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Le voyageur de Leskov

Le « raconteur » de Nikolaï Leskov (1831-1895), dans Le voyage enchanté (traduit du russe par Victor Derély, précédé d’un bel article de Walter Benjamin), est un des passagers d’un steamer qui navigue sur le lac Ladoga. Après une halte technique dans le port de Koréla, la conversation tourne autour de cette « pauvre petite ville » quand intervient un voyageur, discret jusqu’alors, bien que de taille colossale : un homme dans la cinquantaine, « (…) dans toute l’acception du terme, un hercule ; son extérieur rappelait le héros naïf et débonnaire des légendes russes, le vieil Ilia Mourometz (…). »

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Ilya Mouromets (1914) par Victor Vasnetsov

Sous son allure simple et bonhomme et ses habits de moine novice, ils découvrent bientôt quelqu’un qui a « beaucoup vécu » et qui conteste l’opinion selon laquelle il n’y aurait jamais de pardon pour les suicidés « dans l’autre monde », vu qu’un « petit prêtre de campagne » s’occupe d’eux. Leur curiosité éveillée, les autres passagers lui réclament des explications – ce sera le premier récit qu’il leur fera.

Les voyageurs veulent alors en savoir plus sur ce narrateur loquace et l’interrogent sur son passé. C’est un expert en chevaux, qui donnait des conseils avisés aux acheteurs sur la valeur réelle de leurs acquisitions, et voilà de nouvelles histoires à raconter : comment il s’y prenait, qui il a servi, et de fil en aiguille, les multiples aventures de sa vie.

Ivan Sévérianovitch Flaguine est né serf du comte K… et à onze ans, il a commencé à travailler comme postillon – son père avait six chevaux kirghiz sous sa direction. Un jour, il provoque la chute mortelle d’un vieux moine ; celui-ci vient le visiter en songe pour lui prédire qu’il sera « plusieurs fois à la veille de périr » et qu’il ne périra pas – jusqu’à ce qu’il entre au monastère et exécute la promesse qu’avait fait sa mère de le donner à Dieu.

En quelque deux cents pages du Voyageur enchanté (1873, aussi traduit sous le titre Le Vagabond ensorcelé), Nikolaï Leskov donne la parole à ce conteur doué, pressé de questions sur sa vie par ses compagnons de voyage que ses propos ne cessent de surprendre. Ivan Sévérianovitch leur décrit les gens, les milieux qu’il a fréquentés, la Russie profonde du dix-neuvième siècle.

Selon Gorki, cité par Walter Benjamin, « Leskov est l’écrivain le plus profondément enraciné dans le peuple et le moins touché par quelque influence étrangère que ce soit. »

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