Mai 1895
Vous aviez promis de venir me voir et je vous attendais avec impatience. Ne pouvant plus continuer la sculpture sans aucune avance ni espoir de gagner de l’argent, j’ai donné congé de mon atelier pour le mois de juillet.
Si cela était en votre pouvoir de me faire acheter quelque chose en ce moment, vous me rendriez le plus grand service, car je dois deux termes de loyer qu’il m’est impossible de payer et je ne sais de quel côté me retourner, mes parents refusent de m’aider.
Je regrette d’être obligée d’abandonner mon art au moment de la réussite, alors que je vois autour de moi tant d’artistes médiocres comblés de commandes. Mais enfin je n’ai pas été assez forte. Je vous demande donc comme dernière grâce de m’acheter quelque chose maintenant où je suis si embarrassée et après vous n’entendrez plus jamais parler de moi, car je suis en train de chercher une petite place qui me permette de vivre sans de si grands frais que j’en ai dans la sculpture.
Je vous prie de me répondre afin que je sache si je puis compter sur vous.
Portrait de Camille Claudel en 1889 (source : The Red List)
