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Belgique - Page 194

  • Le flacon bleu

    Avec Ensor et Verhaeren / 3    

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    http://lettres-histoire.info/lhg/Art/XXe_James_Ensor.htm   /   Flacon bleu et poulet, 1880

    « O le merveilleux morceau ! Une table grossière supporte un poulet plumé, minable, douloureux, dont le cou pend dans le vide et dont la chair aux tons verdâtres inquiète. Largement, par-ci par-là, à coups de couteau, la couleur est étendue. La main qui construit et peint avec une telle solidité, avec une telle prestesse semble déjà celle d’un maître. Et l’œil qui voit et qui précise le ton magnifique de la bouteille connaît déjà toute la force et la rareté d’un ton. Certes, la composition est absente : ce n’est qu’un morceau amoureusement traité ; ce n’est qu’in coin de cuisine montré sous un éclairage propice, mais que de vie lumineuse, que de splendeur, que d’éclat ! Aucune nature morte célèbre ne s’interpose ici entre l’œuvre et l’admiration du passant. Tout est neuf, spontané, patent, définitif. Où donc a-t-il été éduqué le regard qui voit ces pauvres et quotidiens objets comme personne ne les a vus jamais ? »

    Emile Verhaeren, Sur James Ensor (1908), Complexe, 1990.

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    Ensor, Fleurs ou Les roses, 1892, MRBAB, Bruxelles



     
  • La maison du peintre

    Avec Ensor et Verhaeren / 2     

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    Ensor, Chinoiseries aux éventails, 1880, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

    « On dégringole l’escalier raide et tournant et l’on quitterait, la poignée de main échangée, la maison du peintre, sans plus, si le magasin du rez-de-chaussée, avec ses larges vitrines encombrées de bibelots, ne retenait un instant encore l’attention. C’est que là, parmi les coquillages et les nacres, les vases de la Chine et les laques du Japon, les plumes versicolores et les écrans bariolés, l’imagination visuelle du peintre se complaît à composer ses plus rares et ses plus amples symphonies de couleurs. »

    Emile Verhaeren, Sur James Ensor (1908), Complexe, 1990.

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    Ensor, Nature morte au vase et à l’éventail bleu, 1889

     

  • Ensor à Ostende

    Avec Ensor et Verhaeren / 1       

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    Ensor, Carnaval sur la plage, 1887, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

    "C'est un grand texte que celui-ci. Le premier livre important publié sur James Ensor. Cela remonte à 1908. Le peintre est fixé à Ostende, sa ville natale, comme moule à son brise-lames. Il a 48 ans. Il ne connaît pas la gloire de Seurat, de Cézanne, de Gauguin, de Van Gogh. Il n’est estimé que d’un cercle restreint d’amateurs. « Son art, écrit hardiment Verhaeren, n’est pas encore à cette heure, situé où quelque jour il se campera. »

    Mais déjà toute l’œuvre est derrière lui. Il a peint avant 1900 tous les tableaux qui feront sa renommée dans un petit atelier situé au cinquième étage, sous le grenier, au coin de la rue de Flandre et du boulevard Van Iseghem, là où sa mère tient une boutique de coquillages et souvenirs. Elle le houspille, le harcèle et lui compte parcimonieusement l’argent pour lui acheter les couleurs.

    Il traverse une crise morale profonde. Sa participation à diverses expositions collectives à Bruxelles a provoqué des tempêtes de quolibets. Sa sensibilité, « fine comme le grain d’un bois rare et précieux, a subi, écrit Verhaeren, les coups de rabot de la bêtise ».

    Et voici qu’en 1898 sa première exposition personnelle à Paris est accueillie dans l’indifférence. Cet échec l’a profondément meurtri et il va perdre mystérieusement sa force créatrice.

    Témoin attentif et lucide de ce drame inexpliqué, inexplicable, Verhaeren s’interroge : « Quelle brisure a lézardé une muraille déjà si haute ? » L’écrivain ne s’attarde pas à commenter cet épuisement qu’il espère provisoire et qui sera, hélas, définitif. Il s’attache avec une merveilleuse simplicité à cerner l’originalité des grandes toiles qu’Ensor a produites à jet continu de 1880 à 1890. Verhaeren met une sourdine à son verbe tumultueux et décrit avec une justesse de ton inégalée l’œuvre d’un homme dont il n’est pas l’ami intime (Ensor en a-t-il jamais eu ?), mais dont il admire sans réserve « l’indépendance superbe et outrancière. »"

    Luc de Heusch, Présentation de Sur James Ensor (incipit), suivi de « Peintures » par James Ensor, Editions Complexe, Le regard littéraire, 1990.

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    Ensor, Le liseur (détail), 1880, fusain, Galerie Patrick Derom, Bruxelles

    « Ainsi, pendant l’été tout entier, Ostende s’affirme la plus belle peut-être de ses capitales momentanées du vice qui se pare et du luxe qui s’ennuie. Et ce n’est pas en vain que chaque année James Ensor, dont l’art se plaît à moraliser cyniquement, assiste à cette ruée vers le plaisir et vers la ripaille, vers la chair et vers l’or. »

    Emile Verhaeren, Sur James Ensor (1908), Complexe, 1990.

     

     

  • Yardbird

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    Je voudrais poser

    sur la branche d’un poème

    ce merle du soir

    dans mon jardin, mais pourquoi

    le faire, puisqu’en somme il se trouve

    là où il doit être : dans un

    poème, là, dehors.

     

    Roland Jooris, Yardbird 1

     

    (Francis Dannemark, Ici on parle flamand & français,
    une fameuse collection de poèmes belges,
    Le Castor astral, 2005)

     

     

  • Best of Belgium

    Le 8 juillet 2010 restera dans la mémoire des 35.861 spectateurs présents au stade Roi Baudouin pour avoir battu le record de la plus nombreuse assistance d’un match de tennis. Le record précédent datait du 20 septembre 1973, quand Billie Jean King, grande figure et promotrice du tennis féminin, a battu l’Américain Bobby Riggs lors de la fameuse « Bataille des sexes ». L’affiche de « Best of Belgium » était alléchante : Justine HeninKim Clijsters.

     

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    Quoi de mieux pour les amateurs de tennis que d’applaudir nos deux meilleures joueuses belges à Bruxelles ? C’était avant qu’on n’apprenne la défection de Justine, blessée au coude lors du tournoi de Wimbledon. Mais les organisateurs lui ont trouvé une remplaçante, l’actuelle n° 1 du tennis féminin, Serena Williams elle-même, quitte à rebaptiser la partie « Best of the world ». De quoi fêter la présidence belge de l’Union européenne (et oublier un peu l’imbroglio politique dans notre pays).
     

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    J’ai eu le plaisir de vivre cette soirée spéciale dans notre stade national (encore merci à la société Groen Service qui m’a accueillie dans l’espace V.I.P. et à B.), une première pour moi qui n’avais jamais assisté à un match de tennis entre joueuses de ce niveau ni goûté aux savoureuses attentions d’un accueil si soigné. Au Heysel régnait une atmosphère bon enfant. Chaleur de juillet, temps des vacances, tenues estivales – le temps superbe a fait le bonheur des vendeurs d’eau en bouteille, de bière et de crèmes glacées, mais pas seulement, les frites aussi avaient leurs amateurs (réputation oblige). Distribution d’applaudisseurs gonflables et de jumelles en carton, musique d’ambiance, concert avant et après le match : sur le podium, une belle brochette d’artistes belges dont Maurane, Clouseau, Toots Thielemans. 
     

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    A cette fête sportive, un match d’exhibition sans réel enjeu, on a vu défiler d’abord sur la piste, à bord de voitures MGB, des vedettes du sport belge, très applaudies, puis Kim et Justine ensemble, et enfin l’Américaine, apparemment ravie de participer à cette soirée. De grands écrans dans les quatre angles du stade permettaient de mieux les voir.

     

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    Que dire du match ? C’était très sympathique de le voir arbitrer par Martina Navratilova« la plus grande joueuse de simple, double et double mixte qui ait jamais vécu » selon Billie Jean King. Pour l’occasion, la partie se déroulait sans avantages : à 40/40, celle qui gagnait le point suivant emportait le jeu. Il est certain qu’un affrontement entre Kim et Justine aurait présenté plus d’intérêt. 
     

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    Sans surprise, Kim a pris le dessus dès la première manche pour s’imposer sur le score final de 6-3, 6-2. Quelques beaux services, plusieurs longs échanges, de quoi admirer la vitesse dont sont capables ces joueuses, d’apprécier des balles qui fusent ou suivre celles qui s’égarent, comme cette balle envoyée par Serena dans la toiture amovible disposée au-dessus du terrain (pour garantir la tenue du match quels que soient les caprices de la météo), un dispositif qui permettait aussi de jouer avec les éclairages pendant les pauses. A l’applaudimètre, la palme est sans doute revenue à la petite fille de Kim qui déclenchait des réactions enthousiastes à chaque apparition sur les écrans. 
     

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    En attendant le feu d’artifice qui clôturait cette soirée festive sans véritable compétition, les spectateurs ont allumé les petites lampes nichées à l’intérieur des applaudisseurs, du plus bel effet à la nuit tombée, puis se sont amusés à les lancer sur la piste d’athlétisme bientôt jonchée de lucioles vertes – du travail supplémentaire pour les services de la Ville de Bruxelles. La princesse Mathilde et le prince Philippe ont été chaleureusement applaudis, Yves Leterme, le premier ministre « en exercice », hué – comme on pouvait s’y attendre.

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    Justine a défendu au micro la cause de la Belgique et des Pays-Bas candidats ensemble pour la Coupe du Monde de football en 2018. Vers minuit, la foule s’est dispersée dans la bonne humeur au pied des boules illuminées de l’Atomium, tout le monde semblait content d’avoir participé à cet événement populaire à l’organisation impeccable et sans anicroche. Bien sûr, on espère revoir bientôt un vrai match Henin – Clijsters.

     

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