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Valise d'amour

L’avez-vous vue et entendue à La Grande Librairie, Marceline Loridan-Ivens ? Cela valait le coup. Elle y était pour L’amour après, écrit avec Judith Perrignon, lu quasi d’une traite. Actrice, scénariste, réalisatrice de documentaires, cette femme de quatre-vingt-neuf ans y offre le récit de sa vie amoureuse et bien davantage : « Je suis une fille de Birkenau et vous ne m’aurez pas. »

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Je n’ai pris aucune note, je l’ai écoutée de bout en bout. Il y a eu beaucoup d’hommes dans sa vie, des rencontres, des mariages, des séparations. Beaucoup de lettres. Elle les a conservées dans une valise, elles lui servent de point d’appui pour raconter ce qu’elle a vécu, comment elle a survécu au camp, aux souffrances d’une famille où certains ont choisi la mort, pas elle, surtout pas. Elle vit, Marceline, avec un numéro de matricule tatoué sur le bras.

Elle boit, elle danse, elle fume, elle aime. Une jeunesse à Saint-Germain-des-Prés, « alors le lieu du mélange, des idées, des lettres, de la musique, des mondains, des égarés » : « Les gens qui traînent se trouvent vite, ils n’ont pas besoin de se donner rendez-vous. » A trente ans, à peine divorcée, c’est là qu’elle va après avoir mené ses enquêtes de psychosociologie (rappelez-vous Les choses de Perec), un travail obtenu grâce à un Juif hongrois réfugié, une connaissance de sa mère.

« Je ne m’habillais pas de noir comme les filles du quartier, j’accentuais le roux de mes cheveux, j’optais pour des robes à couleurs vives, des pantalons, j’avais besoin qu’on me remarque, qu’on m’entoure, qu’on m’accepte, et je demandais à tous les artistes et intellos du périmètre ce que je devais lire. » Dans le récit de Marceline Loridan-Ivens, on croise Freddie, Vladimir, Camille, Merleau-Ponty, Perec (deux lettres citées), Edgar Morin, Simone Veil, Caramel et beaucoup d’autres.

« Aimer quelqu’un, c’est l’aider à vivre. » Pour déchiffrer les lettres sorties de la vieille valise, avec sa mauvaise vue, elle se sert d’une machine, « un bloc de métal froid avec une surface plane et vitrée, une loupe, une lumière puissante, l’écran devant moi qui grossit tout, d’une police à deux décimales. » Ces pages d’un temps « chargé de courrier », pas toujours datées, rappellent le besoin de phrases « amicales, amoureuses, fâcheuses et menteuses ».

« Il nous fallait nous écrire pour raisonner et nous orienter dans ce monde. Nous allions dans les graves du drame, puis dans les aigus du bonheur. Tout est là, dans une valise. Et c’est maintenant que je n’y vois plus grand-chose que je me décide à l’ouvrir. C’est là que surgit l’amour, puisqu’il faut bien qu’on en parle, là que commence le ballet des hommes qui a chassé le nom de mon père de mon état civil. »

Marceline porte le nom de Francis Loridan, son premier mari, ingénieur en construction, et celui de Joris Ivens, un réalisateur hollandais, trente ans de plus qu’elle, épousé en 1963 – « Faire l’amour n’était qu’une composante parmi d’autres de notre amour. Mon corps n’était plus un enjeu enfin. Et doucement, à ses côtés, la jeune femme et la survivante ne firent plus qu’une seule. »

Une psychanalyste à qui elle avait demandé un jour si elle avait besoin d’une thérapie lui avait répondu : « Non, fais des films, ne t’occupe pas du reste, ta force créatrice te suffit. » Formidable Marceline. Dans L’amour après, elle nous communique son « incroyable force vitale » (CultureBox).

Commentaires

  • Un livre formidable (et il faut l ire les autres d'elle!)

  • "Et tu n'es pas revenu" est noté et "Ma vie balagan", tous deux chroniqués chez toi. Merci, Keisha.
    https://enlisantenvoyageant.blogspot.com/p/auteurs-france.html

  • je la connais en tant qu'amie de simone veil, mais jje n'ai jamais découvert ses écrits et ses documentaires - une lacune de plus

  • Oui, Marceline L.-I. était présente lors de la récente cérémonie du transfert des Veil au Panthéon. Bonne lecture un jour ou l'autre.

  • Quelle femme exceptionnelle, oui. Tu me donnes envie de regarder cette émission, La grande librairie, que je ne regarde jamais, allez savoir pourquoi. Je le ferai en replay ce soir. Merci.
    Et PS. Lettre postée ce matin.

  • L'émission reprendra sans doute en septembre. François Busnel est parfois critiqué, mais les échanges sur le plateau sont souvent stimulants. D'avance, merci pour ta lettre, Marie.

  • Je rate aussi régulièrement la Grande librairie. Pourtant j'ai des connaissances qui la regardent. Ce sont des femmes exceptionnelles... comment ont elles fait ? Je pense évidemment au témoignage de Simone Veil dans le documentaire qui lui a été consacré. Et que je n'ai pas raté. Pour une fois ;-)

  • Je l'avais vue à la GL et noté son nom...cette soif de vie donne envie de la lire! Merci.

  • @ Pivoine : Sur France 5 en direct le jeudi soir ou sur TV5 le dimanche, c'est une belle fenêtre sur l'actualité littéraire. Pour ma part, je l'enregistre systématiquement, c'est le plus sûr moyen de ne rien manquer. Tu sais que tu peux revoir les émissions sur le site de France 5 ?

    @ Colo : Elle te plaira, je pense. Bonne fin de journée, Colo, sous les nuages ici - la pluie serait la bienvenue sur les jardins et sur les champs desséchés.

  • Je l'ai entendue à la grande librairie ! Quelle énergie , elle était radieuse ! J'ai beaucoup aimé le récit de son amitié avec Simone Veil, compagne de baraquement. Merci de ton post qui relaye son splendide appétit de vie !

  • J'ai vu cette émission bien sûr et le livre m'attend, ainsi que le précédent. T'ai-je dit que je l'avais rencontrée il y a environ 15 ans ? C'était après la projection de son film, à l'époque elle avait encore beaucoup d'enthousiasme et d'énergie. Il lui en reste, mais on sent que le grand âge est là et l'angoisse de vieux relents qui reviennent.

  • Pas vu l'émission, Marceline se met tard à l'écriture, normal après une vie à 200 à l'heure. Bien lui en a pris si j'en juge votre avis et celui de Keisha.

  • @ La petite verrière : Tu retrouveras cette énergie dans son récit. Ce soir, un extrait pour compléter ce billet.

    @ Aifelle : Quel beau souvenir pour toi ! Oui, affronter le très grand âge n'est pas une sinécure, je le vis avec maman. Sans compter l'antisémitisme qui persiste dans notre société, douleur permanente pour ceux qui ont survécu à la Shoah.

    @ Christw : Bien lui en a pris, oui.

  • Je passe mon tour, ce livre respire trop la vie et l'amour.

  • Dans ce cas, à une prochaine lecture, Nicole. Bonne journée.

  • Une envie :la connaître cette femme, grâce à cet article
    ! Et puis, quelqu'un qui a croisé Perec hein ... ("Les choses" est mon livre préféré...)

  • Quelques pages lui sont consacrées, tu verras. Bonne journée, Nikole.

  • Elle est épatante, cette femme ! Je l'avais rencontrée pour le Prix Elle. Tu me donnes très envie de la relire, moi qui suis amoureuse des lettres (j'en ai encore envoyé une de six pages aujourd'hui).

  • Bravo, Valérie. C'est précieux d'avoir quelqu'un avec qui correspondre ainsi.

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