Namur, une jolie ville de Wallonie dont je vous ai déjà parlé, a vu naître le poète et médecin Yves Namur en 1952. En 2003, il a été accueilli par Liliane Wouters à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (Arllfb). En empruntant son dernier recueil, Les plis du mensonge (2026) – « Le poème est peut-être un mensonge à célébrer », écrit-il en regard de la page de titre –, j’ignorais que la première phrase des poèmes qu’il rassemble reprenait le titre d’un recueil antérieur, Dis-moi quelque chose (2021).
Cette belle invitation figure en tête de chacun des poèmes, plus d’une centaine, répartis en cinq parties ouvertes chacune sur des vers d’un autre poète : François Cheng, Christophe Mahy, François Jacqmin, Edmond Jabès, Roberto Juarroz. Dans sa maison d’édition, Le Taillis Pré, Yves Namur « fait la part belle aux auteurs du monde entier sans pour autant oublier les poètes belges. Il assume également la direction du Journal des poètes. » Ici tous ses poèmes comptent six vers, en trois temps : deux, trois – un pour terminer.
Dis-moi quelque chose
Et le silence posera son doigt
Sur ces lèvres invisibles
Trop assoiffées d’orages
De fruits amers
Et de mensonges pourpres
Dis-moi quelque chose
A écrire sur un bout de soie
Fragile et transparente
Et que cela emporte au loin la maison
Qu’on s’efforçait tant bien que mal
De bâtir dans un poème
De l’art de nommer par la poésie, la parole, l’écriture, les mots, on glisse à l’évocation de tout ce qui vit : oiseaux, insectes, fleurs, nuages, choses de la terre et du ciel. Des désirs affleurent, de vivre, d’espérer.
Dis-moi quelque chose
A poser sur le rebord de la fenêtre
Une offrande d’herbe
Une mésange bleue une parole
Apeurée et une leçon
Une grande leçon de vie
Dis-moi quelque chose
Et nous irons tous deux pleurer
Sur une montagne de chagrins
Et d’herbes remuées
Mais aussi sur ces mots de paille
Qui se disent sans berger
Yves Namur cite François Jacqmin : « N’achevons plus nos phrases. / Tenons-nous en aux fragments. » Ses vers vont dans ce sens, ils esquissent plus qu’ils ne disent, préfèrent l’incertain à l’affirmatif, la vie comme elle va, comme elle vient, de saison en saison, « dans les plis d’un réel illusoire ou du moins réinventé » (Le Carnet et les Instants) avec ses éléments les plus ordinaires. Un beau recueil.
Dis-moi quelque chose
Avant que le froid ne s’empare
Du chant et du merle
Du verger clair et des œufs
Avant qu’il ne pousse au fossé
Le bonheur d’être encore là
Dis-moi quelque chose
Qui nous sauve
Quand la pluie noire n’a d’autres mots
En bouche que désolation
Ou pur désastre
De quoi la maudire à jamais
