« Il ne peint pas sur des toiles neuves mais recouvre des croûtes qu’il achète au marché aux Puces de Clignancourt. Quand le résultat lui déplaît, c’est-à-dire presque toujours, il déchire au couteau ce qu’il vient de faire. Pareillement lorsque celui à qui il montre son travail ne montre pas assez d’enthousiasme. Les peintres de Montparnasse se sont tous passé le mot : personne ne doit critiquer les œuvres de Soutine. Sinon il les pulvérise.

Soutine, Glaïeuls © ADAGP, Paris 2006
Quand il manque de matériel, il reprend les toiles, s’arme de fil et d’aiguilles, recoud des morceaux dépareillés et peint ces visages déformés, ces membres tordus, ces outrances qui font son génie. Il est plus brutal encore que Van Gogh, plus fauve que Vlaminck.

Soutine, Le garçon d’étage © ADAGP, Paris 2006
Il ne se rend pas dans les Salons qui exposent la peinture contemporaine, mais il passe ses journées au musée du Louvre, devant les maîtres flamands qu’il vénère. Et aussi devant Courbet, Chardin, Rembrandt surtout, à ses yeux le premier d’entre tous. Il apprend la lumière. »
Dan Franck, Bohèmes
Chaïm Soutine, L'ordre du chaos (Musée de l'Orangerie, Paris)