« C’est déjà peu glorieux quand cela concerne des amis, mais c’est pire encore dans les cas d’une liaison sentimentale ou, pour être plus précis, de liaisons utopiques qui n’existeront jamais. Voir quelqu’un qu’on a adoré en vain et de loin tomber amoureux d’un soi-disant ami et être le témoin de l’épanouissement de cette relation réciproque, chaleureuse, profondément harmonieuse, et qu’on voit le contraste avec les émotions à sens unique, à l’aigreur pitoyable que l’on chérissait dans le secret ténébreux de son âme, voilà un spectacle difficile à supporter. Surtout quand vous savez à quel point vous vous humiliez dès que vous laissez paraître le moindre indice de vos sentiments réels. Mais que vous soyez dans votre bain ou dans une file d’attente à la poste, votre âme est constamment en train de bouillir de rage, prête à tout détruire, dans le même temps que vous continuez d’adorer ceux que vous détestez. Je rougis de l’admettre, mais il en était ainsi entre Serena et moi, ou plutôt entre Damian et moi puisqu’il était la source de tous mes maux. »
Julian Fellowes, Passé imparfait