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Van der Meer

  • Maison de vacances

    Si vous avez aimé Les Invités de l’île, premier volet d’une trilogie de Vonne van der Meer (Pays-Bas), vous reprendrez avec plaisir le bateau pour l’île de Vlieland. Dans Le bateau du soir (2001), Duinroos, la maison de vacances, attend à nouveau ses locataires. L’escalier a été repeint en blanc, le Livre d’or est toujours là, même si quelques pages en ont été arrachées. La femme de ménage, qui a nettoyé de fond en comble, les découvre dans une paire de gants abandonnée et comprend vite qu’elles ont été pliées là, avec leurs phrases inquiètes, par la dame en rouge qui avait terminé la dernière saison. Elle les emporte.

    Le premier locataire du printemps n’a jamais séjourné à Duinroos. Quand sa femme était tombée très malade et lui avait annoncé qu’elle irait passer là deux semaines, toute seule, avant son hospitalisation, il avait été choqué – depuis presque cinquante ans, ils avaient toujours pris leurs vacances à deux – mais ensuite il avait réservé la maison en secret, pour lui en faire la surprise, après la tourmente.

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    Ensuite arrive Martine, avec sa mère ravie de l’invitation. « Une épaisse brume enveloppait Vlieland : depuis leur arrivée, il ne faisait que bruiner. » Cela fait longtemps qu'elles n’ont plus vécu ensemble. Martine a réservé une surprise à sa mère : elle a invité son dernier petit ami en date, pour le lui présenter. C’est un juif, d’une famille cosmopolite qui ne l’a pas éduqué religieusement ; depuis quelques années il apprend l’hébreu pour comprendre ses racines. Martine redoute les réactions de sa mère, celle-ci aussi a gardé secrète pour sa fille une part de son passé.

    Plus tard, une autre femme débarque avec ses deux garçons : l’un devait être accompagné de son amie, qui s’est désistée, l’autre en revanche amène un copain un peu plus âgé, très vite à l’aise, trop à l’aise au goût du cadet, qui pressent des vacances gâchées. Entre les locations, la femme de ménage passe et fait le point. Les pages manquantes du Livre d’or portent des confidences trop fortes pour les faire simplement disparaître, elle songe à les confier à un relieur, se renseigne, mais ce serait bien trop cher.

    Deux sœurs, ensuite, se retrouvent à Duinroos. Elles ne se ressemblent guère, la mère de famille aguerrie toujours sûre d’elle, heureuse d’un peu d’indépendance, et « l’intello », la solitaire, la poète. Des petits arrangements entre sœurs à la tension des conversations qui vont trop loin, où l’on se dit des choses qui font basculer ce que l’on pensait ou savait des autres et de soi, le chemin ne sera pas long.

    « Depuis que tu as posé le pied sur l’île, tu n’es plus le même », dit Pia à son mari, qui part à vélo elle ne sait où à la moindre occasion. Pour eux, comme pour tous ceux qui passent à Duinroos, le temps des vacances est aussi celui des mises au point. Changement de rythme, changement de décor, des blessures se rouvrent, d’autres apparaissent. Les moments heureux sont fragiles, chez Vonne van der Meer. La pluie, le soleil, le vent apaisent les uns, agacent les autres. Sortir de la routine est parfois dangereux.

    L’auteur prend plaisir à collectionner ces situations comme des coquillages. De simples objets portent une histoire : un bouton égaré, une feuille morte, un ciré jaune. La succession des locataires forme une trame un peu légère, il est vrai. Chaque soir, quand le bateau repart, la vie a changé. Mais chaque journée, où que l’on soit, n’est-elle pas une île ?

  • Les invités de l'île

    Quartiers d'été / Incipits 

     

    Il est grand temps que je termine. S’ils ont pris le bateau de midi, ils peuvent être là dans une demi-heure. Ca m’est arrivé une fois : en nage, contente de mon travail, je ferme la maison, glisse la clef sous le paillasson et les découvre là, plantés à côté d’une carriole de plage où trônent bagages et enfants, au bord du sentier de coquillages. La déception sur leurs visages. Depuis, je sais que je dois demeurer invisible. S’ils me croisent ici, la maison ne sera pas autant la leur, et s’ils ne s’approprient pas la maison, ils ne vont pas passer un bon séjour. Même s’ils savent qu’ils ne la louent que pour une semaine, deux semaines, voire même un mois, ils doivent pouvoir se figurer qu’elle est à eux. Si c’était moi la locataire, cela irait tout seul. De toutes les maisons où j’ai fait le ménage, Duinroos est celle que je préfère. Torenzicht, Kiekendief, Jojanneke et D’instuif, je m’en suis débarrassée au fil des années. De belles maisons, je ne dis pas, où l’on a posé du carrelage et du lino, bien plus faciles d’entretien que Duinroos, mais ça faisait trop, il a fallu que je choisisse.

     

    Vonne van der Meer, Les invités de l’île (La maison dans les dunes), Héloïse d’Ormesson / 10-18, 2007.
    Traduit du néerlandais par Daniel Cunin.