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  • Le fil de mes idées

    « Son visage m’a rappelé celui de la jeune femme que nous avions rencontrée dans le port de Tinos et dont nous étions tombés amoureux tous les deux. alexakis,la clarinette,roman,littérature française,grec,français,écriture,amitié,maladie,vieillesse,société,cultureSa présence m’était si agréable que j’ai parlé beaucoup plus longuement que d’habitude. J’évitais de trop la regarder pour ne pas perdre le fil de mes idées, je l’ai quand même perdu à deux ou trois reprises. J’ai expliqué pourquoi je considérais comme un avantage le fait d’écrire en deux langues, pourquoi mes rapports avec le français avaient toujours été plus détendus qu’avec le grec, je me suis souvenu que ma machine à écrire grecque croupissait sous ma table à l’époque de la dictature des colonels, j’ai comparé le travail du romancier à celui d’un menuisier en train de construire un meuble un peu compliqué, j’ai confessé qu’il me fallait deux ans environ pour écrire un livre, que j’avais passé la plus grande partie de mon existence entouré de personnages de fiction, que le roman occupait certainement plus de place dans ma vie que ma vie dans mes romans. »

     

    Vassilis Alexakis, La clarinette