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  • Tabou

    « Le second sujet tabou était l’argent. Comme s’il n’existait pas. On ne savait jamais combien gagnaient les adultes, pas même nos parents, ou plus exactement : nos pères. Il ne nous serait pas venu à l’idée de le leur demander, cela n’avait vraiment aucun intérêt. Tout ce qui avait rapport à l’argent était considéré comme un autre sujet « vulgaire », certes moins extrême que le sexe mais déplacé tout de même. Une fois passé le cap de la communion solennelle, nous recevions bien de l’argent de poche, mais nous ignorions ce que coûtaient les choses, hormis le prix de ce que nous pouvions nous offrir avec : une glace, un cinéma, un coca, un livre de poche, un 45 tours. Celui qui  arrivait à épargner durant un mois pouvait s’offrir un 33 tours. Non seulement « l’argent ne fait pas le bonheur », mais il est « sale ». Un nouveau riche était nécessairement un imbécile, de préférence un gros commerçant flamand ou américain étalant ses richesses au volant d’une Cadillac tape-à-l’œil. » (p. 56)

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    Une autre maison de la rue Lamorinière à Anvers (source de la photo)

    Habitude

    « Lorsque je marchais dans les rues de ma ville, j’avais conservé de mon enfance une habitude consistant à effleurer les maisons de mes ongles. Toutes les façades possédaient des soubassements en pierre bleue, taillée verticalement en fines rayures. Au contact de leurs aspérités variant à l’infini, la corne qui frottait la pierre ainsi brettelée émettait un crépitement discret qui se transmettait à mon corps. Sans le savoir, j’enregistrais les gestes des tailleurs de pierre, j’imitais la trace de leurs coups de ciseau. Et comme eux, j’imagine, je fredonnais une ritournelle. » (p. 96)

    Pierre Brandes, Côté rue, côté jardin