiant en littérature. Il engage Iris pour un travail très particulier, en rapport avec des objets qu’il a conservés, d’une jeune femme morte trois ans plus tôt. A chaque objet, sa boîte ; pour chaque description minutieuse, à enregistrer sur cassette, soixante dollars. La première fois, Iris rentre chez elle avec un gant plutôt sale déposé sur du papier de soie. De rendez-vous en rendez-vous, sa curiosité pour son employeur, pour la disparue, se mue en malaise. Elle l’interroge, mais ses questions l’irritent, sans autre réponse que « J’essaie de comprendre une vie et un geste. J’essaie de rassembler les fragments d’un être incompréhensible, et de me souvenir. » Alors Iris joue les détectives, ce qui n’est pas sans danger.

    Ensuite apparaît Stephen, attirant mais secret. Leur relation amoureuse est compliquée. Iris le rencontre avec un ami qu’il lui a caché, Georges, un photographe en vue. Invitée dans son loft luxueux, elle est impressionnée par ses clichés : « Toutes les photographies que je regardai évoquaient en moi un sentiment de tristesse. Elles n’avaient rien de sinistre, rien de macabre, et pourtant la juxtaposition des images suggérait un monde en déséquilibre. » Un jour où ils prennent le soleil, tous les trois, sur le toit de l’immeuble, une femme s’effondre dans la rue. Georges se précipite sur son appareil pour fixer sans état d’âme la crise d’épilepsie, le corps convulsé. Iris est choquée de son indiscrétion. Mais elle acceptera tout de même de se laisser photographier par lui, se demandant si cela déplaît à Stephen ou si, au contraire, ils ont manigancé cela ensemble. « Georges avait du goût pour l’ambiguïté, et j’avais l’impression qu’il avait créé en moi, en vue de son amusement personnel, une brume de doute. » Cette séance va bouleverser leur trio, irréversiblement.

    Iris se retrouve à l’hôpital, dans le service des grands migraineux. Malade depuis des mois, sujette à des hallucinations, elle a épuisé tous les remèdes. Entre une Mrs. M. qui cherche à dominer son monde, et la vieille Mrs. O., frêle mais étonnamment énergique dans ses crises, Iris qui n’est plus que souffrance frôle la folie.

    Dernière séquence, au séminaire convoité du Professeur Rose sur « Hegel, Marx et le roman du XIXe siècle ». Iris s’y lie d’amitié avec Ruth, qui la présente lors d’une soirée à un extravagant critique d’art du nom de Paris. A défaut d’autre déguisement, les deux amies se sont habillées en hommes, et Paris s’intéresse de près à ce qu’Iris ressent dans ses habits masculins, les cheveux dissimulés sous un chapeau. Elle le repousse. Quand Mr. Rose lui propose de traduire un roman allemand méconnu, sur la dérive d’un gentil garçon, Klaus, aux fantasmes de plus en plus cruels, Iris est troublée et par le récit et par l’attention que lui accorde le professeur. Nouvelle plongée dans l’inconnu : elle se met à errer en ville, la nuit, dans le costume du frère de Ruth jamais réclamé. Elle s’y sent autre, plus libre, plus audacieuse. Mais l’argent manque, elle mange de moins en moins, traîne dans les bars, se perd au hasard des rencontres. Se retrouvera-t-elle ?

    Dans Les yeux bandés, comme l’indique le titre, Siri Hustvedt décrit les glissements du corps et de l’esprit, les états limites, la quête de la vérité sur les autres et sur soi. « Ce qui m’intéresse depuis toujours, affirme Iris, c’est de maintenir mon équilibre, pas de le compromettre. J’ai, de nature, un tempérament difficile, sujet au vertige, prêt à basculer. » Dans une appréhension très physique du monde, un objet, un geste, une sensation suffisent à provoquer le trouble de la jeune femme et, parfois, à lui entrouvrir la porte d’un enfer.

  • A distance

    J’imaginais qu’en nous emmenant Du côté d’Ostende (2006), Jacqueline Harpman nous proposait une suite à l’histoire captivante de La Plage d’Ostende (1991), avec ses inoubliables nuances de gris dont le peintre Léopold Wiesbeck couvrait ses toiles sous le regard d’Emilienne Balthus - celle qui, à onze ans, avait décidé qu’un jour cet homme lui appartiendrait. Mais ce roman-ci l’évoque à distance.

    Distance due d’abord au changement de narrateur. Le fougueux personnage d’Emilienne, le « je » de La Plage d’Ostende, ne réapparaît ici que pour disparaître. Après la mort de son grand amour, elle a vendu l’Hôtel Hannon, leur endroit secret. Henri Chaumont, l’ami de toujours, nous raconte la fin d’Emilienne, dans une maison étroite de la rue Rodenbach, et surtout il nous livre sa propre version des événements. Harpman s’est glissée dans les blancs du premier récit pour donner vie aux personnages secondaires. « Chacun d’entre nous, pauvre fol, se donne sans même y penser le premier rôle dans sa vie. Il est troublant de se retrouver au second plan – que dis-je ? au troisième ! – dans celle des autres. Un personnage entre en scène, on ne sait pas d’où il vient, il dit sa réplique et repart, on ne sait pas où il va. »

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    A distance des faits, aussi. C’est à Henri qu’Emilienne a confié ses cahiers, c’est en les lisant qu’il découvre les dessous de la vie du peintre Wiesbeck, partagé « entre deux femmes et deux maisons ». Henri, le très cher Henri, avocat d’affaires et célibataire, est l’invité idéal pour équilibrer les tables dans les maisons de la bonne société. Il a de la conversation et du charme, que demander de plus ? Son coup de foudre pour Léopold Wiesbeck est resté un secret bien gardé ; en tenant compagnie aux femmes et aux amies du peintre, il donne parfaitement le change, lui qui s’est découvert à l’adolescence le goût des garçons, lors d’un séjour au Maroc.

    En lisant les cahiers d’Emilienne, Henri se sent jaloux de cette vie qu’elle raconte comme « la chose la plus importante du monde ». S’il ne lui est pas arrivé grand-chose, il a tout de même compris, à soixante-dix ans, qu’une vie ne se réduit pas à son histoire : « c’est l’émotion qu’on y met qui lui donne son poids. » Il entreprend donc son propre récit, reconstruit celui de ses parents, de sa mère Clara. Entré dans le cercle d’Emilienne et de Léopold, il est devenu proche de Colette, l’amie d’enfance d’Emilienne. Des enfants de Colette, il n’en connaît qu’un seul, le quatrième, Gilbert. Mais il reste prudent et ne regarde pas trop le jeune homme de dix-huit ans, « beau à faire rêver ».

    La conscience de son grand âge amène des heures de désespoir : « Où est mon espoir ? Où est mon avenir ? Le bonheur était toujours pour demain et en attendant je courais les plaisirs. La nuit va tomber : que le jour a été bref ! A peine si le soleil atteignait le zénith, à peine l’été flambait, je me dressais joyeux, le regard braqué sur l’horizon, le paysage est devenu trouble, je me suis frotté les yeux, c’était la presbytie. » Ironique Jacqueline Harpman. Son titre, Du côté d’Ostende, est un clin d’œil aux lecteurs de Proust et surtout à ceux de La Plage d’Ostende.

    A la recherche du temps qu’il a perdu et au hasard de ses regrets, comme il l’écrit, Henri Chaumont réveille ici la mémoire, bouscule la chronologie, éclaire l’un ou l’autre de ceux auprès de qui il s’est tenu, dans les jeux souvent inoffensifs de la vie mondaine, jusqu’au moment où un drame éclate, auquel on est mêlé et qu’on n’a pas vu arriver. De s’interroger, alors, sur son propre personnage.

  • Sur papier bleu

    Le papier était bleu ciel ou bleu lavande, les enveloppes bleu clair, bordées de stries rouges et bleues. La lettre arrivait « par avion » d’Espagne, du Liban, d’Afrique, d’ailleurs. C’était le temps des correspondances. L’écriture annonçait la signature. L’enveloppe légère encore fermée faisait déjà chaud au cœur.

    Le commentaire d’une amie me les a rappelées, ces belles lettres d’une écriture régulière et soignée qui m’arrivaient de Beyrouth. Via les petites annonces du journal Tintin, je m’étais lancée avec enthousiasme dans un échange international. Un Libanais de mon âge – douze, treize ans si je ne me trompe - m’envoyait de belles lettres de son pays qu’il aimait à me faire découvrir. Il composait des poèmes aussi et glissait de temps en temps dans l’enveloppe une fleur séchée, un fin tissu brodé. Puis la guerre a éclaté au Liban – combien de fois a-t-on entendu cela, combien de fois s’est-on senti plein de compassion pour les habitants de ce beau pays auxquels ses voisins refusent une paix durable ? Plus aucune enveloppe au timbre libanais, plus aucune nouvelle d’Antoine M. Il lui était arrivé le pire, sans doute, à mon jeune correspondant du pays du cèdre.

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    Aujourd’hui encore, des mains forment des phrases, jouent avec les mots, envoient des nouvelles, en prennent des vôtres, vous offrent la toujours agréable surprise de quelques lignes au dos d’un paysage, d’une reproduction achetée dans un musée ou à une exposition. L’époque est au court. Les lettres sur papier bleu ou blanc ou crème, elles, se font rares. Dans un tiroir, mes propres blocs de papier à lettres, vergé ou ordinaire, dorment depuis des années, supplantés par les cartes postales.

    Mais les correspondants fidèles n’ont pas disparu. S’ils prennent moins souvent la plume, ils font crépiter les claviers. La messagerie sur Internet, si pratique pour les contacts professionnels, si agaçante avec ses intrusions de mauvais goût, a renouvelé d’une façon formidable les échanges privés. A côté des habitués voire des accros du téléphone, il reste des légions de scripteurs enchantés de la facilité et de la vitesse avec lesquelles ils peuvent s’écrire, se répondre, garder le contact, s’envoyer des photos, des articles ou encore clavarder. Une vraie fête ! Pour ma part, j’en compte davantage de Vénus que de Mars, mais n’en allait-il pas de même pour les messages sur papier bleu ?

    A celles et ceux qui aiment s’écrire, le champ des correspondances s’est magnifiquement élargi. Certaines courriellent d’un continent à l’autre sans jamais s’être rencontrées ailleurs que sur la Toile. D’autres y entretiennent la flamme de l’amitié. A chaque fois, une fenêtre s’ouvre.