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magie du paysage russe

  • L'affaire du peintre

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    « Je n’ai besoin ni d’une nature riche, ni d’une composition admirable, ni d’une lumière sensationnelle […] Donnez-moi juste une flaque boueuse, mais il faut qu’il y ait en elle de la vérité et de la poésie. La poésie peut être en toutes choses, ça c’est l’affaire du peintre. »

    Pavel Tretiakov à Apollinari Goravski (cité dans le catalogue Magie du paysage russe, Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, 2014)

    Alekseï Savrassov, Chemin vicinal, 1873, Galerie Tretiakov, Moscou.

  • Paysagistes russes

    Une bonne surprise nous attendait à Lausanne cet été : « Magie du paysage russe » au Musée cantonal des Beaux-Arts, une septantaine d’œuvres de la Galerie nationale Tretiakov (Moscou). Le Palais de Rumine qui abrite le musée (place Riponne, avec parking souterrain et Museum Café à proximité) a été construit grâce à un don de Catherine et Gabriel de Rumine, « mécènes russes qui demeuraient à Lausanne dans la seconde moitié du XIXe siècle » (toutes citations extraites du catalogue). 

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    Ilia Repine, Dans un champ, V. Repina et ses enfants,, 1879 Galerie Tretiakov, Moscou

    J’ignorais tout des liens entre les peintres suisses et russes au XIXe siècle, développés dans la seconde partie du catalogue par Catherine Lepdor, « De l’Oural au Léman. La peinture de paysage à l’Exposition universelle de 1878 ». Tatiana Karpova, commissaire de l’exposition, situe les paysages russes présentés (de 1820 à la Révolution d’octobre) « entre l’universel et le national ». Sous l’impulsion du courant réaliste, les paysagistes russes rompent avec le classicisme et peignent leur pays tel qu’ils le voient, tel qu’ils l’habitent. J’ai aimé la présentation thématique, annoncée simplement d’un mot à l’entrée de chaque salle, en français et en russe : forêt, mer, montagne, ciel, chemin, ville, nocturnes, et la succession des saisons. 

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    Isaak Levitan, Le bois de bouleaux, 1889, Galerie Tretiakov, Moscou

    Dans la forêt, les personnages semblent petits à l’échelle de la nature, à l’exception de la Petite fille dans l’herbe d’Olga Lagoda-Chichkina, avec son fichu rouge au milieu des ombellifères, près d’un enfant blond caché par la végétation, et de la jeune femme qui ramène un fagot sur le dos dans De retour de la forêt, signé Nikolaï Pimonenko. Mais dans cette première salle, c’est devant Le bois de bouleaux d’Isaak Lévitan que je m’attarde, subjuguée : un sous-bois où joue la lumière, rythmé par les troncs clairs, une toile horizontale où le regard plonge et capte le génie du lieu. 

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    Ivan Aïvazovski, Mer agitée, 1868, Galerie Tretiakov, Moscou

    « La Russie est un pays de forêts et de steppes, qui a longtemps rêvé de la mer. » La réputation des marines d’Ivan Aïvazoski a dépassé les frontières de la Russie, il a souvent peint la mer dans ses accès sauvages, comme dans Mer agitée où d’un voilier secoué par la houle, une chaloupe s’éloigne à grands coups de rames, sous un ciel de tempête où une trouée laisse voir au loin des sommets enneigés.  

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    Nikolaï Kouznetsov, Jour de fête, 1879, Galerie Tretiakov, Moscou

    Pour les paysages de montagne, les peintres choisissent souvent un format vertical, mais ce n’est pas le cas de Kisséliov dans une toile magistrale, L’ancien col de Sourami, où des nuages s’effilochent entre les roches et se mêlent à la fumée d’un petit train à vapeur. Nuages, c’est le titre d’une œuvre de Fiodor Vassiliev qui a mis la ligne d’horizon au plus bas de sa toile, nous livrant tout entier à la contemplation du ciel, comme cette jeune femme en tenue traditionnelle couchée dans l’herbe parmi les fleurs, dans Jour de fête (Kouznetsov). 

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    Fiodor Vassiliev, Nuages, 1869-1871, Galerie Tretiakov, Moscou

    La salle des « chemins » illustre très bien l’immensité du paysage russe – Chemin dans un champ de seigle, de Grigori Miassoïédov – et montre aussi la vie difficile des campagnards livrés à la boue du dégel, des rouliers menant leurs bœufs dans la gadoue, des paysans revenant d’un enterrement en hiver. Si vous avez visité Saint-Pétersbourg et Moscou, vous les retrouverez dans de belles vues de ville où l’on reconnaît le monastère Smolny, les colonnes rostrales ou le Kremlin avec ses cathédrales. 

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    Alekseï Bogolioubov, Vue du monastère Smolny depuis la Bolchaïa Okhta, 1875, Galerie Tretiakov, Moscou

    Je pourrais vous parler encore des magnifiques paysages d’hiver glacé (Le givre, de Vassili Bakchéïev), de printemps – Dans un champ, V. Répina et ses enfants d’Ilia Répine, la toile impressionniste choisie pour l’affiche de l’exposition –, d’été à l’ombre des arbres, mais je préfère terminer sur deux coups de cœur : L’or de l’automne de Lévitan, l’ami de Tchekhov, le génie des atmosphères silencieuses, et le luxuriant Joukovski, Un lac dans la forêt (début des années 1910). Pas d'illustration disponible pour ces deux-ci, à mon grand regret.

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    Vassili Bakcheïev, Le givre, 1900, Galerie Tretiakov, Moscou

    « Magie du paysage russe » : quarante-deux peintres sont représentés à Lausanne, dont les célèbres Chichkine et Kouïndji, et ceux qu’on appelait les « Ambulants », artistes membres d’une « Société des expositions artistiques ambulantes » créée en 1870 qui a dominé la vie artistique russe pendant une trentaine d’années. L’exposition dure jusqu’au 5 octobre.