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L'arrière-saison

Par quel titre aborder Philippe Besson, souvent écouté lors de ses passages à La Grande Librairie mais jamais lu ? Une bibliothécaire m’a recommandé L’arrière-saison (2002), un de ses premiers romans. Et je suis donc entrée dans le tableau d’Edward Hopper sur la couverture, Nighthawks (Les rôdeurs de la nuit, selon la traduction de l’éditeur). Quatre personnages vus de la rue, dans un café éclairé : un homme et une femme au comptoir, un serveur, un autre homme vu de dos.

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Edward Hopper, Nighthawks, 1942, Art Institute, Chicago

Le romancier en avait mis une reproduction chez lui et un soir, il a observé « la femme en rouge de la peinture, assise au comptoir d’un café nommé Phillies, entourée de trois hommes » et ressenti « l’envie impérieuse » de raconter leur histoire (quatrième de couverture). Le roman s’ouvre dans un café à Cape Cod sur un sourire, « un sourire de presque rien, qui pourrait être le signal du bonheur. »

Décrite à la troisième personne, voici Louise, dans « la robe rouge qu’elle affectionne », où elle se sent bien, « encore belle, encore désirable ». Ben, le serveur, « ne la regarde plus depuis des années ». Il la connaît, ils sont non pas amis mais « de connivence ». « Ainsi, ils n’oublient jamais de raconter que Louise est entrée pour la première fois chez Phillies le jour exact où Ben y entamait sa carrière de serveur, il y a neuf ans de ça maintenant. »

Dans le café désert « comme à l’habitude, le dimanche soir », en attendant l’homme qu’elle aime, Norman, « Juste Ben et elle. Et la lumière par la baie vitrée, la belle lumière de septembre. – On a de belles arrières saisons, vous ne trouvez pas ? » Il lui sert un Martini blanc, c’est ce qu’elle boit toujours, et ils parlent de tout et de rien, de Phillies, la patronne, et ce soir de la pièce de Louise Cooper qui ouvre la saison théâtrale à Boston. « Auteur reconnu », elle en écrit une sixième pour l’instant. Ben à qui Louise envoie chaque fois un carton d’invitation s’intéresse au théâtre à cause d’elle, il n’y va que pour ses pièces.

Louise voulait d’abord devenir comédienne, mais à vingt-six ans, « elle s’est rendue à l’évidence : elle ne serait jamais une actrice reconnue. » A présent elle a pris sa revanche, et la voilà comblée : « elle travaille pour le théâtre, elle gagne bien sa vie, la critique est généralement élogieuse. » Norman, lui, est « comédien de toutes ses fibres, et jusque dans ses hystéries, ses jalousies, ses élans amoureux. Il ignore la tiédeur. » Elle est tombée amoureuse de lui « à la première réplique de la première répétition » d’« Un matin à New York » où il tenait le rôle principal.

« La lumière décline un peu dans le café : derrière la baie vitrée, des nuages ont fait leur apparition et voilent imperceptiblement le soleil du soir. Les arrière-saisons ont parfois quelque chose de déchirant. » Louise attend Norman, mais c’est un autre homme qui fait tinter la porte d’entrée et au regard surpris de Ben, Louise se retourne. C’est Stephen Townsend, « un revenant », le seul qui appelle Ben par son prénom complet, Benjamin. Elégant, distingué, Stephen a du charme. Elle remarque qu’il ne porte plus de lunettes.

L’arrière-saison raconte ce qui se passe entre ces trois personnages. Louise et Stephen ont été en couple pendant cinq ans, « Ben les a connus au temps de leur « splendeur ». » Puis Stephen a épousé Rachel, ils ont deux enfants. C’est la première fois qu’il revient chez Phillies depuis tout ce temps. Louise apprend bientôt que Stephen s’est séparé de sa femme.

Philippe Besson décrit leurs gestes, leurs silences, leurs souvenirs qui alimentent la conversation, l’arrivée du vieux Carter qui vient toujours boire une bière en remontant du port avant de rentrer chez lui. Il y a de la tension dans l’air, forcément, des comptes à régler. Ben les observe, il joue son rôle. Pourquoi Stephen est-il revenu dans ce café où il savait trouver Louise ? Comment va-t-elle réagir ? Et si Norman pouvait arriver enfin, prouver que Louise n’est plus une femme seule ?

Ce huis clos respecte les trois unités du théâtre classique (temps, lieu, action) et change de point de vue avec chacun des personnages. Les paroles sont brèves, le récit en explore les raisons intimes, les effets, l’impact relationnel. Une soirée, une attente, un imprévu – L’arrière-saison, c’est l’histoire d’un tableau où le désir circule, sans qu’on sache où il va aboutir.

Commentaires

  • Comme toi je n'ai jamais rien lu de lui, vu souvent aussi.

    J'aime vraiment beaucoup l’idée de raconter, imaginer des scènes de tableaux. C'est un peu ce que nous faisons tous, sans talent et dans nos têtes souvent.
    Je note ce titre, merci et bonne journée !

  • Un beau tableau qu'il réussit à mettre en mots, avec beaucoup de cohérence.

  • Merci, il me fait envie. Juste lu de lui il y a quelques années Un instant d'abandon.............

  • Un titre que tu recommandes ? Je vois en ligne qu'il porte aussi une peinture de Hopper en couverture.

  • C'est un auteur dont les romans ne m'ont jamais attirée, je ne sais pas au juste pourquoi. Je n'insiste pas, il y a tellement à lire par ailleurs.

  • Je comprends, c'est un roman réussi sans être pour autant une lecture indispensable.

  • ah j'ai un roman Arrière saison mais pas du tout du même auteur chez moi c'est l'autrichien Stifter

  • J'irai voir sur ton blog.

  • j'ai déjà emprunté un ou deux de ses livres, je ne sais plus si je les ai lus ou abandonnés en route ;-)

  • Voilà qui rejoint ma réponse à Aifelle.

  • j'ai lu il y a quelques temps Se résoudre aux adieux de Philippe Besson, j'avais bien aimé, mais il ne m'en reste rien...

  • Voilà. Ce sont des histoires justes, mais à l'empreinte légère, et on en a besoin de temps à autre.

  • Je ne connais rien de cet auteur, en revanche je connais la peinture de Hopper. Le silence, l'immobilité, le vide dans ses tableaux me parlent énormément, est-ce du aux couleurs employées, au côté cliché cinématographique de ses tableaux ? Je ne sais, mais l'effet tient du tour de force quand on porte le nom d'Hopper. Bises et douce soirée Tania, à bientôt. brigitte

  • Comme toi, j'admire ce grand peintre et son art du cadrage : c'est comme s'il nous laissait de l'espace où entrer en imagination, à nous qui regardons sa peinture,

  • Bonne lecture si tu décides d'entrer dans cette toile.

  • Oui, Carter, le quatrième, est un personnage secondaire par rapport aux trois autres, comme sur le tableau où le peintre l'a laissé à moitié dans l'ombre.

  • J'ai lu Son frère et un autre (dont le titre m'échappe) qui a pour personnage principal la soeur de Rimbaud. C'était il y a longtemps et je n'ai pas récidivé... As-tu aimé celui-ci ?

  • Oui, j'ai aimé comme Besson y anime ce tableau de Hopper, son observation fine des personnages. Le style m'a laissée sur ma faim.

  • Je crois que si j'avais été écrivain, je n'aurais pas manqué de faire de cet extraordinaire tableau le point de départ 'un livre. Avec le risque que le lecteur n'y trouve pas ce qu'il a ressenti. devant le tableau.
    Comme vous, je n'ai jamais lu Besson, alors je le tenterais bien avec ce titre, mais peut-être pas indispensable, dites vous.
    Bonne journée, Tania.

  • Une toile qui inspire, visiblement. Ce n'est pas un grand roman, pour vous répondre. Si je me penche à nouveau sur un livre de Besson, ce sera plutôt du côté autobiographique. Bonne journée à vous.

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