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roman policier

  • Quoi dire ?

    fred vargas,l'homme aux cercles bleus,l'homme à l'envers,littérature française,roman policier,adamsberg,enquête,culture« Elle aurait dû écrire sur tout ça. Ce serait plus marrant que d’écrire sur les pectorales des poissons. - Oui, mais quoi ? dit-elle tout haut en se levant d’un bloc. Ecrire quoi ? Pour quoi faire, écrire ? Pour raconter de la vie, se répondit-elle. Foutaises ! Au moins, sur les pectorales, on a quelque chose à raconter que personne ne sait. Mais le reste ? Pour quoi faire, écrire ? Pour séduire ? C’est ça ? Pour séduire les inconnus, comme si les connus ne te suffisaient pas ? Pour t’imaginer rassembler la quintessence du monde en quelques pages ? Quelle quintessence à la fin ? Quelle émotion du monde ? Quoi dire ? Même l’histoire de la vieille musaraigne n’est pas intéressante à dire. Ecrire, c’est rater. »

    Fred Vargas, L’homme aux cercles bleus

    Fred Vargas reçoit le prix Princesse des Asturies 2018

  • Deux fois Adamsberg

    Le roman policier n’est pas ma tasse de thé. J’avais pourtant envie de faire connaissance avec la célèbre Fred Vargas et j’ai emprunté à la bibliothèque L’homme aux cercles bleus et L’homme à l’envers. De quoi faire doublement connaissance avec le commissaire Adamsberg, Jean-Baptiste de son prénom, dont le personnage prend autant de place que l’enquête, un drôle de type. Personne ne comprend vraiment comment il raisonne, pas même lui, mais ses bons résultats suffisent à sa réputation.

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    En commençant L’homme aux cercles bleus, je me suis vite rappelé que j’avais vu l’adaptation télévisée. Peu importe. Les images rendent une intrigue, pas l’épaisseur des personnages. Ce n’est pas le commissaire qui fait l’ouverture, mais Mathilde, une femme à la voix grave qui prend des notes dans son agenda en buvant sa bière à une terrasse parisienne. Son voisin ne cesse de pianoter sur sa table et elle finit par lui adresser la parole ; l’homme est beau, mais aveugle, il s’appelle Charles Reyer. Ils vont se revoir.

    Adamsberg, 45 ans, vient d’être nommé commissaire dans le 5e arrondissement à Paris, « la seule ville qu’il pouvait aimer », lui qui a grandi puis travaillé dans les Basses-Pyrénées, un homme de montagne qualifié de « sylvestre » à ses débuts. Petit, solide, brun, il n’est pas beau mais une inspectrice lui a dit un jour qu’il avait « de la grâce pour mille » et de s’arranger avec ça dans la vie.

    Parmi les inspecteurs, Danglard est son préféré, « pas bien beau, très bien habillé », buvant pas mal et peu fiable après seize heures. Celui-ci est dérouté par le caractère vague et lent de son nouveau supérieur, mais il le respecte, il aime sa voix, il pressent l’intelligence derrière ce visage peu harmonieux. Le commissaire a du flair, c’est indéniable.

    Adamsberg a horreur des conversations prévisibles et des idées toutes faites. Dans sa vie privée, il n’a connu qu’une fois, huit ans plus tôt, « l’impossible, la brillance, le non-prévisible, la peau très douce, le mouvement perpétuel entre gravité et futilité » : sa « petite chérie » s’appelle Camille, il espère la revoir avant de mourir.

    Dès le début, le commissaire a pressenti qu’au milieu des cercles à la craie, un jour, au lieu de menus objets sans intérêt, il y aurait un cadavre, et sans doute plus qu’un. C’est cela qui l’occupe dans L’homme aux cercles bleus, où on fait connaissance avec sa façon singulière de chercher la vérité en prenant note des détails et en s’intéressant de près aux personnalités qui surgissent autour de l’homme aux cercles.

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    Dans L’homme à l’envers, l’enquête urbaine cède la place à une traque en montagne : dans le village de Saint-Victor où Camille vit avec Lawrence, un Canadien spécialiste des grizzlis venu observer les loups d’Europe, la colère gronde contre un grand loup qui égorge des brebis dans le Mercantour. Camille admire et aide à l’occasion – elle répare sa plomberie – une grande et grosse femme aux manières peu recherchées, Suzanne Rosselin, qui dirige « d’une main de fer » l’élevage des Ecarts. Sinon Camille compose de la musique.

    Suzanne vit avec Soliman, un jeune Africain qu’elle a adopté quand, « tout bébé », il a été déposé devant l’église du village avec un billet demandant qu’on s’occupe bien de lui. « Suzanne l’avait élevé comme un garçon du pays, mais éduqué en sous-main comme un roi d’Afrique, confusément convaincue que son petit était un prince bâtard écarté d’un puissant royaume ». Soliman a tout appris des moutons grâce au vieux Veilleux, le berger des Ecarts.

    Lawrence raconte à Camille que Suzanne, elle, ne croit pas vraiment au grand loup, mais soupçonne Massart, « le gars des abattoirs », d’être un loup-garou : il n’a pas de poils – « Il a les poils dedans parce que c’est un homme à l’envers. La nuit, il s’inverse, et sa peau velue apparaît. » Quand on retrouve Suzanne égorgée dans sa bergerie, tout le monde accuse à nouveau le grand loup. Camille et Lawrence ne comprennent pas, en principe le loup a peur de l’homme et de plus, Suzanne en imposait.

    On verra comment Camille, qui se lance presque malgré elle sur la piste du loup-garou, fera appel finalement à un flic spécial qu’elle connaît. Ça ne peut tomber mieux pour Adamsberg : il se cache pour échapper à une jeune femme qui tente de le tuer pour venger la mort de son frère.

    Les deux romans m’ont divertie, le second m’a captivée. Fred Vargas sait construire un suspense et y mêler un peu du mystère que sont les êtres humains les uns pour les autres. L’ambiance y compte autant que l’affaire à résoudre. Lisez-vous Vargas ? Probablement : je lis qu’elle est sixième dans le classement des dix auteurs les plus lus l’an dernier. Mazette !

  • Inexplicable

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    « Une demi-heure plus tard, tandis que les deux policiers quittaient la maison de Walton Street, Morse songea aux paroles du Dr Hans Gross, ancien professeur de criminologie à l’université de Prague. Il les connaissait par cœur : « Nul acte humain ne survient par pur hasard, sans le moindre lien avec d’autres actes. Nul n’est inexplicable. » Morse avait toujours partagé cette opinion. Pourtant, en sortant dans la rue silencieuse, il commençait à se demander si elle était toujours valable. » 

    Colin Dexter, Les silences du professeur

  • L'inspecteur Morse

    Les enquêtes de l’inspecteur Morse, une de mes séries préférées à la télévision, ont cessé avec le décès soudain de son interprète John Thaw, en 2002. Barnaby ou, plus récemment, un nouveau Morse à ses débuts (série Endeavour, d’après le prénom secret de Morse) ne peuvent faire oublier cet inspecteur hors norme écoutant des airs d’opéra, évoluant dans les rues d’Oxford, au volant de sa Jaguar rouge ou buvant une bière… 

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    Colin Dexter entre les deux acteurs de la série, John Thaw (Morse) et Kevin Wathely (Lewis) (Photo DailyMail online)

    Pourquoi ne pas remonter à l’original, me suis-je dit en cherchant Colin Dexter à la bibliothèque ? J’ai ouvert Les silences du professeur (The Silent World of Nicholas Quinn, 1977, traduit de l’anglais par Elisabeth Luc) et assez vite, j’ai reconnu l’histoire ; je connaissais le coupable, mais peu importe.

    J’ai souvent confronté un film à l’œuvre littéraire dont il s’inspire – c’est souvent, pour les amoureux des lettres, une déception par rapport aux subtilités du texte et au vagabondage imaginaire de la lecture. Cette fois, allais-je retrouver des images dans ce roman policier ?

    Il débute en pleine réunion du Syndic des examens à l’étranger, pour choisir un nouveau membre. Bartlett, le secrétaire général, a examiné toutes les candidatures et présente les meilleures : en deuxième place, Quinn, « honnête, intelligent, décidé » mais handicapé par sa surdité (comme Colin Dexter lui-même), ce qui plaide à son avis pour Fielding, un historien aux références « exceptionnelles ».

    Le doyen croit l’affaire réglée quand un jeune professeur de chimie, Roope, prend la défense de Quinn, pour ses qualités personnelles et aussi parce que leurs statuts prévoient d’employer des personnes handicapées. Bien sûr, il y aura des problèmes au téléphone, mais Roope rappelle que lors des entretiens avec Quinn, celui-ci « a donné l’impression de (les) entendre parfaitement » (il lit parfaitement sur les lèvres). Au vote, Quinn l’emporte. 

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    Toute une page sur l’évolution d’Oxford et ses « imposantes demeures » (chapitre II) nous renvoie en imagination au somptueux décor de la série télévisée : vieilles pierres blondes, clochers, fenêtres à pignons, bâtiments, porches et cours de l’université…  Le chapitre III s’ouvre sur une phrase à l’ironie bien dexterienne : « Pendant tout le mois d’octobre, la santé de la livre sterling suscita un intérêt universel teinté de mélancolie. »

    Des professeurs s’affairent, d’autres entretiennent une liaison secrète, tandis que Bartlett se fait du souci et maudit cet « imbécile » de Roope à l’approche de la visite des « émissaires de l’émirat de Al Jamara » (l’université ne peut plus se passer des investisseurs étrangers). Enfin Morse apparaît, au chapitre V, en train d’étudier son reflet dans un petit miroir tenu derrière lui par le coiffeur, avant de prendre le bus pour rentrer dans son appartement de célibataire.

    Il en repart aussitôt, appelé au commissariat : « un dénommé Quinn » est mort. Un de ses collègues, inquiet de son absence, l’a trouvé au rez-de-chaussée de la maison où il vivait. Morse se met en route avec le sergent Lewis. Le premier dialogue entre les deux policiers révèle le petit jeu habituel d’escarmouches, Morse se servant de Lewis pour exciter son esprit d’analyse, essayer des hypothèses et à l’occasion, faire preuve d’érudition ou d’autorité, souvent à ses dépens. 

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    L’ironie de cet inspecteur « intelligent, fantasque, misanthrope, alcoolique, mélomane et libidineux, un caractériel autant qu'un caractère » (Le vent sombre) s’exerce aussi face au légiste, qui a du répondant : « – C’est moche, la mort, fit Morse. – Mors, mortis, genre féminin, marmonna le vieux médecin légiste. – Ne m’en parlez pas, répondit Morse en hochant tristement la tête. » Et me revoilà en manque d’images : j’aimerais voir leurs mimiques et les entendre – même si, je l’avoue, je suivais cette série en français où Morse avait la voix de William Sabatier.

    Le professeur Quinn définitivement silencieux, il reste bien d’autres silences dans cette affaire, et des mensonges, c’est la règle – à Morse et à Lewis de faire parler les morts et les cachottiers. Entre prologue et épilogue, Les silences du professeur comportent quatre parties : pourquoi ? quand ? comment ? qui ? 

    Diplômé d’Oxford en 1953, Colin Dexter a enseigné le grec et le latin pendant treize ans dans les Midlands, puis à l’université d’Oxford. Il a publié son premier « Morse » au début des années soixante, Le dernier bus pour Woodstock. Savez-vous que Colin Dexter fait une apparition à la Hitchcock dans chaque épisode de la série télévisée ? A présent, il ne nous reste pour regretter avec nous l’inspecteur Morse que son fidèle sergent, incarné par Kevin Whately, dans Inspecteur Lewis. Ou à suivre, dans un style très différent, le travail des « petites cellules grises » de David Suchet, alias Poirot.

  • Les faibles

    « Il avait proclamé son innocence, il avait essayé de se suicider… Non, il n’avait pas été un personnage très brillant… Dieu merci, pensa Studer ; il n’aimait pas particulièrement les héros. Il trouvait que c’était justement les faibles qui rendaient les hommes dignes d’être aimés… »

    Friedrich Glauser, L’inspecteur Studer

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