« Marchant sur la pointe des pieds, j’ai enjambé les pièces d’argenterie alignées sur le sol pour prendre place sur le lit.
- Ce sont des objets assez coûteux. On ne peut plus s’en procurer désormais.
Il a fait demi-tour à sa chaise pour se tourner vers moi.
- Vous croyez ? Il est vrai que pour ma mère, c’était très précieux.
- Cela vaut le coup de les astiquer. Plus on le fait soigneusement, plus c’est gratifiant.
- Comment ça, gratifiant ?
- La pellicule d’ancienneté dont ils étaient recouverts s’en va peu à peu et le brillant revient. Pas un éclat perçant, une lumière beaucoup plus discrète, sage et solitaire. Quand on les prend, on a l’impression de prendre la lumière elle-même. Et je m’aperçois qu’ils me racontent quelque chose. Alors j’ai envie de les caresser.
- Jamais je n’aurais pensé que le brillant de l’argent pouvait faire cet effet-là.
J’ai regardé le chiffon bleu foncé en bouchon sur la table. Il ouvrait et refermait ses doigts comme pour détendre ses mains. »
Yoko Ogawa, Cristallisation secrète
